« interview »

Philipp Kaiser, une personnalité très « publique »

Philipp Kaiser est un homme de vision. Art Basel l’a choisi cette année pour curater le secteur Public, à la suite de Nicholas Baume. Il explique à AMA comment on monte une exposition à l’échelle d’une ville, avec une sélection des meilleurs artistes du moment. À propos de la dynamique changeante du monde de l’art, ses défis et les opportunités qu’offre Miami Beach… Philipp Kaiser a porté beaucoup de regards différents sur le monde de l’art. Pendant de nombreuses années, il a travaillé sur le versant institutionnel du sujet. Il a été directeur du Museum Ludwig à Cologne, en Allemagne, conservateur en chef au Musée d’art contemporain de Los Angeles et conservateur pour l’art contemporain et moderne au Musée d’art contemporain de Bâle, en Suisse. À ce titre, il a travaillé avec de nombreux artistes parmi les plus influents des 50 dernières années et a monté une série d’expositions qui résonnent encore aujourd’hui, comme l’étonnante « Ends of the Earth: Land Art to 1974 ». Plus récemment, Philipp Kaiser a œuvré comme conservateur indépendant. Il a eu l’occasion de côtoyer plus directement les galeristes et d’examiner comment l’art se mêlait au public en dehors des musées. Il y a quelques mois, cette année, il a accepté le défi d’organiser le Pavillon suisse dans le cadre de la Biennale de Venise. Interview. Le public est toujours l’un des éléments les plus dynamiques et les plus passionnants d’Art Basel Miami. Quelle est votre vision pour Public 2017 ? J’ai donné pour titre au secteur, « Territorial », parce que j’ai trouvé intéressant que l’une des qualités intrinsèques de la sculpture soit sa territorialité. La sculpture revendique toujours l’espace. Elle n’est pas juste là, elle transforme un site. Je pense que ce thème peut constituer un bon fil conducteur, tout au long...

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FIAC 2017, quand l’art fait la foire

Quatre jours de foire, 29 pays invités, 192 galeries et au moins 70.000 visiteurs attendus… Avec cette 44e édition, la FIAC s’impose à nouveau comme la manifestation culturelle majeure de la rentrée. Ou quand la Ville lumière investit le rayon contemporain. FIAC lux ! La FIAC aurait-elle fini par trouver la bonne formule ? Après des années d’hésitations et d’oscillations entre des stratégies de programmation aussi diverses que variées, l’événement semble enfin être parvenu à proposer une carte des réjouissances convenant tout à la fois au grand public, aux collectionneurs, aux critiques d’art et… même aux professionnels. Le tout en conciliant qualité artistique et ouverture populaire. Une gageure en la matière, dont on ne se plaindra pas. Comme chaque année, l’épicentre de l’événement se situe sous la nef du Grand Palais, où se déploie le secteur Général, regroupant les galeries les plus prestigieuses du marché de l’art contemporain. Soit une centaine d’enseignes environ, parmi lesquelles on retrouve les grandes écuries françaises et internationales, dans une proportion qui semble devenue la norme pour les événements du genre : un quart d’autochtones, le reste d’étrangers. Mais la distinction est-elle encore valable dans un secteur upper market où les boutiques de Paris ressemblent à celles de San Francisco ? Au total, les deux tiers des galeries présentes sont d’origine européenne, ce qui permet au moins de rappeler la place à la fois discrète mais prépondérante de l’UE sur l’échiquier mondial du marché de l’art. Cette année, le comité de sélection des exposants était composé de huit spécialistes, à savoir Olivier Antoine, Gisela Capitain, Mark Dickenson, David Fleiss, Solène Guillier, Jan Mot, Emmanuel Perrotin et Christophe Van de Weghe. Sur les 192 participants, 40 galeries prennent part à la FIAC pour la première fois et six nouveaux pays font leur entrée : l’Égypte, la République du...

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Interview : Jennifer Flay

Pour cette 44e édition, la directrice de la FIAC, Jennifer Flay, présente 192 galeries. Outre ses nombreux stands, la foire se développe avec des installations en extérieur, des jardins des Tuileries à la place Vendôme, et un festival de performances. Entretien. Pour la grande parade annuelle de l’art contemporain, la patronne de la foire, une nouvelle fois, n’a pas fait dans la demi-mesure. Esthétique so hype et rhétorique art business… Jennifer Flay emmène la Foire Internationale d’Art Contemporain vers les sommets. Peintures, sculptures, pratiques performatives, installations… Avec en prime la volonté affirmée d’ancrer encore davantage le contemporain dans l’espace patrimonial parisien. L’objectif ? Faire de ce hot spot, entre Art Basel en juin et Miami Beach en décembre, l’un des rendez-vous les plus arty de la planète Art.   La foire accueille cette année 40 nouveaux exposants, ce qui est beaucoup ! Non, ce n’est pas tant que cela, notamment si l’on pense à la grande période de refonte de la FIAC, soit quand je suis arrivée en 2004, où nous allions jusqu’à 60 nouvelles galeries par an. Quarante est un chiffre qui revient assez naturellement depuis plusieurs années. Celui-ci se concentre particulièrement sur les jeunes enseignes – avec les galeries du secteur Lafayette, dont le but est de soutenir des acteurs émergents –, ainsi que sur les galeries de design, que nous aurons plaisir à retrouver cette année. Ce chiffre témoigne aussi d’une certaine stabilité, la FIAC étant aujourd’hui en consolidation et en montée en puissance. Notre événement a besoin d’être frais et en progression, ce qui se manifeste surtout par un état d’esprit. L’an dernier, l’exploit était d’avoir réussi à fermer l’avenue Winston-Churchill, d’ouvrir ce secteur au Petit Palais et donc de proposer une nouvelle géographie pour la FIAC, mais aussi pour Paris.   Au niveau du marché,...

