« artiste »

Balthus ou le traité du style

Une jeune fille, un chat, un miroir… On pensait tout connaître de Balthus. À Riehen, en Suisse, la Fondation Beyeler propose un accrochage lumineux sur cette œuvre « composée comme un grand mystère ». De la nudité des corps à la sérénité des paysages…   Quand on évoque Balthus, souvent, on pense à ces jeunes filles pâles et consentantes, surprises dans des poses équivoques. Mais Balthus, c’est autre chose que l’image lancinante de ces belles endormies, chrysalides au charme trouble. Balthus, avant tout, c’est la campagne italienne et les paysages du Morvan, la nostalgie d’un monde apaisé. À Arezzo, la découverte des fresques de Piero della Francesca, ajoutée à une certaine vibration de l’air, ont bouleversé la vision du peintre… Né en 1908 à Paris, d’origine polonaise, Balthasar Klossowski de Rola, dit Balthus, passe une partie de son enfance en Suisse. Proche de Bonnard et de Derain, encouragé par Rilke, il choisit très tôt la peinture. Excepté Henri Michaux peut-être, artiste inclassable, Balthus n’a pas d’équivalent dans ce siècle. Sur le plan technique, rien de renversant pourtant. Peut-être parce que le comble du style finalement, du grand art, c’est de n’en rien laisser voir. C’est cet effacement, cette magistrale discrétion, qui certainement font de lui l’un des grands maîtres du XXe siècle. Il y a là comme une synthèse inédite entre l’art du Quattrocento, la poésie japonaise et les paysages de Gustave Courbet. Bref, quelque chose de proprement magique. Pour en arriver là pourtant, il aura fallu du temps. La partie n’était pas gagnée. Pour Balthus, alors qu’il fait sa première apparition chez Pierre Loeb, en 1934, l’échec est cinglant : pas une œuvre n’est vendue. Il faudra attendre 1966 et la rétrospective du Musée des arts décoratifs pour voir son travail enfin reconnu. Un académisme sauvage C’est dans la campagne bâloise, à...

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Alain Lombard, nouveau pilote de la Collection Lambert

Énarque, il fut secrétaire général de la Villa Médicis, attaché culturel à Budapest, mais aussi administrateur général des musées d’Orsay et de l’Orangerie… Son nom ? Alain Lombard, qui succède cette année à Éric Mézil à la tête de la Collection Lambert. Rencontre en Avignon.   La nouvelle est tombée le 5 février dernier… Éric Mézil, qui dirigeait la Collection Lambert depuis 2000, allait céder sa place à Alain Lombard. Après 17 années passées aux côtés du marchand Yvon Lambert, Éric Mézil laissait ainsi en Avignon une empreinte durable, marquée par une programmation ambitieuse. On se souvient bien sûr des grandes expositions monographiques, Cy Twombly en 2007, Miquel Barceló en 2010, Andres Serrano en 2016 ou encore, plus étonnant, l’accrochage hors les murs réalisé dans l’ancienne prison Sainte-Anne autour de « La Disparition des lucioles », en 2014. Aux manettes désormais, Alain Lombard a pour mission de faire vivre cette collection d’art contemporain peu commune… Née en 2000 au cœur de la cité papale, la Collection Lambert est en effet un musée d’art contemporain assez particulier. Longtemps les œuvres du marchand d’art et collectionneur Yvon Lambert sont restées en dépôt au sein de l’Hôtel de Caumont, la donation de plus de 550 œuvres à l’État n’ayant été officialisée qu’en juillet 2012. Désormais abritée au sein de deux hôtels particuliers du XVIIIe – grâce à l’adjonction de l’Hôtel de Montfaucon –, la Collection Lambert offre une sélection d’œuvres majeures de la seconde moitié du XXe et du début du XXIe siècle.   Pouvez-vous nous présenter les grandes lignes de votre parcours ? J’ai eu la chance de pouvoir choisir le ministère de la Culture à ma sortie de l’ENA et j’y travaille depuis 1982, soit en administration centrale soit en administration déconcentrée ou encore dans des établissements dépendant du ministère, avec aussi...

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Ces images qui prennent vie…

