« Paris »

Miguel Chevalier : bits & cellules

Il compte parmi les pionniers de l’art virtuel et du numérique. Il aborde la question de l’immatérialité et des logiques induites par l’ordinateur. L’hybridation, la générativité ou la mise en réseau figurent au cœur de ses recherches… Une heure en compagnie de Miguel Chevalier, observateur des flux chers à notre société contemporaine.   C’est de La Fabrika, son grand studio à Ivry-sur-Seine (en hommage à un autre atelier célèbre), que Miguel Chevalier conçoit ses œuvres. Partout, des prototypes, des impressions 3D, des projecteurs et des projections… Ce printemps, son atelier est en effervescence, avec la préparation de plusieurs expositions personnelles (à la base sous-marine de Bordeaux et avec un double événement londonien, à la Mayor Gallery et à l’espace Wilmotte). Miguel Chevalier participe également à des expositions de groupe d’envergure, comme « Artistes & Robots » au Grand Palais, ou encore « AI Musiqa » à la Philharmonie de Paris.   « Digital Abysses », récemment inaugurée à la base sous-marine de Bordeaux, avec dix installations et une centaines d’œuvres sur 3.500 m2, est l’une de vos plus grandes expositions à ce jour… En effet, c’est la plus grande exposition que j’ai réalisée à ce jour. Cette ancienne base sous-marine est un lieu hors-norme, construit à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Je n’ai pas voulu illustrer la mémoire du lieu, mais plutôt travailler le rapport à l’eau et les grandes profondeurs que sont les abysses – où plongeaient les U-boats.  La grande toile imprimée Atlantide (25 x 9 mètres) ouvre l’exposition, venant en trame de fond du premier bassin d’eau de la base. Puis, on arrive à l’entrée du bunker. Ce lieu est d’autant plus intéressant qu’il plonge les visiteurs dans le noir et comprend de multiples espaces avec des échelles différentes. Je me suis inspiré du plancton et de...

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Through the wormhole

Journaliste, critique d’art, ancien rédacteur en chef d’AMA, Clément Thibault est également commissaire d’exposition. Il présente actuellement « Wormholes »… Soit un accrochage en deux volets, conjointement curaté avec Mathieu Weiler. C’est à voir à Paris, à la galerie Laure Roynette et à La Ruche.   Après la chute du mur de Berlin et l’effondrement de l’URSS, notre système idéologique a, un temps, pensé tenir sa victoire. Que certains, comme Francis Fukuyama, aient pu penser la fin de l’Histoire en est un symptôme. Bien sûr, les événements devaient continuer à surgir, mais la marche du monde vers le consensus libéral et démocratique était en cours et rien ne devait plus l’arrêter. C’était la fin de la dialectique de l’Histoire, un seul système immortel devait lui survivre. Avec le nouveau millénaire, elle ne devait devenir qu’un continuum. Presque 30 ans plus tard, les choses ont bien changé. Les systèmes démocratiques tremblent, ils vacillent, inquiétés par des périls intérieurs et extérieurs. Doute qui produit du repli (incarné par le virulent débat entre nationalistes et globalistes) ou de l’ouverture. Une ouverture critique, un examen de valeurs. Le post-modernisme avait commencé ce travail de réexamen de l’Histoire et de l’histoire de l’art, mais à l’aune du seul modernisme. Tous les fondements hégémoniques de notre culture sont actuellement remis en question, certains séculaires. Ceux d’une culture occidentale dans son orientation, notamment historique, capitaliste dans son économie, bourgeoise dans son caractère social, blanche dans son aspect racial, masculine pour son sexe dominant. Les artistes de la double-exposition « Wormholes » (première occurrence à la galerie Laure Roynette, la seconde à la Ruche) se placent dans ce contexte. Petite précision sémantique. Un wormhole (trou de ver), en physique, est un objet hypothétique qui relierait deux feuillets ou deux régions distinctes de l’espace-temps, comme une sorte de...

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Pour en finir avec « l’art des fous »

Le docteur Anne-Marie Dubois est psychiatre, responsable de l’unité d’art-thérapie au sein de l’hôpital parisien Sainte-Anne. Elle assure également la responsabilité scientifique du musée dédié à la création asilaire. Quand la psychiatrie rencontre l’histoire de l’art…   Les ateliers se multiplient, la demande des patients augmente… Du traitement de l’anxiété à celui de la schizophrénie, l’art-thérapie connaît depuis une trentaine d’années un engouement croissant au sein des institutions de soins. Utilisées dans le champ psychiatrique, les techniques de l’art-thérapie, dites « psychothérapies à médiation artistique », pourraient aussi changer notre regard sur l’altérité. Et nos peurs envers la folie… Pour en savoir plus sur cet art aux contours encore flous, nous sommes allés à la rencontre d’un médecin psychiatre, le docteur Anne-Marie Dubois, en charge de l’unité d’art-thérapie à la Clinique des Maladies Mentales de l’Encéphale. Au cœur de l’hôpital parisien Sainte-Anne, cette clinicienne est également responsable scientifique du Musée d’Art et d’Histoire, dont la création remonte à la fin du XIXe siècle. On lui doit de nombreuses expositions, en qualité de commissaire, dont « Les Unes et les Autres », « Psilocybine » ou « Elle était une fois », consacrée à la Collection Sainte-Anne (accrochage jusqu’au 28 février 2018). Des enjeux thérapeutiques à l’engagement esthétique, Anne-Marie Dubois revient sur cet « art psychopathologique ». Elle évoque pour nous cette pratique singulière, aux frontières de la maladie mentale et de l’histoire de l’art. Entretien.   Avec l’exposition « Elle était une fois », vous revenez sur l’histoire de la collection de l’hôpital Sainte-Anne. Quelles en sont les grandes lignes ? Les œuvres les plus anciennes datent de 1858. Au XIXe siècle déjà, un certain nombre de psychiatres et d’artistes se sont intéressés à ces productions spontanées de malades, au sein des hôpitaux. Des malades qui découvraient pour certains,...

