« Paris »

Ces images qui prennent vie…

Critique d’art, journaliste, ancien rédacteur en chef d’AMA, Clément Thibault est également curateur. Il présente à Paris « Rituels, Images vivantes » : une exploration des permanences de la pensée magique et chamanique dans le travail d’artistes contemporains. À voir à la H Gallery.   Pourquoi, en 2018, réaliser une exposition sur les permanences d’images, de gestes et d’idées relevant d’une pensée magique dans l’art contemporain ? D’abord, parce que le fait spirituel, dans son ensemble, connaît un regain d’intérêt, dont les artistes sont la chambre d’écho et, parfois aussi, les initiateurs. Les sociétés occidentales cherchent à se ré-enchanter, à s’extraire de longs siècles de phénoménologie triomphante et d’excès rationalistes. Comme si l’on devait renouer, avec maladresse parfois, avec l’inexplicable. Depuis quelque temps, la littérature scientifique est prolixe sur les états modifiés de conscience et les pratiques religieuses immémoriales ; en Nouvelle-Zélande, le Parlement a reconnu le fleuve Whanganui comme une entité vivante et l’a doté d’une personnalité juridique… Les événements illustrant ce rejaillissement spirituel sont légion, nourris par la pensée écologique, la reconsidération de l’humain face au non-humain et le développement d’un matérialisme non-anthropocentrique, portés par la mise en réseau du monde. La seconde raison, c’est parce que l’espace de la H Gallery s’y prête, avec sa distribution particulière. Deux salles séparées par un couloir, comme deux états séparés par un passage. Cette distribution offre une métaphore architecturale du rituel.   Les effets du rituel Ainsi, l’effet recherché était de considérer dans le premier espace la manière dont l’iconographie du rituel inspire les artistes, et dans un second temps, évoquer l’idée d’image vivante. Le fait qu’une image joue avec son référent, qu’elle nourrisse avec lui une indistinction, est un classique de toute pensée magique, comme l’écrivait Michel Melot dans son ouvrage Une brève histoire de l’image (Bulletin des bibliothèques de...

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Jan Fabre ou le grand raout belge

Depuis quelques semaines, un vent d’érotisme et de carnaval souffle au numéro 28 de la rue du Grenier Saint-Lazare, là où Daniel Templon vient d’installer ses derniers quartiers parisiens. Pour inaugurer sa nouvelle adresse, un artiste aussi belge qu’inspiré : Jan Fabre. Qui mieux, en effet, que cet artiste polymorphe et corrosif pour célébrer cette nouvelle naissance, avec son art de brouiller les pistes, sa tendance à la subversion, ici mâtinée de folklore et de kitsch ? Pourtant, derrière le show burlesque et les paillettes se cache une réflexion profonde sur l’identité belge que le plasticien, d’origine flamande, ne cesse de défendre contre tous les vents extrémistes. Un entretien au goût de chocolat – belge, forcément –, entre bondieuseries et joyeux sacrilèges.   Comment avez-vous conçu cette exposition « Folklore Sexuel Belge, Mer du Nord Sexuelle Belge », qui sonne comme une célébration en fanfare de la vie ? Vous savez, Daniel Templon et moi-même nous nous connaissons depuis au moins 20 ans. Daniel m’a donné carte blanche pour inaugurer son nouvel espace parisien, rue du Grenier Saint-Lazare. J’ai donc souhaité en fêter la naissance à ma manière ! J’ai visité et étudié les locaux et j’ai conçu en partie cette exposition en fonction de l’environnement.   Vous avez donc produit des œuvres spécifiquement pour le lieu ? J’y expose à la fois de grandes sculptures produites pour l’occasion, mais aussi plusieurs de mes dessins créés entre 2017 et 2018, qui sont de petits chromos réinventés.   Des chromos… Pouvez-vous nous expliquer ? En fait, mon exposition s’intitule « Folklore Sexuel Belge (2017-2018), Mer du Nord Sexuelle Belge (2018), Édité et Offert par Jan Fabre, le Bon Artiste Belge ». Je me suis inspiré, pour une partie, de notre folklore national, mais aussi des petites vignettes que l’on trouvait dans les barres chocolatées de la...

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Miguel Chevalier : bits & cellules

