« Édouard Planche »

De la culture en zones de conflit

Au moment où la conférence internationale sur le patrimoine en péril vient de s’achever à Abou Dhabi, une rencontre avec Édouard Planche. Propos sur l’art et la guerre… en compagnie d’un des experts chargés pour l’UNESCO des traités relatifs à la protection de l’héritage culturel.   Quel est la nature du programme mis en place par l’UNESCO, en matière de lutte contre le trafic de biens culturels ? L’action de l’UNESCO s’inscrit dans le cadre d’un mandat exercé dans le domaine culturel, mandat relatif à la protection du patrimoine contre le trafic illicite. Cette mission a été formalisée dans un traité, datant de 1970, dit « Convention de l’UNESCO », qui est le deuxième grand traité après celui de 1954, la « Convention de La Haye », qui concerne la protection du patrimoine culturel en cas de conflits armés. Un texte qui est tout à fait d’actualité et qui contient dans un de ses deux protocoles additionnels des dispositions liées à la lutte contre le trafic et à la restitution, circonscrites aux conflits armés – alors que la convention de l’UNESCO s’applique à toutes situations, notamment en temps de paix. Pour résumer, disons qu’elle s’articule autour de trois grands ensembles. Un aspect préventif tout d’abord, prévoit que les États se dotent de législations très claires en matière de sites protégés, de propriété des biens culturels, de certificats d’exportation, de réglementation du marché, d’inventaire, etc. Le deuxième grand axe est la coopération internationale. Les 131 États aujourd’hui liés par la convention s’engagent à coopérer pour lutter contre le trafic et faciliter les restitutions. Un article stipule que lorsqu’un État voit son patrimoine particulièrement menacé, en raison d’un conflit armé, par exemple, ou d’une catastrophe naturelle, celui-ci peut solliciter des mesures exceptionnelles de protection de la part des autres États, situation...

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Édouard Planche de l’UNESCO sur le pillage des œuvres d’art en temps de guerre

À l’occasion du dîner débat organisé le 16 février par AMA au Club de la chasse et de la nature, Édouard Planche, spécialiste du trafic des biens culturels à l’UNESCO, s’est exprimé sur le thème du pillage des œuvres d’art en temps de guerre, en présence d’une vingtaine de convives. Direction la Syrie et Édouard Planche de commencer par un rappel douloureux. La Syrie compte six sites classés au patrimoine mondial de l’UNESCO : l’ancienne ville d’Alep, l’ancienne ville de Bosra, l’ancienne ville de Damas, le Crac des Chevaliers, le site de Palmyre et les villes antiques du Nord ; et pas moins de douze sites qui sont soumis à la liste indicative, en vue d’une inscription dans les années à venir, dont Ebla, Mari, Doura Europos, Apamée… Le constat est affligeant. Depuis le début du conflit syrien ce sont : 290 sites touchés dont 24 détruits, 104 sévèrement dégradés, 85 partiellement endommagés et 77 probablement endommagés. Parmi les plus touchés figurent : Alep, Damas, le Crac des Chevaliers, Palmyre, Doura Europos, Bosra, Ebla, Apamée et Raqqa. Au-delà des images de destructions qui plongent l’assemblée dans la consternation, le débat arrive sur une autre problématique de taille : les antiquités sont un levier de financement du terrorisme. L’implication relative de certains pays, dans la lutte contre le trafic illicite du patrimoine syrien ou irakien, tels que la Turquie mais aussi Israël — pour qui « chez nous il n’y a pas de trafic car il y a le mur » — ou encore les pays du Golfe, n’arrange pas la situation. Pour nous donner un ordre d’idée, le débatteur nous informe que le commerce légal d’antiquités représente à peu près 60 Mrd$ par an tandis que le commerce illégal, même s’il est très difficile à chiffrer, pourrait éventuellement atteindre...

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