« Suisse »

Effet Boomerang à Genève

Le MEG consacre une exposition à la diversité et la richesse des arts d’Australie. «  L’effet boomerang. Les arts aborigènes d’Australie  », propose aussi une réflexion sur la colonisation de la terre australe, à travers une perspective politique et esthétique. C’est en  1770 que l’explorateur britannique James Cook, représentant du roi Georges  III, posa le premier pied occidental sur la terra incognita, aujourd’hui appelée Australie. Il baptisa ce territoire pourtant peuplé la Terra nullius – la «  terre de personne  », une expression qui en dit long sur le regard porté sur les autochtones longtemps considérés comme l’incarnation de la société primitive. Pourtant, les «  cultures matérielles  » développées par les quelque 270  ethnies d’Australie, au cours de leurs 60.000  années de présence sur le territoire, n’ont pas manqué de susciter l’intérêt des voyageurs occidentaux. Nombreuses marchandises européennes se sont échangées contre des fétiches locaux, parfois sans violence, car les aborigènes pouvaient facilement reproduire ces artefacts. C’est durant cette période que l’Australie est donc devenue une «  zone de contact  » entre deux mondes, deux espaces-temps. Dans la seconde préface à Bajazet, Racine affirmait que «  l’éloignement spatial répare en quelque sorte la trop grande proximité des temps  ». En découvrant l’Australie, l’Occident venait de conquérir le bout du monde, et faisait la rencontre d’une altérité radicale, considérée au départ selon une axiologie assortie d’un certain nombre de préjugés opposant le primitif à l’évolué ou le naturel au social. Restait alors à construire des ponts entre deux territoires mais aussi entre les siècles. La chose n’allait pas de soi comme le rapportent les anthropologues Herbert Spencer et Francis James Gillen. Chez les Aborigènes, le temps des individus s’intègre dans la notion de Dreaming ou Dreamtime, soit le «  Temps du Rêve  », expression poétique forgée par l’anthropologue Francis James...

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Marc Spiegler : réflexions

Alors qu’Art Basel va ouvrir, nous nous sommes entretenus avec le directeur de la foire, Marc Spiegler. Celui-ci parle très ouvertement de sa vision, de son travail, des foires d’Art Basel, du marché et de son évolution… et des personnes qui le façonne. Marc Spiegler : l’architecte du marché de l’art. Marc Spiegler, 48 ans, a toujours été un analyste très fin du marché de l’art. Il aime en dessiner les contours, le comprendre… Et parce que nous aimons cela également, c’est toujours un plaisir d’en discuter avec lui.   Comment vous sentez-vous, à la veille de cette foire, une décennie après avoir commencé à y travailler ? J’adore absolument ce travail et ça en vaut véritablement la peine, alors je n’ai pas vu le temps passer. C’est comme si c’était hier. En même temps, la foire marque ma vingt-sixième année avec Art Basel. Et si je regarde en arrière, on dirait qu’il y a eu beaucoup de changement. Notre organisation a certainement énormément évolué. Quand j’ai commencé, il n’existait que les foires de Bâle et de Miami, nous étions pilotés de Bâle et notre présence sur le Net était moindre… Nous ne nous occupions que de deux foires. Dix ans après, nous avons ajouté une foire extrêmement puissante en Asie, et nous avons construit une présence extensive en ligne – nous avons désormais un catalogue en ligne avec plus de 20.000 œuvres issues des foires précédentes, sans parler de notre réussite sur les réseaux sociaux, avec plus de 2 millions de followers, soit huit fois notre audience de 250.000 personnes qui visitent nos trois foires. Et la structure directrice n’est plus exclusivement basée en Suisse, mais sur trois continents, avec plus de 80 personnes qui font exister tout cela. Lorsque j’ai commencé, nous étions 20 personnes au grand...

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Wolfgang Tillmans, aux frontières du visible

Une exposition se termine, une autre commence… Alors que la monographie dédiée au photographe allemand Wolfgang Tillmans s’achève à la Tate de Londres, la rétrospective que lui consacre la Fondation Beyeler démarre dans la printanière ville suisse. Parfait timing pour étudier d’un peu plus près cet artiste aux mille expérimentations…   Les superstars de la photographie contemporaine ne sont toujours (et malheureusement) pas légion. Même si le médium a pleinement acquis ses lettres de noblesse cette dernière décennie, son écosystème reste encore fermé : galeries dédiées, ventes aux enchères thématiques, foires monomédiums, revues spécialisées… De ce point de vue, l’Allemand Wolfgang Tillmans fait figure de phénomène. Reconnu très tôt – et de manière continue – par les institutions et la critique artistique, il fait déjà partie des photographes les plus en vogue… Pourtant, on sent bien que l’artiste a encore de quoi nous épater. Né en 1968 à Remscheid, dans l’ouest de l’Allemagne (proche de Cologne et de Düsseldorf, donc de la Belgique et des Pays-Bas, tourné vers l’Europe), il découvre encore adolescent le travail photographique de Polke, Richter et Rauschenberg dans les musées des grandes villes voisines. Après trois ans à Hambourg, Tillmans poursuit ses études dans le sud de l’Angleterre, à l’Université des Arts et de Design de Bournemouth. Il s’installe ensuite à Londres, puis réside un an à New York, en 1994. C’est là qu’il rencontrera son premier soutien, le galeriste Andrea Rosen, et son amant, le peintre Jochen Klein. Les deux Germains reviendront en Europe, où ils vivront ensemble dans la capitale britannique jusqu’au décès de Klein en 1997, victime du SIDA. Tillmans n’a pas encore 30 ans. En 2000, l’artiste sort de l’anonymat du jour au lendemain en devenant le premier photographe et le premier non-Britannique à recevoir le très réputé prix Turner… un an...

