« exposition »

Le travail, entre émancipation et aliénation

Au fond de la première salle d’exposition, un McDonald’s est submergé par les eaux. Au premier étage, une affiche retrace l’évolution de l’anarchisme en France. Des bancs et des tables d’écoliers sont disposés ça et là. Cet été, le FRAC Champagne-Ardenne rassemble des artistes autour de la notion de travail… Selon le Larousse, « le travail est l’activité de l’homme appliquée à la production, à la création, à l’entretien de quelque chose ». La pratique artistique entre-t-elle dans cette catégorie ? Déambulant dans la ville, l’artiste Francis Alÿs pousse un bloc de glace jusqu’à sa disparition, coince un fil de son pull jusqu’à ce qu’il n’en reste rien, attire des objets métalliques à l’aide d’un aimant. Ses performances réalisées dans l’espace public à la fin des années 1990 confrontent l’action de faire et son résultat. « Parfois, ne rien faire revient à faire quelque chose et faire quelque chose revient à ne rien faire », explique-t-il. Sometimes Making Something Leads to Nothing révèle aussi l’apparente inutilité de certains actes, et notamment artistiques, selon une perception productiviste. Parce que l’objectif de la pratique artistique n’est pas l’utilité, certains la pensent futile. Et contrairement aux intermittents du spectacle, les temps de réflexion des artistes plasticiens, ces mises en suspens de l’acte de produire nécessaires à l’émergence d’une pensée, d’une idée et d’une œuvre plastique, ne sont économiquement pas reconnue. Cette question du statut de l’artiste dans la société est aussi au cœur des réflexions de Patricio Gil Flood. Depuis 2012, l’Argentin focalise ses recherches sur le travail et notamment sur le statut de l’artiste travailleur, question toujours d’actualité dans son pays d’origine ou en France. Dans son ouvrage Travailler moins pour lire plus, édité en 2015, il rassemble des textes philosophiques, sociologiques ou artistiques qui s’opposent à la dichotomie entre travail et loisir. Cette...

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A.R. Penck, l’homme ouvert

A.R. Penck est décédé, alors que la fondation Maeght lui consacre une grande rétrospective. Quelques jours après la triste nouvelle, la galerie Suzanne Tarasiève a également verni une exposition consacrée à l’artiste. Deux parcours permettant d’embrasser toute la complexité du travail d’A.R. Penck. Hommage. A.R. Penck s’est éteint le 2 mai dernier à Zurich, à l’âge de 77 ans. Comme un symbole, l’exposition que lui consacre la fondation Maeght s’intitule « A.R. Penck. Rites de passage ». Elle sera donc la dernière rétrospective organisée du vivant de l’artiste, le premier hommage aussi, rendu au disparu. Hommage qui s’accompagne de l’exposition « À travers A.R. Penck » chez Suzanne Tarasiève (Paris), qui représente plusieurs des autres grandes figures incarnant la peinture allemande : Georg Baselitz, Markus Lüpertz, Jörg Immendorff. Ne manquent que Sigmar Polke et Gerhard Richter à l’appel. Une vie tumultueuse Ralf Winkler, de son vrai nom, a eu une vie tumultueuse. Il naît le 5 octobre 1939 à Dresde, dans une Allemagne qui va devenir « de l’Est » dès 1949. Entre 1956 et 1966, Ralf tente à quatre reprises, en vain, d’intégrer les écoles des beaux-arts de Dresde et de Berlin-Est, sans grand traumatisme puisqu’il préfère le contact des « voyous » (ainsi nommés) à celui des peintres institutionnels – il sera aussi refusé à la Société des artistes de la République Démocratique Allemande. Déjà, au milieu des années 1960, il emprunte le pseudonyme d’A.R. Penck, pour diverses raisons, en premier lieu pour rendre hommage au géologue spécialiste de la période glaciaire, Albrecht Penck. Surtout, pour faire passer plus facilement ses œuvres à la frontière et éviter les problèmes de censure. Des surnoms, l’artiste en aura d’autres : Tancred Michel ou Théodor Marx. C’est A.R. Penck qui restera. À cette époque, son regard va au-delà du Rideau de fer. En 1968 a lieu...

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Wolfgang Tillmans, aux frontières du visible

