« Université Paris-Dauphine »

L’économie de l’incertain

Dans une vente publique, on sait que le dernier qui enchérit l’emporte. Mais à quel prix ? La théorie des jeux permet de résoudre ce conflit. Une heure avec Françoise Forges, professeur d’économie à l’université Paris-Dauphine. Pour tout savoir sur les comportements stratégiques des enchérisseurs. Le sujet, convenons-en, est assez râpeux, âpre, peu riant : la théorie des jeux. Autrement dit, la vie secrète des nombres. Ou comment formaliser des situations conflictuelles au cœur de communautés d’individus en interaction comme, par exemple, à l’occasion d’une vente publique ? Comment analyser, anticiper, voire déjouer les comportements stratégiques des enchérisseurs ? Voilà… Très schématiquement, la théorie des jeux touche à la résolution formelle des conflits. Tout d’abord, il vous faut retenir ce nom, William Vickrey, qui en 1961 introduisit pour la première fois la théorie des jeux dans les mécanismes d’enchères. Nobel d’économie, il fut récompensé pour ses travaux menés sur « la théorie des incitations sous information imparfaite ». C’est lui qui formalisa notamment la confrontation de stratégies de mises des enchérisseurs. Disons que l’on flirte ici avec le concept d’« équilibre de Nash », situation dans laquelle un joueur ne peut modifier seul sa stratégie sans affaiblir sa position. Vous suivez ? Parce que l’affaire n’est pas simple. Mais peut s’avérer payante… C’est grâce à la théorie des jeux que l’on a pu, par exemple, identifier les symétries à l’œuvre dans les salles de vente. C’est elle encore qui offre des applications très pratiques en terme de défense militaire, où la modélisation de la dissuasion nucléaire peut se révéler utile. Bref, le champ est vaste, qui part des sciences économiques et de l’analyse des logiques concurrentielles, et rejoint les sciences politiques, où la théorie des jeux s’exerce sur les joutes électorales. En sciences sociales, Lévi-Strauss, féru de systèmes complexes,...

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