« Paris »

Jean Rouch, nouvelle hommage

Homme prolifique, Jean Rouch fut réalisateur de plus de 180  films. Il a aussi versé dans la poésie et l’ethnologie. Aujourd’hui, plusieurs institutions célèbrent le centenaire de sa naissance. En  1957, Jean Rouch sortait Moi, un Noir, film tourné dans une Côte d’Ivoire pré-indépendance retraçant le quotidien de trois migrants nigériens. À sa sortie, Jean-Luc Godard avait écrit trois articles coup sur coup sur le réalisateur saluant en lui «  l’homme libre  » qu’il était. «  Jean Rouch n’a pas volé son titre de carte de visite  : chargé de recherche par le Musée de l’Homme. Existe-t-il une plus belle définition du cinéaste  ?  » Quelques années plus tard, en  1960, Godard songeait même à intituler Moi, un Blanc son premier long-métrage – la postérité retiendra À bout de souffle. Jean Rouch découvre le Niger à 25  ans ; il n’a de cesse d’arpenter Niamey, sa capitale avant qu’elle ne lui ouvre les portes de l’Afrique. Fin connaisseur du continent, l’intérêt de l’œuvre de cet homme libre se trouve dans son traitement spécifique de l’Afrique, à la fois ethnographique, plastique, politique et poétique. Aux sources de l’inspiration, le Niger Jean Rouch est né en  1917 à Paris, d’un père explorateur qui lui transmet dès le plus jeune âge le goût du voyage. Il passe une enfance heureuse à Rochefort jusqu’au déclenchement de la Seconde Guerre mondiale. En  1942, ingénieur des Ponts et Chaussées, il est affecté au Niger, expatrié par le régime de Vichy. Là-bas, comme le raconte sa dernière femme, Jocelyne Rouch, «  il a assisté à un rituel de purification des corps sur un chantier, des corps foudroyés. Impressionné et profondément ému, il a tout de suite voulu comprendre la cérémonie à laquelle il assistait, car elle ouvrait pour lui les portes du merveilleux. Sa vocation d’ethnologue venait...

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Alex Arthur, de l’art tribal et de son marché

Quels sont les évolutions et les limites du marché de l’art tribal ? Comment s’enrichit-il des apports de la recherche et de l’ethnologie ? Alex Arthur apporte quelques éléments de réponse… Alexander Arthur est un collectionneur averti et fin connaisseur des arts tribaux. Depuis plus de vingt ans, il est directeur de publication de la revue Tribal Art Magazine. En parallèle, avec Pierre Moos, il s’est investi dès  2009 dans la direction de Parcours des mondes. Vous êtes l’un des acteurs majeurs de Parcours des mondes. Comment avez-vous vu évoluer le salon  ? J’ai effectivement pris part à la première édition de Parcours des mondes. À l’époque, ce n’était qu’un petit rassemblement, qui comptait une poignée de marchands. Mais le concept était bon et le salon a rapidement occupé une position importante dans le calendrier international. Avec le temps, Parcours des mondes a gagné en qualité, comme le marché. C’est devenu un rendez-vous prisé par de nombreuses galeries, d’où la qualité des œuvres exposées et le nombre important d’expositions thématiques. Parlez-nous du vetting durant le salon. Comme ailleurs, les faux resteront toujours un problème. Néanmoins, la croissance du marché va de pair avec celle de l’expertise. Pendant le salon, la question est globalement résolue par la qualité des exposants sélectionnés. Ces marchands sont tous des professionnels avertis et leur expérience permet d’éviter ce type de problèmes. Quand nous concevons le catalogue de Parcours des mondes, la sélection initiale est ouverte à tous les exposants. Nous recueillons et comparons les commentaires sur les œuvres proposées. Si nous avons le moindre doute sur une pièce, nous la remplaçons. Cela arrive également quand nous jugeons la qualité d’une pièce insuffisante. Durant l’installation du salon, un comité d’experts va d’une galerie à l’autre et nous informe en cas de problème. Bien sûr, il est impossible d’avoir les yeux...

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Javier Peres, sortir l’art du temps

