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Laurent Grasso ou l’énergie vibrante de la Terre

En cette rentrée, Laurent Grasso revient à la Galerie Perrotin avec « OttO », une exposition révélant les mystères des terres sacrées aborigènes, à travers des objets et un film éponyme. Pour AMA, l’artiste dévoile les enjeux de sa pratique. Entre visible et invisible, scientifique et sacré… Une machine de Steiner, des sculptures aux formes hypnotiques, des sphères de verre… Des objets hybrides gravitent autour du nouveau film de Laurent Grasso, OttO, montré pour la première fois en France. L’artiste y poursuit un travail de représentation de l’immatériel et des recherches autour de déclinaisons esthétiques, fictionnelles et poétiques produites à partir d’utopies, de théories ou de mythologies scientifiques. Explications…   Votre nouveau film OttO exposé à la Galerie Perrotin a été tourné sur des sites sacrés aborigènes. Qu’est-ce qui vous a poussé à vous y intéresser ? En 2016, j’ai été invité par Mami Kataoka à participer à la 21e Biennale de Sydney, pour laquelle j’ai envisagé de créer un projet dans le désert australien. Je me suis documenté sur la culture des aborigènes, leur relation au cosmos, à l’invisible, aux vibrations imperceptibles de la terre dont ils sont les gardiens. J’ai décidé d’en faire un film de 21 minutes qui a constitué le point de départ de mon exposition à la galerie. Votre film OttO présente, en effet, des déserts traversés par des sphères sur fond sonore assez troublant. De quoi s’agit-il ? Le titre du film évoque un personnage qui donne également son nom à l’exposition. « OttO » fait référence à Otto Jungarrayi Sims, traditional owner [propriétaire symbolique, ndlr] de terres aborigènes d’Australie, de la communauté de Yuendumu, mais aussi à Winfried Otto Schumann, ce physicien allemand qui a étudié les résonances basse fréquence de la Terre. En plus de leur prénom commun, ces deux personnages partagent un intérêt pour l’énergie magnétique de la Terre...

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Le Moderne, le Classique et l’Indien

Ce printemps, à Paris, hommage est rendu à Gérard Garouste avec trois accrochages. Au Musée de la Chasse et de la Nature, aux Beaux-Arts et à la galerie Templon… Le thème choisi, « Zeugma », jette un pont entre le collectif et l’individuel, le mythe et son commentaire. Explications…   Dans les années 1980, Alain Pacadis, le dandy punk du Palace écrivit la première critique de Gérard Garouste. « L’artiste qui peint sa femme et son chien »… À l’époque, ce n’était pas le monstre sacré qu’il est devenu – en décembre dernier, l’Académie des Beaux-Arts l’a élu au fauteuil précédemment occupé par Georges Mathieu. C’était un jeune artiste qui sortait de quelques méandres ombrageux de l’existence et peignait pour survivre, peut-être moins financièrement que pour céder à l’urgence même de vivre. Plus de 30 ans plus tard, cela n’a pas changé. C’est toujours Élizabeth que l’on retrouve en Diane au Musée de la Chasse et de la Nature. Cette fois-ci, Garouste joue lui-même le rôle d’Actéon. Diane et Actéon, le sujet est connu, traité aussi bien par le Titien, Luca Giordano, François Boucher que le Cavalier d’Arpin. Autant de variations autour d’une des métamorphoses d’Ovide voyant Diane prendre son bain, accompagnée de ses suivantes, surprise par Actéon. Ne pouvant se dérober au regard de l’homme, elle rougit, jette de l’eau à son visage et le transforme en un cerf qui finira dévoré par les chiens. Gérard Garouste a pris quelques libertés par rapport au mythe. C’est un Actéon sauvage et zoophile qui viole les bêtes avant de se transformer et de mourir sous leurs crocs vengeurs. Scènes de pénétration, fellations, métamorphoses, émasculations, créatures bicéphales hurlantes… Garouste peint un Actéon pervers et, surtout, responsable de ses actes. Son travail n’est pas exempt d’une certaine violence, de la représentation tourbillonnante aux sujets traités....

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« L’assemblage informe », nouvelle tendance internationale

