Alain Lombard, nouveau pilote de la Collection Lambert

 Avignon  |  7 juillet 2018  |  AMA  |  Tweet  |  LinkedIn

Énarque, il fut secrétaire général de la Villa Médicis, attaché culturel à Budapest, mais aussi administrateur général des musées d’Orsay et de l’Orangerie… Son nom ? Alain Lombard, qui succède cette année à Éric Mézil à la tête de la Collection Lambert. Rencontre en Avignon.

 

La nouvelle est tombée le 5 février dernier… Éric Mézil, qui dirigeait la Collection Lambert depuis 2000, allait céder sa place à Alain Lombard. Après 17 années passées aux côtés du marchand Yvon Lambert, Éric Mézil laissait ainsi en Avignon une empreinte durable, marquée par une programmation ambitieuse. On se souvient bien sûr des grandes expositions monographiques, Cy Twombly en 2007, Miquel Barceló en 2010, Andres Serrano en 2016 ou encore, plus étonnant, l’accrochage hors les murs réalisé dans l’ancienne prison Sainte-Anne autour de « La Disparition des lucioles », en 2014. Aux manettes désormais, Alain Lombard a pour mission de faire vivre cette collection d’art contemporain peu commune… Née en 2000 au cœur de la cité papale, la Collection Lambert est en effet un musée d’art contemporain assez particulier. Longtemps les œuvres du marchand d’art et collectionneur Yvon Lambert sont restées en dépôt au sein de l’Hôtel de Caumont, la donation de plus de 550 œuvres à l’État n’ayant été officialisée qu’en juillet 2012. Désormais abritée au sein de deux hôtels particuliers du XVIIIe – grâce à l’adjonction de l’Hôtel de Montfaucon –, la Collection Lambert offre une sélection d’œuvres majeures de la seconde moitié du XXe et du début du XXIe siècle.

 

Pouvez-vous nous présenter les grandes lignes de votre parcours ?

J’ai eu la chance de pouvoir choisir le ministère de la Culture à ma sortie de l’ENA et j’y travaille depuis 1982, soit en administration centrale soit en administration déconcentrée ou encore dans des établissements dépendant du ministère, avec aussi quelques missions à l’étranger. C’est ainsi que j’ai été notamment secrétaire général de la Villa Médicis à Rome, directeur général de la Villa Arson à Nice, administrateur général du Musée d’Orsay et du Musée de l’Orangerie et directeur régional des affaires culturelles à Lyon.

 

Depuis son ouverture en 2000, la direction artistique de la Collection Lambert a été assurée par Éric Mézil, un seul commissaire d’exposition extérieur ayant été invité au cours de ces 17 années. Quels changements comptez-vous opérer en matière de programmation ?

Ma responsabilité au sein de la Collection est à la fois administrative et artistique, mais mon profil étant très différent de celui de mon prédécesseur, je n’assurerai directement aucun commissariat. Des commissaires extérieurs viendront réaliser des projets, tel Éric de Chassey, le directeur de l’Institut National d’Histoire de l’Art, pour l’exposition consacrée cet été à Ellsworth Kelly.

 

Quel est le projet sur lequel vous avez été choisi comme directeur ?

Il n’y a pas eu à proprement parler de projet détaillé rédigé pour ma nomination. Yvon Lambert a accepté la proposition du président de la Collection, Jean-Luc Choplin, de faire évoluer la gouvernance de l’association pour assurer sa pérennité et son développement, et ma nomination a été décidée à l’unanimité par le conseil d’administration.

 

À plusieurs reprises, la gestion de la Collection fut déficitaire. Comment envisagez-vous d’améliorer le volet financier ?

Je souhaite parler du futur et non du passé. Les charges doivent continuer à être maîtrisées, sans compromis sur la qualité artistique des propositions, et les ressources développées. Mon but est de faire en sorte que la pérennité de la Collection Lambert soit assurée. Mon profil d’administrateur de l’État garantit a priori qu’il sera veillé à la régularité, à l’équilibre et à la bonne gestion des comptes. Le développement de la fréquentation est un facteur clé pour un meilleur équilibre financier.

 

La Collection Lambert se déploie dans deux hôtels particuliers aujourd’hui réunis. Comment est désormais présenté le fonds permanent ?

Je souhaite que les œuvres de la collection permanente soient présentées plus régulièrement. L’Hôtel de Caumont sera désormais généralement dévolu au fonds permanent et l’Hôtel de Montfaucon aux expositions temporaires. L’Hôtel de Caumont a ainsi ouvert le 15 juin dernier avec une sélection de la collection permanente, comprenant un focus sur Sol LeWitt dont la Collection Lambert possède une quarantaine d’œuvres. La sélection comme le focus seront renouvelés régulièrement. Nous avons l’embarras du choix vu le nombre d’artistes représentés dans ce fonds.

 

Avec une collection qui, justement, rassemble aussi bien Robert Combas qu’Anselm Kiefer ou Robert Mangold, comment la sélection des œuvres va-t-elle s’opérer ? Par genre, par période ou bien en présentant cette diversité ?