Critique d’art, journaliste, ancien rédacteur en chef d’AMA, Clément Thibault est également curateur. Il présente à Paris « Rituels, Images vivantes » : une exploration des permanences de la pensée magique et chamanique dans le travail d’artistes contemporains. À voir à la H Gallery.   Pourquoi, en 2018, réaliser une exposition sur les permanences d’images, de gestes et d’idées relevant d’une pensée magique dans l’art contemporain ? D’abord, parce que le fait spirituel, dans son ensemble, connaît un regain d’intérêt, dont les artistes sont la chambre d’écho et, parfois aussi, les initiateurs. Les sociétés occidentales cherchent à se ré-enchanter, à s’extraire de longs siècles de phénoménologie triomphante et d’excès rationalistes. Comme si l’on devait renouer, avec maladresse parfois, avec l’inexplicable. Depuis quelque temps, la littérature scientifique est prolixe sur les états modifiés de conscience et les pratiques religieuses immémoriales ; en Nouvelle-Zélande, le Parlement a reconnu le fleuve Whanganui comme une entité vivante et l’a doté d’une personnalité juridique… Les événements illustrant ce rejaillissement spirituel sont légion, nourris par la pensée écologique, la reconsidération de l’humain face au non-humain et le développement d’un matérialisme non-anthropocentrique, portés par la mise en réseau du monde. La seconde raison, c’est parce que l’espace de la H Gallery s’y prête, avec sa distribution particulière. Deux salles séparées par un couloir, comme deux états séparés par un passage. Cette distribution offre une métaphore architecturale du rituel.   Les effets du rituel Ainsi, l’effet recherché était de considérer dans le premier espace la manière dont l’iconographie du rituel inspire les artistes, et dans un second temps, évoquer l’idée d’image vivante. Le fait qu’une image joue avec son référent, qu’elle nourrisse avec lui une indistinction, est un classique de toute pensée magique, comme l’écrivait Michel Melot dans son ouvrage Une brève histoire de l’image (Bulletin des bibliothèques de...

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Hicham Berrada ou le monde des possibles

C’est un « régisseur de réactions chimiques » qui explore les protocoles scientifiques. Dans une sorte de Land art revisité, Hicham Berrada se frotte au vivant, mais souvent à l’échelle de la molécule. Plasticien fasciné par la chimie, il réinvente certains processus naturels, créant de très inédits paysages. Entre nature et artifice…   Avez-vous déjà vu un champ de pissenlits libérer ses halos blancs en pleine nuit ? Un nuage bleu se former en quelques instants, tel un ciel mouvementé du peintre François Boucher ?  Ou encore des paysages intemporels former de délicats jardins aquatiques, des galaxies abstraites naître sous vos yeux ? Quelle est donc cette magie ? Hicham Berrada n’est pas un magicien, c’est un virtuose des expériences physiques. Artiste alchimiste, il contrôle les combinaisons chimiques comme un peintre sa palette de couleurs. Dans son atelier, aucune toile, mais de petites boîtes empilées les unes sur les autres. Il suffirait de les activer pour qu’elles expriment leur magie, comme autant de paysages oniriques.   J’ai découvert votre travail en 2013, lors d’une exposition collective au Palais de Tokyo. Comment a évolué votre pratique depuis ? En 2013, j’ai passé un an à la Villa Médicis. C’est ici que j’ai pu lancer le début de plusieurs recherches. Cela m’a permis de réaliser plus tard Mesk-Ellil (2015), ou encore Masse et martyr (2017), des concrétions artificielles en bronze que je présentais à l’Abbaye de Maubuisson jusqu’en avril dernier. C’est souvent très long. Le facteur temps dans mon travail est une composante essentielle. Ces objets évoluent, je dois les garder dans mon atelier un an, voire deux ans, avant de pouvoir les montrer.   Vous voulez dire que vous ne connaissez pas l’issue visuelle de vos œuvres ? Non, je ne connais pas le rendu dans cet espace-temps. Personne, d’ailleurs, pas même les...

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Klein d’œil et pied de nez

Après Gustav Klimt en installation immersive – à l’Atelier des Lumières, à Paris –, c’est au tour d’Yves Klein d’être confronté à la réalité augmentée. Rendez-vous cet été à Nice pour une plongée numérique au cœur de la « Révolution bleue ». Plein les yeux !   Yves Klein est né à Nice… en 1928. C’est donc en toute logique que l’on célèbre cette année sur la Riviera les 90 ans de sa naissance. Là où l’affaire prend un tour moins banal, c’est que l’exposition-hommage qui lui est rendu se tient… au cœur d’un centre commercial – Nicetoile, soit 19.600 m² entièrement dévolus aux désirs les plus ardemment consuméristes. Mais la trouvaille la plus décoiffante, c’est l’accrochage : une installation immersive faisant appel à la réalité augmentée ! Bref, de l’art du shopping au marché de l’art, Klein, éternel apôtre de l’immatériel, nous revient dans une version 2.0. En clair, les œuvres originales ont ici été numérisées en 3D, traitées en ultra-HD, le tout réalisé par la société LEXPO Augmentée, en partenariat avec l’agence Artcurial Culture. Titré « La vibration de la couleur », ce tout premier module d’une rétrospective numérique destinée à voyager pendant dix ans a des allures d’eurêka. Mais reprenons…   Nous sommes au début des années 1960, Castro vient de prendre le pouvoir à Cuba, pendant qu’à New York l’économiste John Kenneth Galbraith s’apprête à publier L’Ère de l’opulence. Tout va bien. Au milieu de tout ça, en Europe, le groupe des Nouveaux Réalistes emmené par le critique Pierre Restany se lance dans la grande « aventure de l’objet ». Lointains cousins du Pop art américain, les membres de ce collectif un peu flou œuvrent avec vigueur. Exaltation métaphorique de l’objet, sens du spectacle, appropriation du réel… La topologie du Nouveau Réalisme est complexe. Le...

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