Il compte parmi les pionniers de l’art virtuel et du numérique. Il aborde la question de l’immatérialité et des logiques induites par l’ordinateur. L’hybridation, la générativité ou la mise en réseau figurent au cœur de ses recherches… Une heure en compagnie de Miguel Chevalier, observateur des flux chers à notre société contemporaine.   C’est de La Fabrika, son grand studio à Ivry-sur-Seine (en hommage à un autre atelier célèbre), que Miguel Chevalier conçoit ses œuvres. Partout, des prototypes, des impressions 3D, des projecteurs et des projections… Ce printemps, son atelier est en effervescence, avec la préparation de plusieurs expositions personnelles (à la base sous-marine de Bordeaux et avec un double événement londonien, à la Mayor Gallery et à l’espace Wilmotte). Miguel Chevalier participe également à des expositions de groupe d’envergure, comme « Artistes & Robots » au Grand Palais, ou encore « AI Musiqa » à la Philharmonie de Paris.   « Digital Abysses », récemment inaugurée à la base sous-marine de Bordeaux, avec dix installations et une centaines d’œuvres sur 3.500 m2, est l’une de vos plus grandes expositions à ce jour… En effet, c’est la plus grande exposition que j’ai réalisée à ce jour. Cette ancienne base sous-marine est un lieu hors-norme, construit à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Je n’ai pas voulu illustrer la mémoire du lieu, mais plutôt travailler le rapport à l’eau et les grandes profondeurs que sont les abysses – où plongeaient les U-boats.  La grande toile imprimée Atlantide (25 x 9 mètres) ouvre l’exposition, venant en trame de fond du premier bassin d’eau de la base. Puis, on arrive à l’entrée du bunker. Ce lieu est d’autant plus intéressant qu’il plonge les visiteurs dans le noir et comprend de multiples espaces avec des échelles différentes. Je me suis inspiré du plancton et de...

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Through the wormhole

Journaliste, critique d’art, ancien rédacteur en chef d’AMA, Clément Thibault est également commissaire d’exposition. Il présente actuellement « Wormholes »… Soit un accrochage en deux volets, conjointement curaté avec Mathieu Weiler. C’est à voir à Paris, à la galerie Laure Roynette et à La Ruche.   Après la chute du mur de Berlin et l’effondrement de l’URSS, notre système idéologique a, un temps, pensé tenir sa victoire. Que certains, comme Francis Fukuyama, aient pu penser la fin de l’Histoire en est un symptôme. Bien sûr, les événements devaient continuer à surgir, mais la marche du monde vers le consensus libéral et démocratique était en cours et rien ne devait plus l’arrêter. C’était la fin de la dialectique de l’Histoire, un seul système immortel devait lui survivre. Avec le nouveau millénaire, elle ne devait devenir qu’un continuum. Presque 30 ans plus tard, les choses ont bien changé. Les systèmes démocratiques tremblent, ils vacillent, inquiétés par des périls intérieurs et extérieurs. Doute qui produit du repli (incarné par le virulent débat entre nationalistes et globalistes) ou de l’ouverture. Une ouverture critique, un examen de valeurs. Le post-modernisme avait commencé ce travail de réexamen de l’Histoire et de l’histoire de l’art, mais à l’aune du seul modernisme. Tous les fondements hégémoniques de notre culture sont actuellement remis en question, certains séculaires. Ceux d’une culture occidentale dans son orientation, notamment historique, capitaliste dans son économie, bourgeoise dans son caractère social, blanche dans son aspect racial, masculine pour son sexe dominant. Les artistes de la double-exposition « Wormholes » (première occurrence à la galerie Laure Roynette, la seconde à la Ruche) se placent dans ce contexte. Petite précision sémantique. Un wormhole (trou de ver), en physique, est un objet hypothétique qui relierait deux feuillets ou deux régions distinctes de l’espace-temps, comme une sorte de...

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Pour en finir avec « l’art des fous »

Le docteur Anne-Marie Dubois est psychiatre, responsable de l’unité d’art-thérapie au sein de l’hôpital parisien Sainte-Anne. Elle assure également la responsabilité scientifique du musée dédié à la création asilaire. Quand la psychiatrie rencontre l’histoire de l’art…   Les ateliers se multiplient, la demande des patients augmente… Du traitement de l’anxiété à celui de la schizophrénie, l’art-thérapie connaît depuis une trentaine d’années un engouement croissant au sein des institutions de soins. Utilisées dans le champ psychiatrique, les techniques de l’art-thérapie, dites « psychothérapies à médiation artistique », pourraient aussi changer notre regard sur l’altérité. Et nos peurs envers la folie… Pour en savoir plus sur cet art aux contours encore flous, nous sommes allés à la rencontre d’un médecin psychiatre, le docteur Anne-Marie Dubois, en charge de l’unité d’art-thérapie à la Clinique des Maladies Mentales de l’Encéphale. Au cœur de l’hôpital parisien Sainte-Anne, cette clinicienne est également responsable scientifique du Musée d’Art et d’Histoire, dont la création remonte à la fin du XIXe siècle. On lui doit de nombreuses expositions, en qualité de commissaire, dont « Les Unes et les Autres », « Psilocybine » ou « Elle était une fois », consacrée à la Collection Sainte-Anne (accrochage jusqu’au 28 février 2018). Des enjeux thérapeutiques à l’engagement esthétique, Anne-Marie Dubois revient sur cet « art psychopathologique ». Elle évoque pour nous cette pratique singulière, aux frontières de la maladie mentale et de l’histoire de l’art. Entretien.   Avec l’exposition « Elle était une fois », vous revenez sur l’histoire de la collection de l’hôpital Sainte-Anne. Quelles en sont les grandes lignes ? Les œuvres les plus anciennes datent de 1858. Au XIXe siècle déjà, un certain nombre de psychiatres et d’artistes se sont intéressés à ces productions spontanées de malades, au sein des hôpitaux. Des malades qui découvraient pour certains,...

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