Une exposition se termine, une autre commence… Alors que la monographie dédiée au photographe allemand Wolfgang Tillmans s’achève à la Tate de Londres, la rétrospective que lui consacre la Fondation Beyeler démarre dans la printanière ville suisse. Parfait timing pour étudier d’un peu plus près cet artiste aux mille expérimentations…   Les superstars de la photographie contemporaine ne sont toujours (et malheureusement) pas légion. Même si le médium a pleinement acquis ses lettres de noblesse cette dernière décennie, son écosystème reste encore fermé : galeries dédiées, ventes aux enchères thématiques, foires monomédiums, revues spécialisées… De ce point de vue, l’Allemand Wolfgang Tillmans fait figure de phénomène. Reconnu très tôt – et de manière continue – par les institutions et la critique artistique, il fait déjà partie des photographes les plus en vogue… Pourtant, on sent bien que l’artiste a encore de quoi nous épater. Né en 1968 à Remscheid, dans l’ouest de l’Allemagne (proche de Cologne et de Düsseldorf, donc de la Belgique et des Pays-Bas, tourné vers l’Europe), il découvre encore adolescent le travail photographique de Polke, Richter et Rauschenberg dans les musées des grandes villes voisines. Après trois ans à Hambourg, Tillmans poursuit ses études dans le sud de l’Angleterre, à l’Université des Arts et de Design de Bournemouth. Il s’installe ensuite à Londres, puis réside un an à New York, en 1994. C’est là qu’il rencontrera son premier soutien, le galeriste Andrea Rosen, et son amant, le peintre Jochen Klein. Les deux Germains reviendront en Europe, où ils vivront ensemble dans la capitale britannique jusqu’au décès de Klein en 1997, victime du SIDA. Tillmans n’a pas encore 30 ans. En 2000, l’artiste sort de l’anonymat du jour au lendemain en devenant le premier photographe et le premier non-Britannique à recevoir le très réputé prix Turner… un an...

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Sultan Sooud Al-Qassemi : un collectionneur influent

« 100 chefs-d’œuvre de l’art moderne et contemporain arabe »… C’est le titre de l’exposition qui, à l’Institut du Monde Arabe, à Paris, révèle une partie de la collection de Sooud Al-Qassemi. Rencontre avec ce jeune collectionneur, à l’origine de la Fondation Barjeel créée aux Émirats arabes unis. L’exposition de l’IMA présente des œuvres modernes et contemporaines arabes, en deux volets. Le premier, « Exposer », est calqué sur le modèle curatorial de l’exposition traditionnelle ; le second, « Conserver », offre une scénographie basée sur les réserves des musées. On y retrouve des figures de la scène internationale, Adel Abdessemed, Etel Adnan, Walead Beshty ou encore Hayv Kahraman. Mais on y découvre aussi des artistes modernes moins connus du public français, tels Ahmed Cherkaoui ou Achraf Touloub. Rappelons que Sooud Al-Qassemi a déjà organisé des expositions à Singapour, Londres, Toronto, Téhéran… et bientôt à Amman, à Washington et à Dubaï. En plus d’avoir lancé la Fondation Barjeel à Sharjah, aux Émirats arabes unis, en février 2010, le volcanique collectionneur produit et anime une émission à la télévision (Art Plus, sur AJ Plus Arabi).   Votre collection est constituée de combien d’œuvres ? La Fondation Barjeel conserve environ 600 œuvres – ainsi que des éditions d’artistes –, majoritairement modernes et contemporaines. On peut remonter des années 2015-2016 au XIXe siècle. Mon idée, avec cette fondation, est de mettre en valeur et de présenter l’art arabe, partout dans le monde. Je trouve que les fondations et les musées ne sont pas assez actifs. Nous sommes à l’opposé de ça et nous voulons vraiment dépasser les limites actuelles, même si c’est bien plus difficile en ce moment avec la situation en Syrie et ailleurs. Nous voulons montrer une autre face du monde arabe, pas seulement négative. Dans le monde arabe, beaucoup d’œuvres sont détruites, mais beaucoup d’œuvres...

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Xavier Veilhan : Studio Venezia, expérience immersive

L’artiste vit et travaille à Paris, mais c’est à Venise qu’il nous reçoit aujourd’hui. Au cœur du Pavillon français, dont il est le représentant pour cette Biennale 2017. Entretien vénitien… Xavier Veilhan est né en 1963 à Lyon. Il a suivi les enseignements des Arts Décoratifs de Paris, puis de la Hochschule der Künste à Berlin. Depuis la fin des années 1980, il développe une pratique multiple, faite de sculptures, peintures, installations, mais aussi vidéos et performances, dans laquelle la musique tient une place fondamentale. Son travail est aussi une réflexion sur la modernité – à travers son histoire et ses formes – et la définition même de ce qu’est l’espace d’exposition. Son œuvre Studio Venezia représente la France à la 57e Biennale internationale d’art contemporain de Venise.   Studio Venezia est une expérience immersive qui reprend l’essence de votre travail, dans son rapport à la musique, mais aussi à la sculpture, avec des formes constructivistes et un lien avec le futurisme italien. Ce projet synthétise-t-il de nombreuses années de travail ? Oui, certainement, mais en même temps, je le vois d’une manière plus pragmatique et c’est comme si j’avais réuni des éléments préassemblés ou des pièces d’un puzzle. Comme si le projet était là pour servir conceptuellement des expériences éparses qui étaient peut-être passées un peu inaperçues, à l’exemple de spectacles plus ponctuels, que le public voyait moins comme étant le centre de mon travail. Même si j’ai mené ces projets de manière assez discrète, je me suis rendu compte qu’ils nourrissaient beaucoup mon travail, intellectuellement, mais aussi par les rencontres et découvertes qu’ils engendraient. Cela me permettait d’être dans des réseaux différents, comme avec les films qui voyagent dans des festivals. Le spectacle vivant ouvre des portes dont j’ignorais même l’existence et amène un certain retour des choses, à l’exemple...

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