« artiste »

Allan McCollum, rencontre à Soho

Né en 1944 à Los Angeles, Allan McCollum vit depuis les années 1960 au cœur de New York. Il est représenté par les galeries Mitterrand, Thomas Schulte ou encore MFC-Michèle Didier. Rencontre au cœur de l’atelier.   Votre travail, basé sur la répétition des formes, s’intègre toujours dans la continuité des premières séries qui remontent aux années 1970… Étant artiste depuis près de cinquante ans, je suis allé vers bien des recherches, mais à mon âge il devient important et même nécessaire de regarder derrière soi et de voir ce que l’ensemble des travaux revêt de commun. Je n’ai pas encore fini d’y réfléchir, même si des thèmes fédérateurs reviennent, comme les objets produits en quantité et ceux réalisés en tant qu’objet unique. Depuis le tout début de ma carrière, j’ai exploré ces distinctions, les ai mêlées, et si je ne suis pas le seul plasticien à le faire, je l’ai toujours entrepris d’une manière systématique avec des quantités travaillées énormes ! Ce ne sont pas cinquante, mais dix-mille pièces que j’élabore, dont chacune est unique. Toutes mes investigations tournent également autour de la réflexion sur l’espace de la galerie ou du musée, comparé à celui d’un magasin. J’essaie toujours de contextualiser les différentes manières que nous avons de montrer les objets ayant du sens pour nous. J’ai même réalisé des « souvenirs » et collaboré avec des petites villes pour créer des pièces en relation avec leur artisanat propre.   Cette multiplicité et cette question de la quantité étaient-elles au départ pensées pour aller à l’encontre d’une certaine fétichisation de l’art et de son milieu ? Je n’emploie jamais ce mot de « fétichisation », mais je suis d’accord avec cette idée. Je suis né durant la Seconde Guerre mondiale et j’ai grandi au moment où l’on découvrait les horreurs des nazis...

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Le travail, entre émancipation et aliénation

Au fond de la première salle d’exposition, un McDonald’s est submergé par les eaux. Au premier étage, une affiche retrace l’évolution de l’anarchisme en France. Des bancs et des tables d’écoliers sont disposés ça et là. Cet été, le FRAC Champagne-Ardenne rassemble des artistes autour de la notion de travail… Selon le Larousse, « le travail est l’activité de l’homme appliquée à la production, à la création, à l’entretien de quelque chose ». La pratique artistique entre-t-elle dans cette catégorie ? Déambulant dans la ville, l’artiste Francis Alÿs pousse un bloc de glace jusqu’à sa disparition, coince un fil de son pull jusqu’à ce qu’il n’en reste rien, attire des objets métalliques à l’aide d’un aimant. Ses performances réalisées dans l’espace public à la fin des années 1990 confrontent l’action de faire et son résultat. « Parfois, ne rien faire revient à faire quelque chose et faire quelque chose revient à ne rien faire », explique-t-il. Sometimes Making Something Leads to Nothing révèle aussi l’apparente inutilité de certains actes, et notamment artistiques, selon une perception productiviste. Parce que l’objectif de la pratique artistique n’est pas l’utilité, certains la pensent futile. Et contrairement aux intermittents du spectacle, les temps de réflexion des artistes plasticiens, ces mises en suspens de l’acte de produire nécessaires à l’émergence d’une pensée, d’une idée et d’une œuvre plastique, ne sont économiquement pas reconnue. Cette question du statut de l’artiste dans la société est aussi au cœur des réflexions de Patricio Gil Flood. Depuis 2012, l’Argentin focalise ses recherches sur le travail et notamment sur le statut de l’artiste travailleur, question toujours d’actualité dans son pays d’origine ou en France. Dans son ouvrage Travailler moins pour lire plus, édité en 2015, il rassemble des textes philosophiques, sociologiques ou artistiques qui s’opposent à la dichotomie entre travail et loisir. Cette...