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Dans l’atelier de Julian Schnabel

Une heure en compagnie de Julian Schnabel, qui pour Art Media Agency revient sur son parcours, la série des Plate Paintings, la surface et la matière, le cinéma, le soleil et les ombres… Rencontre à Manhattan. Né en 1951 à New York, ville dans laquelle il vit toujours, Julian Schnabel conserve cette réputation d’artiste indiscipliné. Remarqué très tôt par la critique, mais ne voulant se figer dans aucune figure stylistique, il se fait également connaître du grand public, en 1996, avec son film Basquiat. Depuis, il continue à peindre, sculpter ou réaliser des longs métrages, quand il ne surfe pas non loin de sa villa de Montauk. Julian Schnabel est également architecte d’intérieur… C’est d’ailleurs dans son palais vénitien du West Village, à New York, qu’il nous reçoit. Au cœur du Palazzo Chupi, dans lequel l’artiste a installé son atelier et son appartement. Vue sur l’Hudson…   Au tout début de votre carrière, dans les années 1970, avez-vous eu l’impression d’être proche de mouvements européens comme la Trans-avant-garde italienne ? On peut le penser formellement, mais connaissiez-vous les artistes qui la constituaient, tels Francesco Clemente, Sandro Chia, Enzo Cucchi ou Mimmo Paladino ? En 1982, quand Harald Szeemann assurait le commissariat de l’exposition « Settore Arti Visive », à laquelle j’ai participé à la Biennale de Venise, Francesco Clemente en était l’un des artistes. J’ai pu ensuite le revoir quand Jean-Christophe Ammann nous a exposés à Bâle, en compagnie d’Enzo Cucchi ou de Sandro Chia, et nous avons commencé à nous côtoyer. J’aimais particulièrement le travail de Clemente, notamment à cette période-là, et nous sommes ensuite devenus amis, mais avant cette rencontre, je ne savais pas qui étaient ces artistes.   L’époque était également celle de l’art post-conceptuel et minimal. Y avait-il donc chez vous une réaction à cela ? Vouliez-vous faire...

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Alexis Hubshman : « Scope est faite pour être défricheuse »

Scope fête cette année son onzième anniversaire, avec le lancement de Scope Haus, un nouveau centre d’art privé à Bâle. Son président, Alexis Hubshman, a su faire émerger cette foire qui rencontre aujourd’hui un grand succès. Pour cette édition, 70 exposants ont été sélectionnés. Indépendante, atypique… Scope est restée fidèle à ses engagements. Scope a maintenant seize ans. Son président, Alexis Hubshman, ne sort pas d’une école de commerce. C’est un artiste… et un entrepreneur. Il a travaillé dans une agence de paysage, il a même inventé un système pour marcher avec des patins à roulettes ! Il avait 20 ans. Finalement, avec ses gains, Alexis Hubshman a ouvert une galerie d’art dans le quartier de Meatpacking, à New York. Un quartier où il n’y avait pas encore de jeunes galeries. Trois ans plus tard, il décidait de créer sa propre foire d’art contemporain, Scope. Depuis, il a curaté bon nombre d’expositions, sur la Chine, l’Inde ou la diaspora du Moyen-Orient…   Pouvez-vous me parler du contexte général de Scope ? Nous avons commencé, il y a plus de dix ans, à Bâle, dans un très bel espace et nous nous installons désormais dans un bâtiment du Crédit Suisse, au cœur de la ville. C’est un très beau lieu, que Scope a maintenant pris en sa possession pour les cinq prochaines années, tous les jours de toute l’année. Je parle de ça car je suis d’abord venu à Bâle, au tout début, le plus simplement du monde, pour montrer de l’art contemporain émergent. Mon affaire a commencé il y a seize ans, au moment où il n’y avait pas de foires satellites ; nous avons ainsi été la première. Notre but est de montrer de jeunes marchands et des artistes émergents, alors qu’Art Basel, l’Armory, Cologne sont établies. Nous...

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