« France »

Through the wormhole

Journaliste, critique d’art, ancien rédacteur en chef d’AMA, Clément Thibault est également commissaire d’exposition. Il présente actuellement « Wormholes »… Soit un accrochage en deux volets, conjointement curaté avec Mathieu Weiler. C’est à voir à Paris, à la galerie Laure Roynette et à La Ruche.   Après la chute du mur de Berlin et l’effondrement de l’URSS, notre système idéologique a, un temps, pensé tenir sa victoire. Que certains, comme Francis Fukuyama, aient pu penser la fin de l’Histoire en est un symptôme. Bien sûr, les événements devaient continuer à surgir, mais la marche du monde vers le consensus libéral et démocratique était en cours et rien ne devait plus l’arrêter. C’était la fin de la dialectique de l’Histoire, un seul système immortel devait lui survivre. Avec le nouveau millénaire, elle ne devait devenir qu’un continuum. Presque 30 ans plus tard, les choses ont bien changé. Les systèmes démocratiques tremblent, ils vacillent, inquiétés par des périls intérieurs et extérieurs. Doute qui produit du repli (incarné par le virulent débat entre nationalistes et globalistes) ou de l’ouverture. Une ouverture critique, un examen de valeurs. Le post-modernisme avait commencé ce travail de réexamen de l’Histoire et de l’histoire de l’art, mais à l’aune du seul modernisme. Tous les fondements hégémoniques de notre culture sont actuellement remis en question, certains séculaires. Ceux d’une culture occidentale dans son orientation, notamment historique, capitaliste dans son économie, bourgeoise dans son caractère social, blanche dans son aspect racial, masculine pour son sexe dominant. Les artistes de la double-exposition « Wormholes » (première occurrence à la galerie Laure Roynette, la seconde à la Ruche) se placent dans ce contexte. Petite précision sémantique. Un wormhole (trou de ver), en physique, est un objet hypothétique qui relierait deux feuillets ou deux régions distinctes de l’espace-temps, comme une sorte de...

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Le Moderne, le Classique et l’Indien

Ce printemps, à Paris, hommage est rendu à Gérard Garouste avec trois accrochages. Au Musée de la Chasse et de la Nature, aux Beaux-Arts et à la galerie Templon… Le thème choisi, « Zeugma », jette un pont entre le collectif et l’individuel, le mythe et son commentaire. Explications…   Dans les années 1980, Alain Pacadis, le dandy punk du Palace écrivit la première critique de Gérard Garouste. « L’artiste qui peint sa femme et son chien »… À l’époque, ce n’était pas le monstre sacré qu’il est devenu – en décembre dernier, l’Académie des Beaux-Arts l’a élu au fauteuil précédemment occupé par Georges Mathieu. C’était un jeune artiste qui sortait de quelques méandres ombrageux de l’existence et peignait pour survivre, peut-être moins financièrement que pour céder à l’urgence même de vivre. Plus de 30 ans plus tard, cela n’a pas changé. C’est toujours Élizabeth que l’on retrouve en Diane au Musée de la Chasse et de la Nature. Cette fois-ci, Garouste joue lui-même le rôle d’Actéon. Diane et Actéon, le sujet est connu, traité aussi bien par le Titien, Luca Giordano, François Boucher que le Cavalier d’Arpin. Autant de variations autour d’une des métamorphoses d’Ovide voyant Diane prendre son bain, accompagnée de ses suivantes, surprise par Actéon. Ne pouvant se dérober au regard de l’homme, elle rougit, jette de l’eau à son visage et le transforme en un cerf qui finira dévoré par les chiens. Gérard Garouste a pris quelques libertés par rapport au mythe. C’est un Actéon sauvage et zoophile qui viole les bêtes avant de se transformer et de mourir sous leurs crocs vengeurs. Scènes de pénétration, fellations, métamorphoses, émasculations, créatures bicéphales hurlantes… Garouste peint un Actéon pervers et, surtout, responsable de ses actes. Son travail n’est pas exempt d’une certaine violence, de la représentation tourbillonnante aux sujets traités....

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Où vont nos écoles d’art ?