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A.R. Penck, l’homme ouvert

A.R. Penck est décédé, alors que la fondation Maeght lui consacre une grande rétrospective. Quelques jours après la triste nouvelle, la galerie Suzanne Tarasiève a également verni une exposition consacrée à l’artiste. Deux parcours permettant d’embrasser toute la complexité du travail d’A.R. Penck. Hommage. A.R. Penck s’est éteint le 2 mai dernier à Zurich, à l’âge de 77 ans. Comme un symbole, l’exposition que lui consacre la fondation Maeght s’intitule « A.R. Penck. Rites de passage ». Elle sera donc la dernière rétrospective organisée du vivant de l’artiste, le premier hommage aussi, rendu au disparu. Hommage qui s’accompagne de l’exposition « À travers A.R. Penck » chez Suzanne Tarasiève (Paris), qui représente plusieurs des autres grandes figures incarnant la peinture allemande : Georg Baselitz, Markus Lüpertz, Jörg Immendorff. Ne manquent que Sigmar Polke et Gerhard Richter à l’appel. Une vie tumultueuse Ralf Winkler, de son vrai nom, a eu une vie tumultueuse. Il naît le 5 octobre 1939 à Dresde, dans une Allemagne qui va devenir « de l’Est » dès 1949. Entre 1956 et 1966, Ralf tente à quatre reprises, en vain, d’intégrer les écoles des beaux-arts de Dresde et de Berlin-Est, sans grand traumatisme puisqu’il préfère le contact des « voyous » (ainsi nommés) à celui des peintres institutionnels – il sera aussi refusé à la Société des artistes de la République Démocratique Allemande. Déjà, au milieu des années 1960, il emprunte le pseudonyme d’A.R. Penck, pour diverses raisons, en premier lieu pour rendre hommage au géologue spécialiste de la période glaciaire, Albrecht Penck. Surtout, pour faire passer plus facilement ses œuvres à la frontière et éviter les problèmes de censure. Des surnoms, l’artiste en aura d’autres : Tancred Michel ou Théodor Marx. C’est A.R. Penck qui restera. À cette époque, son regard va au-delà du Rideau de fer. En 1968 a lieu...

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Dans l’atelier de Julian Schnabel

Une heure en compagnie de Julian Schnabel, qui pour Art Media Agency revient sur son parcours, la série des Plate Paintings, la surface et la matière, le cinéma, le soleil et les ombres… Rencontre à Manhattan. Né en 1951 à New York, ville dans laquelle il vit toujours, Julian Schnabel conserve cette réputation d’artiste indiscipliné. Remarqué très tôt par la critique, mais ne voulant se figer dans aucune figure stylistique, il se fait également connaître du grand public, en 1996, avec son film Basquiat. Depuis, il continue à peindre, sculpter ou réaliser des longs métrages, quand il ne surfe pas non loin de sa villa de Montauk. Julian Schnabel est également architecte d’intérieur… C’est d’ailleurs dans son palais vénitien du West Village, à New York, qu’il nous reçoit. Au cœur du Palazzo Chupi, dans lequel l’artiste a installé son atelier et son appartement. Vue sur l’Hudson…   Au tout début de votre carrière, dans les années 1970, avez-vous eu l’impression d’être proche de mouvements européens comme la Trans-avant-garde italienne ? On peut le penser formellement, mais connaissiez-vous les artistes qui la constituaient, tels Francesco Clemente, Sandro Chia, Enzo Cucchi ou Mimmo Paladino ? En 1982, quand Harald Szeemann assurait le commissariat de l’exposition « Settore Arti Visive », à laquelle j’ai participé à la Biennale de Venise, Francesco Clemente en était l’un des artistes. J’ai pu ensuite le revoir quand Jean-Christophe Ammann nous a exposés à Bâle, en compagnie d’Enzo Cucchi ou de Sandro Chia, et nous avons commencé à nous côtoyer. J’aimais particulièrement le travail de Clemente, notamment à cette période-là, et nous sommes ensuite devenus amis, mais avant cette rencontre, je ne savais pas qui étaient ces artistes.   L’époque était également celle de l’art post-conceptuel et minimal. Y avait-il donc chez vous une réaction à cela ? Vouliez-vous faire...

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Art Basel ou l’esthétique du choc

Une ambiance furieusement arty, 100.000 visiteurs attendus… C’est à Bâle qu’il faut être en juin, là où le gotha de la planète Art fait la foire. Là où une simple tendance, en quelques heures, peut devenir virale. Dans les coulisses du plus grand supermarché mondial de l’art contemporain…   Difficile de faire plus arty… La foire de Bâle, pour se faire une idée, c’est comme un VIP lounge, mais en nettement plus hype. Pas de pauvres, partout du champagne Ruinart, des femmes so chic… Bref, un monde idéal qui hésiterait entre le post-conceptuel et le néo-platonicien. Une utopie made in Switzerland. En tout cas, une mégafoire qui ne ressemble à nulle autre. Autant dire, « the biggest and the best ». Alors voilà, pour cette 48e édition, imaginez un penthouse avec vue sur l’océan des avant-gardes ! C’est donc en Suisse que ce grand raout planétaire de la supra-contemporanéité se passe, dans la très calviniste ville de Bâle, là où l’éthique protestante – si l’on en croit un certain Max Weber – commença à flirter avec l’esprit du capitalisme. Et comme il n’y a décidément pas de hasard, c’est dans cette même ville (qui s’est choisie la crosse pour emblème) que vous allez recevoir un vrai choc. Trente-six chandelles, ou plutôt 291 galeries ultrapointues, venues de 34 pays et six continents. Entre béatitude esthétique et irritation critique, partagé entre coup de cœur et coup de sang, vous allez a-do-rer. Comme le raconte le dossier de presse – qui ne lésine pas sur les superlatifs – tout le gotha de la planète Art s’est donné le mot pour converger en Helvétie, « from across the globe », pour quatre jours de liesse. Un géotropisme qui, saison après saison, pousse marchands et collectionneurs argentés, curateurs irritables et art advisors de tout poil...

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