« artiste »

Bertrand Lavier, entretien a cappella

Après une longue collaboration avec le galeriste Yvon Lambert, Bertrand Lavier expose pour la première fois à la galerie Almine Rech. Il y présente un ensemble d’œuvres issues de différents « chantiers », ces séries qu’il reprend au fur et à mesure de l’évolution de son travail. Visite guidée.   Bertrand, votre exposition débute par une « salle des peintures »… J’y présente plusieurs séries d’œuvres, dont de nouvelles Walt Disney Productions. Celles-ci ont des encadrements classiques qui leur donnent une insolence kitsch. Issues d’une fiction – celle dessiné par Walt Disney – elles basculent dans une autre – celle du champ de l’art. Ces encadrements en bois aux feuillages et arabesques, d’un blanc éclatant, accentuent leur aspect factice. C’est la première fois que vous utilisez les cadres pourtant déjà présents dans la bande dessinée de Walt Disney, Mickey au musée d’art moderne, de 1947. Ce « chantier » des Walt Disney Productions débute en 1984 avec une série de Cibachromes, ensuite des jets d’encres sur toile jusqu’en 2013, année où je commence à peindre sur ces impressions. C’est aussi en 1984 que j’ai commencé à recouvrir des miroirs d’une « touche Van Gogh ». C’est à partir de 2011 que j’ai arrêté de couvrir l’intégralité de leur surface, en les peignant cette fois-ci d’une « touche brushstroke », immortalisé par Roy Lichtenstein. Je me suis ainsi approprié un geste fondateur de la peinture contemporaine, pour les miroirs et Walt Disney Productions. Ce geste, plus libre que la « touche Van Gogh », me permet de suivre avec aisance les courbes des motifs peints. Pour les Walt Disney Productions présentés ici, le fait de ne pas recouvrir l’intégralité de la toile de peinture permet de laisser apparent le motif de la trame sérigraphiée, rendant visible les étapes qui ont précédés le résultat final. Avez-vous utilisé toutes les œuvres que Mickey et Minnie découvrent...

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Speedy Graphito n’est pas un street artist !

Pertinence et impertinence… Voilà ce qui caractérise le parcours artistique de Speedy Graphito, comme le révèle la rétrospective que lui consacre en France le musée du Touquet. Démonstration. Comment êtes-vous devenu Speedy Graphito ? Je peins depuis toujours et j’ai pris mes premiers cours de dessin à neuf ans. À partir de là, tout s’est enchaîné : je me suis lancé dans la création de décors de théâtre de 14 à 20 ans, pour suivre ensuite une formation de cinq années en école d’art, dont deux ans à l’école Estienne à Paris. Mes premières toiles sous le nom de Speedy Graphito datent de 1984, la même année que ma première exposition à l’espace Pierre Cardin. Suite à cela, la galerie Polaris – tenue alors par le plus jeune galeriste de France – a décidé de me défendre. Et c’est la réalisation de l’affiche pour « La ruée vers l’art » en 1985 qui m’a assuré une notoriété immédiate et fulgurante dans toute la France. S’en suivent des expositions, des solo shows à la FIAC et des interventions urbaines sur les murs de Paris… « La ruée vers l’art » est justement le point de départ de l’exposition qui vous est consacrée au musée du Touquet, la porte d’entrée qui nous permet d’embrasser plus de 30 ans de carrière. Cette rétrospective est importante pour vous ? Je trouve qu’il est important, à cette étape de ma carrière, de montrer les différentes périodes qui jalonnent ces dernières années, car les gens connaissent essentiellement les œuvres récentes qu’ils peuvent voir sur Internet. Cela permet de présenter des séries qui semblent dissociées du reste, mais qui s’intègrent dans une démarche globale. Une démonstration en 70 toiles provenant essentiellement de ma collection : j’essaie de garder au moins une toile par période. Ce qui...

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Pascal Pinaud ou la mémoire des gestes

Grosse saison pour le plasticien Pascal Pinaud. Deux expositions lui sont actuellement consacrées près de Nice (« Sempervivum » à la fondation Maeght et « C’est à vous de voir » à l’Espace de l’Art Concret), avant que le Frac de Marseille ne leur emboîte le pas. Le sud de la France est une terre artistique vivace, et Nice l’un de ses viviers. Dès la fin des années 1950, l’École de Nice a écrit une histoire de l’art, autonome à Paris, avec comme chefs de file Arman, Albert Chubac, Yves Klein, Martial Raysse, Ben ou Bernar Venet. À la croisée de divers courants – Nouveau réalisme, Fluxus, Support/Surface –, elle a donné des couleurs à la scène française. Pascal Pinaud est un enfant de cette école niçoise, même s’il est né un peu plus loin, à Toulouse, en 1964. Diplômé de la Villa Arson (Nice) en 1990, il y enseigne depuis 1999. En outre, il a réalisé plusieurs projets dans la région, comme une « composition exubérante de réverbères hybrides » pour un arrêt de tram du quartier de Saint-Jean-d’Angély (Nice, 2007). Les trois institutions qui programment Pascal Pinaud en 2017, la fondation Maeght, l’Espace de l’Art Concret et le Frac PACA, rendent ainsi un bel hommage à un enfant – adoptif – de la région. Une rétrospective, deux projets in situ À la fondation Maeght, « Sempervivum » prend des airs de rétrospective : tableaux, dessins, photographies, sculptures, installations et néons sont dévoilés au public, le tout réalisé entre 1989 et 2016. « Cela donne l’impression d’une exposition collective », souffle Pascal Pinaud. On ne peut lui donner tort, tant son œuvre occupe un large spectre formel. Pascal Pinaud est un artiste sériel, qui ne donne jamais de fin à ses séries. « En sortant de la Villa Arson, j’avais quatre séries en cours, aujourd’hui il y en a 34 »,...