En pleine réforme de l’enseignement supérieur européen, les écoles d’art françaises clament leurs spécificités. Entre uniformisation et identité, elles doivent aujourd’hui évoluer, affirmer leurs différences… Vers quel avenir se tournent donc nos écoles supérieures d’art publiques ?   L’école supérieure d’art publique doit-elle être un lieu d’expérimentation de la pensée pour former des artistes et des citoyens ? Doit-elle avant tout chercher à être compétitive au niveau international ? Tout dépend du point de vue… Ainsi, l’homogénéisation des établissements d’enseignement supérieur en Europe, imposée par les ministères européens sur la base du système universitaire, et ce depuis le processus de Bologne en 1999, répond à deux objectifs majeurs : faciliter la mobilité des étudiants et favoriser le rayonnement européen à l’international. Or, toute uniformisation nécessite des ajustements, en prenant compte des spécificités de chacun. Cette enquête vise à donner la parole à ceux qui participent à la pensée de l’école supérieure d’art française. Ils sont artistes, enseignants ou directeurs d’école. Quelles sont les singularités des écoles d’art ? Comment ajuster la réforme pour pouvoir l’intégrer ?   Apprendre à regarder le monde La première spécificité des écoles supérieures d’art résident dans le contenu de l’enseignement. Elles apprennent à concevoir différemment, à désapprendre. « On enseigne beaucoup plus une manière de concevoir le monde, de créer un imaginaire, qu’un apprentissage technique », explique l’artiste Bruno Peinado. Et de préciser son rôle d’enseignant à l’École Européenne Supérieure d’Art de Bretagne : « Apprendre à regarder le monde, à constituer un imaginaire à partir de ce ressenti. Apprendre à se défaire d’automatismes, d’un savoir-faire, afin d’enrichir son vocabulaire. C’est une école du défaire avant de réengager quelque chose qui serait un travail autour de la singularité de chaque étudiant ». La conception de Christophe Kihm, critique d’art et enseignant à la HEAD, la Haute École d’Art et de Design...

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Antoni Clavé, multiple

À Paris, jusqu’au 25 février, la BnF présente une courte, mais belle rétrospective des lithographies et des gravures d’Antoni Clavé, accompagnée par la publication du nouveau catalogue raisonné de son œuvre gravé. Focus.   Antoni Clavé a connu la gloire, mais avec le temps la vague a refoulé. C’était dans les années 1950, et jusqu’aux 1980. Ses mannequins, ses rois et ses guerriers, ses tauromachies dans des tons d’ocre, noirs, terreux, avaient une certaine renommée. Des sujets un peu datés aujourd’hui, comme Bernard Buffet et ses clowns diraient certains. « Surtout, c’était un artiste humble, qui fuyait les honneurs, remarque Aude Hendgen, historienne d’art attachée aux Archives de Clavé et responsable du catalogue raisonné que vient de publier Skira. À Barcelone, il a toujours refusé qu’on lui consacre un musée, malgré plusieurs propositions ». Un musée Clavé, il en existe un pourtant, mais au Japon. Il s’agit du premier lieu entièrement consacré à l’artiste, conçu et réalisé par Tadao Ando et inauguré en mars 2011 à Yamanashi, près de Tokyo – après sa mort donc, survenue en 2005.   Montée suite à la donation de 92 estampes consentie par les petits-enfants de Clavé, l’exposition de la Bibliothèque nationale de France (BnF), « Antoni Clavé, estampes », montre une cinquantaine de pièces réalisées entre 1955 et 1995. Nombre de techniques y passent : lithographies, eaux- fortes, aquatintes, gravures au carborundum, gaufrages, collages et kraft lithographié. Le projet de l’exposition, d’après l’une de ses commissaires Céline Chicha-Castex, est d’établir un lien entre l’œuvre gravé et peint de Clavé et de révéler quelques-unes de ses références. Mais surtout, c’est de remettre un coup de projecteur sur un artiste un peu oublié, dans l’ombre des autres grands Catalans. Antoni Clavé, c’est ce pont que l’on a envie de dresser entre Joan Miró et Antoni Tàpies. D’ailleurs Antoni Clavé...

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FIAC 2017, quand l’art fait la foire

Quatre jours de foire, 29 pays invités, 192 galeries et au moins 70.000 visiteurs attendus… Avec cette 44e édition, la FIAC s’impose à nouveau comme la manifestation culturelle majeure de la rentrée. Ou quand la Ville lumière investit le rayon contemporain. FIAC lux ! La FIAC aurait-elle fini par trouver la bonne formule ? Après des années d’hésitations et d’oscillations entre des stratégies de programmation aussi diverses que variées, l’événement semble enfin être parvenu à proposer une carte des réjouissances convenant tout à la fois au grand public, aux collectionneurs, aux critiques d’art et… même aux professionnels. Le tout en conciliant qualité artistique et ouverture populaire. Une gageure en la matière, dont on ne se plaindra pas. Comme chaque année, l’épicentre de l’événement se situe sous la nef du Grand Palais, où se déploie le secteur Général, regroupant les galeries les plus prestigieuses du marché de l’art contemporain. Soit une centaine d’enseignes environ, parmi lesquelles on retrouve les grandes écuries françaises et internationales, dans une proportion qui semble devenue la norme pour les événements du genre : un quart d’autochtones, le reste d’étrangers. Mais la distinction est-elle encore valable dans un secteur upper market où les boutiques de Paris ressemblent à celles de San Francisco ? Au total, les deux tiers des galeries présentes sont d’origine européenne, ce qui permet au moins de rappeler la place à la fois discrète mais prépondérante de l’UE sur l’échiquier mondial du marché de l’art. Cette année, le comité de sélection des exposants était composé de huit spécialistes, à savoir Olivier Antoine, Gisela Capitain, Mark Dickenson, David Fleiss, Solène Guillier, Jan Mot, Emmanuel Perrotin et Christophe Van de Weghe. Sur les 192 participants, 40 galeries prennent part à la FIAC pour la première fois et six nouveaux pays font leur entrée : l’Égypte, la République du...

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