Iconoclaste ou -phile  ? Novateur ou symptomatique d’un temps  ? Cette année, Parcours des mondes a invité le galeriste Javier Peres à exposer quelques pièces de sa collection d’art contemporain face à une sélection d’œuvres de marchands. Ces dernières années ont été le témoin d’un regain d’audace de la part des commissaires d’exposition. Des évènements comme le «  Bord des Mondes  » (Palais de Tokyo, 2015), «  Une brève histoire de l’avenir  » (Louvre, 2015) ou «  Carambolages  » (Grand Palais, 2016) ont confronté des œuvres qui n’entretenaient pas de liens historiques immédiats, de liens avérés, mais des correspondances. L’histoire n’est pas mise de côté, plutôt en retrait au profit de relations anthropologiques ou formelles. Ainsi, ces expositions s’apparentent davantage à des essais, parfois des protocoles, qu’à des démonstrations ; leur dessein est moins de relater un moment de l’histoire de l’art que de parler de l’Homme, d’interroger la grande histoire des représentations humaines ou d’opérer des rapprochements formels qui ont du sens. Avec la même audace, la tentation est grande de montrer l’art classique africain aux côtés de créations contemporaines. Ainsi en mai dernier, Bernard de Grunne et Almine Rech se sont associés dans le cadre d’une présentation hautement médiatisée : «  Imaginary Ancestors  », à la galerie new-yorkaise d’Almine Rech. Celle-ci reconstituait une exposition de Paul Guillaume organisée en  1933 à la galerie Durand-Ruel (qui, déjà, dévoilait des sculptures Fang aux côtés d’œuvres de contemporains de l’époque, preuve que ce geste curatorial n’est pas non plus de prime jeunesse) et des «  primitivistes modernes  » confrontés à des artistes comme Joe Bradley, Mark Grotjahn, Ana Mendieta, James Turrell et Erika Verzutti. À ce jeu de rapprochements, Javier Peres est familier. Le galeriste (Peres Projects, Berlin) l’a déjà réalisé à trois reprises. En  2014 d’abord, dans son espace de Karl Marx Allee...

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Aux sources de l’art tribal

Comme chaque année depuis 16 ans, le salon s’installe à Saint-Germain-des-Prés pour une semaine consacrée à l’art tribal. Jusqu’au 17 septembre, ce rassemblement de 67 marchands offre un dépaysement garanti en plein cœur de Paris. Parcours des mondes, sous la baguette de Pierre Moos – également directeur général de Tribal Art magazine –, est devenu l’événement le plus important de sa spécialité, devançant ses concurrents européens les plus réputés. Une réussite incontestable qui confère au rendez-vous un rayonnement unique. Et ce n’est pas rien, tant le calendrier des événements liés aux arts classiques africains et océaniens ainsi qu’aux arts précolombiens et asiatiques s’est développé. Entre la BRAFA et BRUNEAF à Bruxelles, TEFAF à Maatrischt, la Tribal Art Fair d’Amsterdam et de Londres, et même Frieze New York qui cette année a fait le pari d’accueillir des marchands d’art tribal dans ses allées – Donald Ellis (New York), L & R  Entwistle and Co (Paris, Londres) et la galerie Meyer (Paris) –, c’est bien simple, on ne compte plus les rendez-vous d’envergure internationale organisés autour de l’art tribal. La France n’échappe pas non plus à cet engouement. Depuis  2016 se tient en Saône-et-Loire, à Besanceuil, le Bourgogne Tribal show, dont la deuxième édition en mai dernier a été couronnée de succès. Impensable il y a seulement dix ans. «  L’art tribal est un secteur qui suscite de plus en plus d’intérêt, commente Pierre Moos, satisfait. La multiplication des foires permet de faire connaître cette spécialité à un public toujours plus nombreux  ». En l’espace de cinq jours seulement, du  12 au  17  septembre, plus de soixante marchands proposent ainsi au public de découvrir quelques-unes des plus belles pièces disponibles sur le marché au travers d’expositions – parfois thématiques –, de conférences, de publication de livres et de discussions. Un invité de marque Comme chaque...

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La fondation Dapper opte pour le nomadisme

L’annonce de la fermeture du « Dapper » a été vécue avec tristesse. Pour autant, la fondation n’est pas en manque de projets et entend se recentrer sur des actions hors-les-murs. Rencontre avec sa présidente, Christiane Falgayrettes-Leveau. Après trente ans d’activité et une cinquantaine d’expositions au compteur, le musée de la fondation Dapper a définitivement fermé ses portes le 18  juin dernier. Face à une fréquentation en berne et des coûts de fonctionnement trop conséquents, ce musée privé, célèbre pour sa collection de 6.000  pièces – dont  2.000 en provenance d’Afrique, d’Océanie et des Caraïbes –, s’est vu contraint à la fermeture. «  Les frais de maintenance étaient trop élevés, sans parler du coût de réalisation des expositions à proprement parler, explique Christiane Falgayrettes-Leveau, présidente de la fondation Dapper. Mais l’autre raison, tout aussi importante, est que nous souhaitions nous renouveler  ». Créée en  1983 avec son époux Michel Leveau, décédé en  2012, la fondation Dapper s’était dotée d’un musée à Paris dès  1986 pour exposer la collection qui allait faire sa réputation et ouvrir la connaissance du patrimoine culturel subsaharien à un public alors peu familier des arts classiques d’Afrique. Quittant son hôtel particulier de l’avenue Victor-Hugo en  2000, le musée s’était installé dans un nouvel espace plus vaste rue Paul Valéry dans le XVIe  arrondissement pour accueillir des expositions mais aussi de la musique, de la danse et même du cinéma. «  Avec 1.800  mètres carrés comprenant une salle de spectacle et une salle d’exposition, le bâtiment était devenu un équipement très lourd à gérer  », déplore Christiane Falgayrettes-Leveau. Charges trop élevées, bâtiment inadapté, stagnation de la fréquentation autour des 60.000  visiteurs… Le «  Dapper  » est victime du syndrome de ces musées privés dépourvus de subventions publiques qui ne s’équilibrent qu’au moyen de leur billetterie et...

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