« art contemporain »

Retour à Bilbao

Le 19 octobre 1997, le Guggenheim de Bilbao ouvrait ses portes au public. Entre exaltation architecturale et expansionnisme de la marque, retour sur ce fleuron de la globalisation culturelle. Vingt ans après, jour pour jour, une balade au cœur de l’emblématique bâtiment dessiné par Frank Gehry. Anniversaire. Plus qu’un nom, Guggenheim aujourd’hui, c’est un label. Une marque déposée, dont le rayonnement planétaire et le positionnement mainstream ont assuré l’inoxydable succès. En gros, la formule est simple : construire local, exposer global ! La dialectique est franche, les effets saisissants. Cinquante-huit ans que ça dure. De New York à Bilbao, en passant par Venise, le triangle d’or de la tendance masterpiece explose ainsi tous les compteurs. Bien sûr, les aléas de l’histoire ont parfois un peu secoué la galaxie Guggenheim. Si à New York le navire amiral garde le cap depuis 1959, ancré sur la Cinquième avenue, si à Venise le palais Venier dei Leoni abrite depuis plus de 35 ans la collection de Peggy, sur les rives du Grand Canal, l’antenne de SoHo a fermé en 2001 et celle de Las Vegas, l’Hermitage Museum, a jeté l’éponge en 2008. Quant au site berlinois, connu pour son minimalisme radical (une seule salle d’exposition), il aura finalement baissé le rideau en 2013. La fondation Solomon R. Guggenheim, qui ne manque pourtant pas de projets, a aussi dû se plier aux écueils du temps. Ce fut, coup sur coup, des revers durs à encaisser, l’infortune des noces contrariées de l’art et de l’argent. À Guadalajara tout d’abord, au Mexique, puis à Vilnius en Lituanie, deux ambitions muséales brisées. Comme le projet finlandais, lui aussi abandonné dans les eaux froides de la zone portuaire, au terme de longues péripéties politico-financières. Rejetée par le conseil municipal d’Helsinki en décembre 2016, l’utopie architecturale s’est une...

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Allan McCollum, rencontre à Soho

Né en 1944 à Los Angeles, Allan McCollum vit depuis les années 1960 au cœur de New York. Il est représenté par les galeries Mitterrand, Thomas Schulte ou encore MFC-Michèle Didier. Rencontre au cœur de l’atelier.   Votre travail, basé sur la répétition des formes, s’intègre toujours dans la continuité des premières séries qui remontent aux années 1970… Étant artiste depuis près de cinquante ans, je suis allé vers bien des recherches, mais à mon âge il devient important et même nécessaire de regarder derrière soi et de voir ce que l’ensemble des travaux revêt de commun. Je n’ai pas encore fini d’y réfléchir, même si des thèmes fédérateurs reviennent, comme les objets produits en quantité et ceux réalisés en tant qu’objet unique. Depuis le tout début de ma carrière, j’ai exploré ces distinctions, les ai mêlées, et si je ne suis pas le seul plasticien à le faire, je l’ai toujours entrepris d’une manière systématique avec des quantités travaillées énormes ! Ce ne sont pas cinquante, mais dix-mille pièces que j’élabore, dont chacune est unique. Toutes mes investigations tournent également autour de la réflexion sur l’espace de la galerie ou du musée, comparé à celui d’un magasin. J’essaie toujours de contextualiser les différentes manières que nous avons de montrer les objets ayant du sens pour nous. J’ai même réalisé des « souvenirs » et collaboré avec des petites villes pour créer des pièces en relation avec leur artisanat propre.   Cette multiplicité et cette question de la quantité étaient-elles au départ pensées pour aller à l’encontre d’une certaine fétichisation de l’art et de son milieu ? Je n’emploie jamais ce mot de « fétichisation », mais je suis d’accord avec cette idée. Je suis né durant la Seconde Guerre mondiale et j’ai grandi au moment où l’on découvrait les horreurs des nazis...

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Eduardo Kac, vers une culture antigravitationnelle

Alors qu’à grands coups de milliards Elon Musk prévoit d’envoyer des hommes coloniser Mars, d’autres se sont posés la question… avec une feuille de papier et une paire de ciseaux. Avec Télescope intérieur, Eduardo Kac donne naissance à la première œuvre extraterrestre, en collaboration avec l’astronaute français Thomas Pesquet. L’œuvre en question n’a ni haut ni bas, ni face ni dos ; c’est un objet qui reproduit, en les imbriquant, les trois lettres du mot « Moi ». Un poème, un objet à lire, à observer, sans point de vue privilégié. Constitué de deux feuilles de papier et selon quelques découpes, Moi s’est mis à léviter dans l’espace lors de la performance inaugurale de Thomas Pesquet, en avril 2017. Sa conception est simple, parce que l’économie de moyens est capitale sur la mission Proxima de l’Agence Spatiale Européenne, l’artiste devant concevoir son projet à partir des matériaux déjà disponibles dans la station spatiale. « Moi », un mot qui n’est pas sans rappeler les formes d’un vaisseau – le tube pour les modules, le plan pour les panneaux solaires. À la galerie Charlot, l’exposition présentant le projet, en juillet dernier, mêlait les médiums : quelques éditions du Moi en papier, une vidéo filmée en vue subjective à la GoPro, présentant la performance, l’objet en lévitation, avec un superbe plan du Moi flottant devant trois hublots laissant entrevoir la planète bleue et les mains de Thomas Pesquet, mais aussi des dessins et des broderies du protocole de la performance, des photos des premiers tests et des livres d’artiste documentant le projet. Entretien en apesanteur…   Télescope intérieur a des racines profondes dans votre travail. Pouvez-vous revenir sur ses origines ? Le projet s’amorce en 2007, mais ses racines remontent aux années 1980. J’ai créé mon premier poème numérique en 1982, le premier poème holographique en...