Une nouvelle scène artistique se développe, de New York à Berlin. Les œuvres ? D’étranges assemblages composés de matériaux hétérogènes, sculptures instables et ambigües, relevant parfois du joyeux bricolage post-duchampien. AMA s’est demandé pourquoi leur réception, en France, est plus mitigée qu’ailleurs. Décryptage. Du plastique coloré dégouline jusqu’à se raccrocher à un morceau de bois pour éviter de s’écraser au sol. Des formes indéfinies composées de matériaux hétérogènes, des créatures tubulaires punks, des machines nouvellement obsolètes raccordées à des structures géométriques investissent l’espace… Peut-être avez-vous déjà croisés ces œuvres au détour d’une jeune galerie ou d’une foire. Qu’êtes-vous en train de regarder ? Une histoire de notre société, la rencontre de matériaux, tout autre chose ? La proximité avec notre environnement visuel complexifie-t-elle la mise à distance facilitant la compréhension de ces œuvres ? La « nouveauté » de ces formes esthétiques perturbent-elles nos habitudes ? À l’image des dadaïstes et du mouvement Fluxus, ces artistes échappent pour le moment aux classifications. Leurs œuvres en apparence absconses arborent des formes et développent des propos très divers, tout en se référant à des mouvements artistiques variés. Des points de contact permettent cependant de saisir ce qui se joue devant nous et de dessiner une nouvelle scène artistique. Nés dans les années 1980, ces artistes font partie de la même génération. Étudiants au milieu des années 2000, alors qu’explose Internet et la mondialisation, ils intègrent le milieu professionnel en pleine crise économique, sociétale, écologique, politique… Leur société est globale, ouverte tout en étant violente et dystopique. Ambivalente, tout et rien n’y est possible. Leurs productions s’apparentent à des assemblages, associés – pour ceux qui nous intéressent – aux notions d’hétérogénéité, de matérialité, d’informe. Ces artistes ne se focalisent pas sur un médium, ils piochent dans le panel de matériaux qui les entourent, comme le firent notamment Pablo Picasso...

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Eduardo Kac, vers une culture antigravitationnelle

Alors qu’à grands coups de milliards Elon Musk prévoit d’envoyer des hommes coloniser Mars, d’autres se sont posés la question… avec une feuille de papier et une paire de ciseaux. Avec Télescope intérieur, Eduardo Kac donne naissance à la première œuvre extraterrestre, en collaboration avec l’astronaute français Thomas Pesquet. L’œuvre en question n’a ni haut ni bas, ni face ni dos ; c’est un objet qui reproduit, en les imbriquant, les trois lettres du mot « Moi ». Un poème, un objet à lire, à observer, sans point de vue privilégié. Constitué de deux feuilles de papier et selon quelques découpes, Moi s’est mis à léviter dans l’espace lors de la performance inaugurale de Thomas Pesquet, en avril 2017. Sa conception est simple, parce que l’économie de moyens est capitale sur la mission Proxima de l’Agence Spatiale Européenne, l’artiste devant concevoir son projet à partir des matériaux déjà disponibles dans la station spatiale. « Moi », un mot qui n’est pas sans rappeler les formes d’un vaisseau – le tube pour les modules, le plan pour les panneaux solaires. À la galerie Charlot, l’exposition présentant le projet, en juillet dernier, mêlait les médiums : quelques éditions du Moi en papier, une vidéo filmée en vue subjective à la GoPro, présentant la performance, l’objet en lévitation, avec un superbe plan du Moi flottant devant trois hublots laissant entrevoir la planète bleue et les mains de Thomas Pesquet, mais aussi des dessins et des broderies du protocole de la performance, des photos des premiers tests et des livres d’artiste documentant le projet. Entretien en apesanteur…   Télescope intérieur a des racines profondes dans votre travail. Pouvez-vous revenir sur ses origines ? Le projet s’amorce en 2007, mais ses racines remontent aux années 1980. J’ai créé mon premier poème numérique en 1982, le premier poème holographique en...

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A.R. Penck, l’homme ouvert

A.R. Penck est décédé, alors que la fondation Maeght lui consacre une grande rétrospective. Quelques jours après la triste nouvelle, la galerie Suzanne Tarasiève a également verni une exposition consacrée à l’artiste. Deux parcours permettant d’embrasser toute la complexité du travail d’A.R. Penck. Hommage. A.R. Penck s’est éteint le 2 mai dernier à Zurich, à l’âge de 77 ans. Comme un symbole, l’exposition que lui consacre la fondation Maeght s’intitule « A.R. Penck. Rites de passage ». Elle sera donc la dernière rétrospective organisée du vivant de l’artiste, le premier hommage aussi, rendu au disparu. Hommage qui s’accompagne de l’exposition « À travers A.R. Penck » chez Suzanne Tarasiève (Paris), qui représente plusieurs des autres grandes figures incarnant la peinture allemande : Georg Baselitz, Markus Lüpertz, Jörg Immendorff. Ne manquent que Sigmar Polke et Gerhard Richter à l’appel. Une vie tumultueuse Ralf Winkler, de son vrai nom, a eu une vie tumultueuse. Il naît le 5 octobre 1939 à Dresde, dans une Allemagne qui va devenir « de l’Est » dès 1949. Entre 1956 et 1966, Ralf tente à quatre reprises, en vain, d’intégrer les écoles des beaux-arts de Dresde et de Berlin-Est, sans grand traumatisme puisqu’il préfère le contact des « voyous » (ainsi nommés) à celui des peintres institutionnels – il sera aussi refusé à la Société des artistes de la République Démocratique Allemande. Déjà, au milieu des années 1960, il emprunte le pseudonyme d’A.R. Penck, pour diverses raisons, en premier lieu pour rendre hommage au géologue spécialiste de la période glaciaire, Albrecht Penck. Surtout, pour faire passer plus facilement ses œuvres à la frontière et éviter les problèmes de censure. Des surnoms, l’artiste en aura d’autres : Tancred Michel ou Théodor Marx. C’est A.R. Penck qui restera. À cette époque, son regard va au-delà du Rideau de fer. En 1968 a lieu...

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