Data : Christopher Wool

 Miami  |  24 novembre 2017  |  AMA  |  Tweet  |  LinkedIn

Christopher Wool est ce que l’on pourrait appeler un phénomène : l’artiste produit peu, ne s’exprime guère, il atteint très jeune les sommets avec des œuvres qui s’échangent régulièrement à plusieurs dizaines de millions. Retour sur un marché à quelque 350 millions de dollars.

Un graffiti sur un camion blanc… La légende veut que les fameux word paintings de Christopher Wool aient été inspirés par un graffiti sur un camion blanc, avec les simples mots « sex luv ». En 2012 – 20 ans après la création de l’œuvre –, Phillips vendait la mère de toutes les wall paintings pour 3,5 M$ prix marteau…

Christopher Wool fait partie de ces rares artistes auxquels la chance a très vite sourie. Né à Boston en 1955, il grandit à Chicago dans une famille plutôt bourgeoise. En 1973 – à 18 ans – il s’installe à New York pour suivre des cours d’art plastique à la New York Studio School, sous la supervision d’Harry Krame et de Jack Tworkov… avant de rapidement abandonner pour profiter des attraits de la Grosse Pomme. Il profitera ainsi de cette liberté nouvelle pour travailler de temps en temps dans le studio de Joel Shapiro au début des années 1980. C’est pendant cette décennie qu’il met au point ses séries les plus populaires, aussi bien les fameux word paintings que les flowers, les patterns que les aigles renversés. Contemporain de Basquiat, il est l’un des premiers à intégrer les techniques du graffiti et du street art (bombes, pochoirs, rouleaux) dans une pratique sur toile. Il est surtout celui qui cherchera une nouvelle avant-garde dans la peinture quand tout le monde ne rêvait que de nouveaux médiums. En à peine dix ans son marché était déjà constitué…

Star exhibitionniste

Christopher Wool a fait l’objet de nombreuses expositions ; pas moins de 400 durant la petite trentaine d’années que compte sa carrière so far. Il est aussi bien représenté par les galeries commerciales (175 présentations) qu’en musées (180) ; ce qui est épatant pour un artiste si jeune et autant imprégné du marché. Luhring Augustine (31 expositions) aux États-Unis et Max Hetzler en Europe (17) sont les principaux représentants de l’artiste. Gagosian (9), Skarstedt (8) et Simon Lee (7) ont également contribué à sa visibilité sur la scène internationale. Côté musées, le MoMA a consacré pas moins de quatorze expositions (toutes de groupe) à Christopher Wool, soit 1.569 jours cumulés (soit près de trois ans et demi). On retiendra également sa première rétrospective d’envergure en 1998 au MoCA puis celle au (cocorico !) Musée d’Art moderne de la Ville de Paris (2012), et enfin celle au Guggenheim de New York (2013), qui sera reprise un an plus tard à l’ICA de Chicago (2014). C’est clairement aux États-Unis que l’artiste est le plus montré (170 présentations, quasi 50 %). La Suisse (23), le Royaume-Uni (21) et surtout l’Allemagne (plus d’une cinquantaine) contribuent à faire de l’artiste un accumulateur de milles ! Wool a fait l’objet d’une soixantaine de présentations monographiques (15,6 %) pour une durée cumulée de près de 7.000 jours sur un total de plus de 93 ans (group shows + solo shows) ! Pas mal pour un « jeune » de 62 bougies !

Star des expositions, Christopher Wool sait également faire parler de lui. Pas moins de 2.279 articles lui ont ainsi été consacrés en 30 ans. Beaucoup sont liés à ses très bons résultats aux enchères : la courbe représentant le nombre d’articles publiés suit quasi-religieusement celle de son chiffre d’affaires. Les années 2013 à 2015 sont ainsi les plus prolifiques, avec près de 350 sujets consacrés à l’Américain. Peu étonnant, 50 % des textes écrits le sont en anglais, loin devant l’allemand (16,6 %) et le français (13,7 %). Toujours au fait de l’actualité, AMA lui a déjà consacré près de 100 articles ; seuls The New York Times et le Wall Street Journal ont fait mieux !