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Made in India : la nouvelle scène de l’art contemporain indien

Rencontre avec un « fou d’Inde », le marchand et collectionneur Hervé Perdriolle. Où il sera question d’ethnocentrisme, de culture vernaculaire, du marché de l’art et de la tribu des warli… Hervé Perdriolle est collectionneur, il est aussi critique d’art et commissaire d’expositions. Promoteur de la Figuration libre, il a participé en France aux premières expositions de Jean-Michel Basquiat, de Keith Haring et de Ravinder Reddy. Depuis 1996, il œuvre à faire connaître les « Autres maîtres de l’Inde », ces artistes contemporains de l’art tribal et de l’art populaire. En septembre 2009, il a ouvert sa collection au public dans le cadre de son appartement-galerie, proche du jardin du Luxembourg. Il y accueille les amateurs, sur rendez-vous…   C’est quoi, au juste, « l’art contemporain indien » ? L’Inde est un pays fait d’histoires singulières. On y trouve un art contemporain issu de cultures locales, et puis un art contemporain qui lui s’inscrit dans la culture globale, celle où l’on croise des artistes soutenus aujourd’hui par les grandes galeries internationales, très liés au marché de l’art, cette nébuleuse qui pour moi est un flou tout à la fois artistique et économique. Moi, je pense que la culture est une histoire de complémentarité, de différences qui dialoguent, c’est cette richesse qui m’a toujours passionné depuis le cabinet de curiosités d’André Breton ou le musée imaginaire d’André Malraux. C’est aussi pourquoi la réponse globale ne me satisfait pas. Il y cette phrase de Stuart Davis, quand il peignait les néons des villes américaines, en prélude au Pop art : « L’universel est proposé dans les termes du local. Le grand art cherche dans le lieu commun pour y trouver un sens relié à la vie comme totalité ». Trouver l’universel dans le local, ça, c’est quelque chose qui m’a toujours...

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Bertrand Scholler ou l’esprit Bellechasse

Plus qu’une adresse, le 55Bellechasse est un lieu singulier, parisien mais pas trop, où se croisent des talents hors-frontières. Une galerie d’art contemporain dont l’initiateur, Bertrand Scholler, encourage à « ré-humaniser le marché de l’art ». Dans le VIIe arrondissement de Paris, quartier cher aux ambassades, non loin de l’ancien couvent des Dames de Bellechasse, est nichée une galerie aux accents très contemporains. Le maître des lieux, Bertrand Scholler, s’y emploie depuis février 2013 « à combiner certaines traditions du métier de marchand d’artistes avec une vision entrepreneuriale et internationale des enjeux qui bouleversent ce métier depuis une dizaine d’années ». L’exercice est ambitieux, qui demande d’ailleurs quelques éclaircissements. Rencontre avec un homme de l’art, défenseur de nouveaux talents et artisan d’histoires exclusives. 55Bellechasse, c’est une jolie adresse, mais au-delà, quelle est la singularité de cette galerie ? On doit être la seule galerie, assez folle, pour présenter des artistes inconnus en foire. En général, les galeristes y présentent des œuvres relevant du second marché, des valeurs affirmées ou bien des choses très commerciales. Ce n’est pas notre cas, et je crois que notre singularité réside là. C’est une stratégie qui signifie aussi un engagement sur la durée, en faveur d’artistes émergents dont les signatures sont encore assez inédites. Ces artistes, je les réuni deux fois par an, je réexplique alors le propos, qui consiste à fonctionner comme une équipe. Niloufar Banisadr, Pascal Vochelet, Christiann Conradie, Vladimir Sulyagin… Ils sont tous très différents et, pour moi, très complémentaires. Le dénominateur commun, c’est qu’ils ont décidé de dédier leur vie à l’art, dans un engagement total, au point qu’ils ne pourraient sans doute pas faire autre chose. L’implication, c’est ça « l’esprit Bellechasse » ? Il y a en effet un « esprit Bellechasse », comme il y a aussi...

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