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De l’esthétique des fluides

La quatorzième édition de la Biennale d’art contemporain de Lyon convie nos sens à redéfinir la notion de modernité. Sous la baguette de la commissaire Emma Lavigne, l’événement se déploie comme une grande partition mouvante, sonore et visuelle. Immersion au cœur des « Mondes flottants »… La poésie du titre de la nouvelle édition de la Biennale d’art contemporain de Lyon – emprunté au mouvement artistique japonais ukiyo-e, littéralement « images du monde flottant » – illustre parfaitement l’esprit vaporeux de l’épisode 2 de la trilogie « Moderne » voulue par le directeur artistique de l’événement, Thierry Raspail, de 2015 à 2019. En effet, c’est à la découverte d’univers en mouvement, où le liquide le dispute au solide, où les flux, l’invisible et l’impermanence des choses prennent furtivement forme, qu’Emma Lavigne, directrice du Centre Pompidou-Metz, nous invite… pour une appréhension élargie et connectée de notre monde. Après « La vie moderne » imaginée par Ralph Rugoff en 2015, les « Mondes flottants » d’une des commissaires françaises les plus sollicitées du moment s’ancrent jusqu’en janvier 2018, au cœur du vaisseau de La Sucrière et du Mac de Lyon. Entre « flux et reflux » du fleuve Rhône et de la rivière Saône, environ 70 artistes internationaux arriment leurs installations plastiques, sonores et visuelles, où la chorégraphie « des objets de l’expérience » – selon les mots de Thierry Raspail –, le mouvement aléatoire des éléments, la lumière, l’air et l’énergie se combinent à l’architecture et à l’espace des sites pluriels, comme aux interventions ponctuelles du public. À Lyon, les dialogues féconds entre pièces historiques de la collection du Centre Pompidou et œuvres actuelles, mais aussi les points de vue interculturels des plasticiens, redessinent les contours « augmentés » de l’esthétique moderne. Une modernité « extensible », faite de mondes en suspens, qu’Emma Lavigne a souhaité propice à la réflexion contemplative. Pour...

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Allan McCollum, rencontre à Soho

Né en 1944 à Los Angeles, Allan McCollum vit depuis les années 1960 au cœur de New York. Il est représenté par les galeries Mitterrand, Thomas Schulte ou encore MFC-Michèle Didier. Rencontre au cœur de l’atelier.   Votre travail, basé sur la répétition des formes, s’intègre toujours dans la continuité des premières séries qui remontent aux années 1970… Étant artiste depuis près de cinquante ans, je suis allé vers bien des recherches, mais à mon âge il devient important et même nécessaire de regarder derrière soi et de voir ce que l’ensemble des travaux revêt de commun. Je n’ai pas encore fini d’y réfléchir, même si des thèmes fédérateurs reviennent, comme les objets produits en quantité et ceux réalisés en tant qu’objet unique. Depuis le tout début de ma carrière, j’ai exploré ces distinctions, les ai mêlées, et si je ne suis pas le seul plasticien à le faire, je l’ai toujours entrepris d’une manière systématique avec des quantités travaillées énormes ! Ce ne sont pas cinquante, mais dix-mille pièces que j’élabore, dont chacune est unique. Toutes mes investigations tournent également autour de la réflexion sur l’espace de la galerie ou du musée, comparé à celui d’un magasin. J’essaie toujours de contextualiser les différentes manières que nous avons de montrer les objets ayant du sens pour nous. J’ai même réalisé des « souvenirs » et collaboré avec des petites villes pour créer des pièces en relation avec leur artisanat propre.   Cette multiplicité et cette question de la quantité étaient-elles au départ pensées pour aller à l’encontre d’une certaine fétichisation de l’art et de son milieu ? Je n’emploie jamais ce mot de « fétichisation », mais je suis d’accord avec cette idée. Je suis né durant la Seconde Guerre mondiale et j’ai grandi au moment où l’on découvrait les horreurs des nazis...

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