Les œuvres présentées reflèteront cette diversité. Elles seront choisies en étroite collaboration avec Yvon Lambert. Il n’y aura pas nécessairement de rapports directs avec les expositions temporaires, bien que le premier focus, sur Sol LeWitt, constitue une sorte de contrepoint à l’exposition d’Ellsworth Kelly présentée cet été.

 

Quelles sont, d’ailleurs, ces expositions ?

Trois expositions complémentaires sont présentées cet été, jusqu’au 4 novembre, outre la présentation d’une sélection de la collection permanente. L’exposition sur Ellsworth Kelly que j’ai déjà évoquée, conçue par l’Institut National d’Histoire de l’Art, permettra de découvrir un vaste panorama de cet artiste majeur récemment disparu, avec une cinquantaine d’estampes qui viennent d’être données par le studio de l’artiste à l’INHA, complétées par une cinquantaine d’autres œuvres issues de collections publiques et privées, souvent de grand format et inédites. Nous présentons aussi deux expositions qui manifestent notre partenariat avec deux importantes structures culturelles de la région : le Festival d’Avignon, avec une exposition de Claire Tabouret, jeune artiste française très repérée qui vit à Los Angeles, et les Rencontres d’Arles, avec une exposition de Christian Lutz.

 

Vous souhaitez développer les partenariats et encourager le mécénat…

Comme toutes structures de notre genre, nous devons diversifier nos ressources. Notre mécénat est déjà développé. Yvon Lambert a réussi à convaincre un certain nombre de ses amis et partenaires de soutenir son projet. Mais notre plus importante ressource propre est constituée par notre billetterie, et le développement de la fréquentation constitue un enjeu majeur. Nous faisons par exemple le pari d’augmenter la part des festivaliers venant nous visiter, en concluant un partenariat avec le festival in, tout comme avec le off, avec un demi-tarif pour tout détenteur d’un billet.

 

Les musées municipaux de la ville d’Avignon sont devenus gratuits, vous n’irez donc pas dans ce sens ?

Je ne suis pas certain que la gratuité soit le meilleur moyen de développer la fréquentation, et nous avons besoin de nos recettes propres, même si nous souhaitons faciliter l’accès de tous à la Collection. Nous avons développé un billet commun avec le Carré d’Art de Nîmes, le Fonds Régional d’Art Contemporain de la région PACA et la Fondation Vincent Van Gogh, à Arles. Il y a par ailleurs le projet d’un « pass numérique » qui rassemblerait les musées du Vaucluse.

 

Il est à noter que la Collection Lambert n’est pas un musée privé…

La Collection repose en effet sur une donation faite à l’État par Yvon Lambert, donation de 550 œuvres majeures de l’art contemporain, et accueillie dans des lieux prestigieux mis à disposition par la Ville d’Avignon. Sur le plan juridique, ce n’est pas une fondation mais une association, au sein de laquelle l’ensemble des pouvoirs publics sont représentés. Nous sommes une petite équipe de seize personnes, hors personnel de surveillance, pour un total de 35 emplois. Nos financements sont très largement publics.

 

Souhaitez-vous obtenir le label « Musée de France » ?

Cela n’est pas exclu, nous y réfléchissons. Dans l’immédiat, nous allons demander le label « Centre d’art contemporain d’intérêt national », en rédigeant un projet artistique et culturel dans ce sens.

 

Les artistes invités auront-ils toujours, comme pour Djamel Tatah cet hiver, la possibilité de faire dialoguer leurs œuvres avec celles de la Collection ?

Cela sera le cas avec l’exposition d’hiver consacrée à partir du 4 décembre prochain à Francesco Vezzoli. En parallèle à celle-ci, je souhaite poursuivre notre relation avec les écoles d’art de France, avec une nouvelle édition, la troisième, de « Rêvez ». Nous exposerons des œuvres de jeunes artistes fraîchement issus de plusieurs écoles d’art du Sud de la France.

 

 

Mémo

La Collection Lambert propose à partir de cet été une programmation organisée en deux volets distincts, dans chacun de ses deux hôtels particuliers. D’une part, une exposition composée d’une sélection d’œuvres issues du fonds permanent de la Collection, présentée dans l’Hôtel de Caumont, par roulement, avec des focus consacrés à certains mouvements ou à certains artistes particulièrement bien représentés dans la Collection. D’autre part, une ou plusieurs expositions temporaires, présentées deux fois par an sur les trois plateaux de l’Hôtel de Montfaucon, pour apporter un nouveau regard sur la production d’artistes de grande renommée ou pour mettre en valeur le travail de créateurs nouvellement repérés sur la scène artistique internationale.

 

« Ligne Forme Couleur. Ellsworth Kelly (1923-2015) dans les collections françaises », « Claire Tabouret », « Christian Lutz. Anatomies du pouvoir », jusqu’au 4 novembre. Collection Lambert, 5 rue Violette, Avignon. www.collectionlambert.fr

 

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