« interview »

Germaine Krull, de l’industrie à l’esthétique

C’est à son œuvre Métal, que la photographe allemande Germaine Krull doit sa réputation d’artiste d’avant-garde. Jusqu’au 10 juin, la Pinacothèque d’art moderne de Munich lui consacre une vaste exposition. Entretien avec Simone Förster, commissaire à la Fondation Ann et Jürgen Wilde, qui est à l’origine de cette exposition.   Au cours de sa vie, longue de presque 90 ans, Germaine Krull a vécu sur quatre continents. Pourriez-vous retracer les différentes étapes de ce parcours ? Germaine Krull est née à Poznań, en Pologne, en 1897, et a ensuite vécu une enfance fluctuante, ponctuée par de nombreux déménagements. Sa famille vécut en Italie, en France, en Suisse et en Autriche. Elle arriva en Allemagne à l’adolescence, où elle fit des études de photographie et ouvrit ensuite un atelier à Munich. En raison de son engagement politique durant la révolution bavaroise, elle est expulsée d’Allemagne en 1920. Par la suite, elle se rendit en Russie, où elle s’engagea aux côtés des communistes. Seulement, elle y fut également désignée comme contre-révolutionnaire, emprisonnée et expulsée d’URSS. Après des passages à Berlin et à Amsterdam, elle s’installa à Paris, où elle ouvrit un atelier de portrait et de photographie de mode. C’est aussi durant cette période qu’elle réalisa son œuvre Métal. Ensuite, elle travailla en tant que reporter de guerre, se prononça contre le régime de Vichy et fut journaliste-photographe au Congo-Brazzaville. Germaine Krull partit ensuite pour la Thaïlande, où elle dirigea un hôtel durant une vingtaine d’années. À un âge déjà avancé, elle s’installa en Inde pour soutenir les réfugiés tibétains, avant de retourner chez sa sœur en Allemagne, où elle mourut en 1985.   Quel rôle a joué la France dans la carrière de cette artiste ? C’est à Paris que Germaine Krull se fit un nom en tant qu’artiste et photographe d’avant-garde, avec...

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Miguel Chevalier : bits & cellules

Il compte parmi les pionniers de l’art virtuel et du numérique. Il aborde la question de l’immatérialité et des logiques induites par l’ordinateur. L’hybridation, la générativité ou la mise en réseau figurent au cœur de ses recherches… Une heure en compagnie de Miguel Chevalier, observateur des flux chers à notre société contemporaine.   C’est de La Fabrika, son grand studio à Ivry-sur-Seine (en hommage à un autre atelier célèbre), que Miguel Chevalier conçoit ses œuvres. Partout, des prototypes, des impressions 3D, des projecteurs et des projections… Ce printemps, son atelier est en effervescence, avec la préparation de plusieurs expositions personnelles (à la base sous-marine de Bordeaux et avec un double événement londonien, à la Mayor Gallery et à l’espace Wilmotte). Miguel Chevalier participe également à des expositions de groupe d’envergure, comme « Artistes & Robots » au Grand Palais, ou encore « AI Musiqa » à la Philharmonie de Paris.   « Digital Abysses », récemment inaugurée à la base sous-marine de Bordeaux, avec dix installations et une centaines d’œuvres sur 3.500 m2, est l’une de vos plus grandes expositions à ce jour… En effet, c’est la plus grande exposition que j’ai réalisée à ce jour. Cette ancienne base sous-marine est un lieu hors-norme, construit à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Je n’ai pas voulu illustrer la mémoire du lieu, mais plutôt travailler le rapport à l’eau et les grandes profondeurs que sont les abysses – où plongeaient les U-boats.  La grande toile imprimée Atlantide (25 x 9 mètres) ouvre l’exposition, venant en trame de fond du premier bassin d’eau de la base. Puis, on arrive à l’entrée du bunker. Ce lieu est d’autant plus intéressant qu’il plonge les visiteurs dans le noir et comprend de multiples espaces avec des échelles différentes. Je me suis inspiré du plancton et de...

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Naomi Beckwith, jeune pousse de la conservation