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LGR, trois regards pour une collection

LGR… Trois initiales pour trois prénoms : Laurence, Gaétane et Roland. Si la collection commence en 1987 avec les premières acquisitions de Gaétane et Roland Botrel – officiellement rejoints par Laurence Climbeau en 2006 –, le trio azuréen la complète au gré de leurs rencontres et promenades artistiques. À partir de leur sens aigu de l’histoire, ces véritables érudits, passionnés d’art, rassemblent des œuvres, souvent majeures dans le processus des artistes, pour les confronter et en proposer des lectures uniques, cohérentes et intemporelles. Pour eux, l’art est un engagement. Ces collectionneurs atypiques ont accepté d’évoquer pour AMA leurs choix artistiques et leur manière d’appréhender le marché de l’art.   Gaétane et Roland, comment a débuté votre collection ? Gaétane et Roland Botrel : En 1987, nous achetons un dessin de Vélikovitch à Monaco. Avant cela, nous regardions l’art contemporain en suivant le travail de plusieurs artistes, dont Vélikovitch, devenu depuis un ami.   Vos regards se sont aiguisés plutôt à partir de l’art ancien ? Roland Botrel : Oui, de la Renaissance à Picasso. Mais notre chance a été de rencontrer des artistes italiens originaires de Piacenza, groupés autour de Foppiani, Berté et Armodio, qui exposaient entre 1976 et 1980 à la galerie L’Œuf de Beaubourg. Ils mêlaient à leur travail l’héritage du passé et l’intelligence poétique et surréaliste de la modernité. Cela nous a vraiment aidé… Gaétane Botrel : Nous venions aussi tous les mois à Paris pour notre travail, et l’ouverture du Centre Georges Pompidou nous a permis de développer notre curiosité pour l’art contemporain. Nous allions à toutes les expositions et cela nous a permis de découvrir beaucoup d’artistes et la diversité des courants esthétiques.   Vous avez rassemblé, en 30 ans, une centaine de pièces… Peut-on parler d’un virus ? Roland Botrel : Il faut bien...

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Eduardo Arroyo, images et histoires

Après l’Allemand A. R. Penck, la Fondation Maeght accueille jusqu’au 19 novembre une rétrospective consacrée à l’Espagnol Eduardo Arroyo. Un programme tout à la fois politique et historique, éloquemment titré « Dans le respect des traditions ». À 80 ans, Eduardo Arroyo n’a rien cédé à l’élégance et à l’esprit. Aussi vifs qu’incisifs, ses bons mots s’égrènent au rythme de ses mains, volant dans l’air. Si aujourd’hui l’artiste a le souffle plus court et parle doucement, il conserve une puissante énergie créatrice. Cette année, la galerie Alvaro Alcazar présentait à l’occasion d’Art Paris Art Fair un solo show de ses dernières peintures (des moyens formats), et la rétrospective que propose actuellement la Fondation Maeght offre bon nombre de créations récentes – cette fois-ci, les grands formats qu’affectionne le peintre. Il reste surtout chez cet ancien de La Ruche – qui évoque à plaisir ses souvenirs avec Giacometti – quelque chose de ce pouvoir démiurgique qu’ont les créateurs d’images. Ses toiles, comme ses phrases, préservent cette étrangeté sans laquelle elles ne sont qu’un banal outil de communication ; elles possèdent une densité narrative et cette pudeur de ne pas se révéler au premier regard ou à la première écoute. Eduardo Arroyo est un peintre doublé d’un écrivain. Le peintre des histoires Chez Eduardo Arroyo, l’histoire n’est jamais loin, que ce soit l’anecdote, la Grande ou celle de l’art. Dans ses années d’exil, alors que Franco est au pouvoir, c’est plutôt la grande Histoire qui l’intéresse. Eduardo Arroyo quitte l’Espagne franquiste pour Paris en 1958. Il se destine d’abord au journalisme politique, mais se résout à utiliser la peinture qui, sous l’angle de l’image, peut jouer un rôle similaire à l’écriture pour frapper les consciences. C’est ainsi que le jeune peintre, figuratif et autodidacte, commence à exposer au Salon de la jeune...

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