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Antoni Clavé, multiple

À Paris, jusqu’au 25 février, la BnF présente une courte, mais belle rétrospective des lithographies et des gravures d’Antoni Clavé, accompagnée par la publication du nouveau catalogue raisonné de son œuvre gravé. Focus.   Antoni Clavé a connu la gloire, mais avec le temps la vague a refoulé. C’était dans les années 1950, et jusqu’aux 1980. Ses mannequins, ses rois et ses guerriers, ses tauromachies dans des tons d’ocre, noirs, terreux, avaient une certaine renommée. Des sujets un peu datés aujourd’hui, comme Bernard Buffet et ses clowns diraient certains. « Surtout, c’était un artiste humble, qui fuyait les honneurs, remarque Aude Hendgen, historienne d’art attachée aux Archives de Clavé et responsable du catalogue raisonné que vient de publier Skira. À Barcelone, il a toujours refusé qu’on lui consacre un musée, malgré plusieurs propositions ». Un musée Clavé, il en existe un pourtant, mais au Japon. Il s’agit du premier lieu entièrement consacré à l’artiste, conçu et réalisé par Tadao Ando et inauguré en mars 2011 à Yamanashi, près de Tokyo – après sa mort donc, survenue en 2005.   Montée suite à la donation de 92 estampes consentie par les petits-enfants de Clavé, l’exposition de la Bibliothèque nationale de France (BnF), « Antoni Clavé, estampes », montre une cinquantaine de pièces réalisées entre 1955 et 1995. Nombre de techniques y passent : lithographies, eaux- fortes, aquatintes, gravures au carborundum, gaufrages, collages et kraft lithographié. Le projet de l’exposition, d’après l’une de ses commissaires Céline Chicha-Castex, est d’établir un lien entre l’œuvre gravé et peint de Clavé et de révéler quelques-unes de ses références. Mais surtout, c’est de remettre un coup de projecteur sur un artiste un peu oublié, dans l’ombre des autres grands Catalans. Antoni Clavé, c’est ce pont que l’on a envie de dresser entre Joan Miró et Antoni Tàpies. D’ailleurs Antoni Clavé...

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FIAC 2017, quand l’art fait la foire

Quatre jours de foire, 29 pays invités, 192 galeries et au moins 70.000 visiteurs attendus… Avec cette 44e édition, la FIAC s’impose à nouveau comme la manifestation culturelle majeure de la rentrée. Ou quand la Ville lumière investit le rayon contemporain. FIAC lux ! La FIAC aurait-elle fini par trouver la bonne formule ? Après des années d’hésitations et d’oscillations entre des stratégies de programmation aussi diverses que variées, l’événement semble enfin être parvenu à proposer une carte des réjouissances convenant tout à la fois au grand public, aux collectionneurs, aux critiques d’art et… même aux professionnels. Le tout en conciliant qualité artistique et ouverture populaire. Une gageure en la matière, dont on ne se plaindra pas. Comme chaque année, l’épicentre de l’événement se situe sous la nef du Grand Palais, où se déploie le secteur Général, regroupant les galeries les plus prestigieuses du marché de l’art contemporain. Soit une centaine d’enseignes environ, parmi lesquelles on retrouve les grandes écuries françaises et internationales, dans une proportion qui semble devenue la norme pour les événements du genre : un quart d’autochtones, le reste d’étrangers. Mais la distinction est-elle encore valable dans un secteur upper market où les boutiques de Paris ressemblent à celles de San Francisco ? Au total, les deux tiers des galeries présentes sont d’origine européenne, ce qui permet au moins de rappeler la place à la fois discrète mais prépondérante de l’UE sur l’échiquier mondial du marché de l’art. Cette année, le comité de sélection des exposants était composé de huit spécialistes, à savoir Olivier Antoine, Gisela Capitain, Mark Dickenson, David Fleiss, Solène Guillier, Jan Mot, Emmanuel Perrotin et Christophe Van de Weghe. Sur les 192 participants, 40 galeries prennent part à la FIAC pour la première fois et six nouveaux pays font leur entrée : l’Égypte, la République du...

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