À 41 ans à peine, Naomi Beckwith est une conservatrice afro-américaine qui, outre-Atlantique, fait un véritable tabac avec sa vision transversale et rafraîchissante de l’art actuel. À Chicago, entretien avec une femme engagée, sous le signe d’une perception globale et inspirante du métier.   Le musée d’art contemporain de Chicago vient de fêter ses 50 ans avec « We are Here », exposition anniversaire en trois volets, à laquelle Naomi Beckwith a pris part. Membre du jury à la Biennale de Venise 2015, la jeune conservatrice au Museum of Contemporary Art de Chicago depuis 2011 est la première lauréate de la bourse de recherche curatoriale du VIA Art Fund, destinée à la promotion de projets artistiques prometteurs. En mars 2017, rappelons-le, elle dirigeait le premier sommet de la conservation de l’Armory Show de New York. L’occasion pour AMA de faire la lumière sur son rôle actuel au MCA et de découvrir ce regard singulier porté sur la conservation.   Que faisiez-vous, Naomi Beckwith, avant d’être conservatrice au MCA de Chicago ? J’étais à New York, au Studio Museum d’Harlem. Je gérais la programmation des résidences d’artistes et travaillais sur des projets culturels relatifs à l’identité afro-américaine, aux minorités esthétiques, mais aussi aux pratiques actuelles à l’échelle globale.   Le MCA Chicago est considéré comme l’un des musées les plus influents des États-Unis, qui possède une collection « historique » d’art contemporain d’ampleur, depuis sa création en 1967.  Quels y ont été vos objectifs, à votre arrivée en 2011 ? Je revenais pour ainsi dire chez moi, puisque je suis née et j’ai grandi dans la Windy City, la « ville des vents » ! J’ai souhaité développer des solos show d’artistes confirmés, mais surtout monter des expositions sur de jeunes artistes émergents, n’ayant jamais été montrés. Néanmoins, mon exposition actuelle, « Howardena...

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Olafur Eliasson, au-delà des apparences

Ses œuvres sont visibles à Genève, mais également à Los Angeles et bientôt le seront à Pékin, avant Munich pour une exposition estivale, puis dans le Massachusetts. Mais qu’est-ce qui fait courir Olafur Eliasson ? Entretien à Genève, avec un artiste très exposé, mais néanmoins discret.   À Genève, Olafur Eliasson a pris soin de saluer chaque journaliste présent à l’inauguration de son exposition « Objets définis par l’activité », conçue par Laurence Dreyfus, commissaire et conseillère à l’Espace Muraille. Fondé par les collectionneurs Caroline et Éric Freymond, cet hôtel particulier est un écrin idéal pour ces pièces à taille humaine. D’une élégance délicate et sobre, Eliasson nous en parle, mais évoque aussi ce qui fait le sel de sa vie professionnelle : l’environnement, la lumière, ses projets, son goût pour les relations sociales…   Quel est le sujet de votre nouvelle exposition, « Objets définis par l’activité », montée à l’Espace Muraille ? Cette exposition plutôt intimiste présente seize pièces qui, pour certaines, sont des travaux préparatoires – et non des maquettes –  à des projets futurs, plus importants. D’autres ont été réalisées pour l’occasion. Mes œuvres ont un rapport à la science et évoquent à travers des systèmes géométriques, de lumière, de mouvement, de flux, notre façon de percevoir les objets, l’espace, notre environnement et les autres.   En effet, beaucoup jouent sur les illusions d’optique et notre conception des choses, comme The we mirror, Colour window ou encore Day and night lava… Elles traduisent effectivement notre habileté à appréhender le monde et comment nos sens peuvent nous aider à le changer. Ce sont, en quelque sorte, des « instruments » qui exacerbent notre manière de le percevoir. Prenons, par exemple, The we mirror. Ce dodécagone tridimensionnel joue avec son image dans le miroir, qui se superpose à sa réalité matérielle… Mais ce reflet exprime-t-il...

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Les Ideal Artist Houses de Rens Lipsius

New York, Paris, Amsterdam… Rens Lipsius a posé les fondements de son concept Ideal Artist Houses à mesure de ses rencontres avec des artistes, tels John Coplans ou Dennis Oppenheim, des collectionneurs ou encore de simples amateurs d’art. Lipsius ou voir l’art autrement.   Depuis les années 1980, il a réalisé sept Ideal Artist Houses, réparties entre les États-Unis, les Pays-Bas et la France, et pensées à chaque fois comme des œuvres d’art totales. Un temps directeur artistique de la Fondation Icar à Paris, Rens Lipsius développe une vision globale du monde de l’art, de son marché et de ses influences. Retour sur l’histoire de ce peintre au parcours international et atypique.   Comment est né votre concept Ideal Artist Houses ? Rembrandt disait à propos de l’acte du peintre : « Il suffit de prendre un pinceau et de peindre ». Je suis en partie d’accord avec cette réflexion, mais commencer un tableau n’a rien d’évident du tout ! Il faut se donner les outils pour se stimuler. Et, pour moi, c’est en créant un environnement, un contexte favorable à l’acte créatif que l’on y arrive. Faire un espace qui est physiologiquement adapté à ses besoins incite l’œil. Alors, bien entendu, Ideal Artist Houses n’est pas apparu du jour au lendemain.   Avant de vous consacrer à la peinture, vous avez débuté votre carrière comme photographe. Comment êtes-vous finalement passé de l’un à l’autre ? J’ai commencé une carrière de photographe à l’âge de 20 ans, mais la peinture a toujours été présente. J’ai très tôt senti que le sujet qui m’intéressait avant tout était la lumière. Car, aussi bien dans la photographie que dans la peinture, tout tourne autour de la lumière. Pour la photographie, cela se traduit de façon assez directe par la sensibilité chimique, tandis que dans la peinture, il...

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