Roi du marché

Sex Luv, même si elle est à l’origine de la série de l’artiste, n’est pas la plus ancienne wall painting de Christopher Wool. En 1988, l’artiste inscrivait notamment « SELLTHEHOUSE SELLTHECAR SELLTHEKIDS » sur ce qui deviendra l’une de ses pièces les plus emblématiques. La phrase, envoyée par le Capitaine Colby (Marlon Brando) à son épouse lorsqu’il perd la raison, dans le chef-d’œuvre de 1979 de Francis Ford Coppola, symbolise pour une génération la perte de lien avec la réalité. Apocalypse Now a initialement été présenté lors d’un duo show « Christopher Wool, Bob Gober » à la 303 Gallery de New York en avril 1988, où il est acheté par le couple Dannheisser pour environ 7.500 $ avant d’être présenté l’année suivant à la biennale du Whitney. Après l’avoir proposé en don – refusé – au MoMA, il sera vendu aux Bryant puis, en 2001, à François Pinault pour 400.000 $ (+ 5.233,3 %), qui le revendra un an plus tard pour 2 M$ (+ 400 %). Il sera cédé une nouvelle fois avant de réapparaître aux enchères chez Christie’s en novembre 2013, où il sera acheté 26.485.000 $ (+ 1.224,25 %). En un quart de siècle, la progression de la valeur du tableau aura été de + 353.033,3 %, soit un rendement annuel de 38,65 %. Pas mal !

Les wall paintings sont clairement les stars du marché de Christopher Wool. Tout le monde se les arrache ! Particulièrement celles produites entre 1988 et 1992, qui représentent un chiffre d’affaires de 195,2 M€ (56,8 % du total). Les neuf plus gros résultats de l’artiste en sont toutes. Suit une flower ainsi que deux de ses créations des années 2000, davantage abstraites et où la peinture prend une place beaucoup plus importante. RIOT (1990) est donc l’œuvre la plus chère de l’artiste. Elle a trouvé preneur chez Sotheby’s en mai 2015 pour 29,9 M$ (frais compris) – un record pour un artiste de cet âge. If you can’t take a joke, you can get the fuck out of my house (1992) – à la troisième marche du podium – avait été vendu par Christie’s New York un an plus tôt pour 23,7 M$. Suivent Please. Please. Please. Please. Please. Please (1988), 17,2 M$ ; Cats in bag. Bags in river (1990), 17 M$ ; Fool (1990), 14,2 M$, et Chameleon (1990), 13,9 M$. En tout, Christopher Wool a placé huit pièces au-dessus des 10 millions d’euros ; 76 au-dessus du million !

Il apparaît pour la première fois sur le second marché dès 1990, à peine quatre ans se sont écoulés depuis sa première exposition et déjà un très beau score, chez Christie’s de surcroit : In the Year of the Goat (1985) est cédé pour 26.400 $ (frais compris), au-dessus de son estimation haute (20.000 $). Une bonne habitude que l’artiste conservera, puisque 78,5 % des lots vendus le sont dans ou au-dessus de l’estimation. Le nombre de lots mis en vente va progresser de manière relativement stable jusqu’à atteindre une soixantaine de pièces mises en vente par an depuis 2013. Le chiffre d’affaires et le prix moyen vont mettre davantage de temps à décoller. Il faut véritablement attendre 2012 (donc après la crise) pour que le chiffre d’affaires dépasse les 10 M€ annuel. De même, 2012 marque le début de la progression forte de la valeur moyenne des pièces de Christopher Wool : de 406.200 € en 2011, elle passe à 845.100 € l’année suivante. 2015 est l’année de tous les records : 90 M€ de chiffre d’affaires (11,9 % du total) et 1.926.900 € de prix moyen.

Un marché bien segmenté

Le marché pour l’artiste est clairement états-unien : 67,6 % des lots y sont proposés et 73,9 % du chiffre d’affaires y est réalisé. Le Royaume-Uni présente quant à lui 26,4 % des lots pour générer environ un quart du résultat. Ce sont surtout les autres pays qui sont malmenés, les 6 % d’œuvres qui y sont proposés ne représentent que 0,6 % du volume d’affaires du peintre (1,9 M€). Idem pour les acteurs, hors de Christie’s, Sotheby’s, Phillips, point de salut : à eux trois ils absorbent 99,54 % du chiffre d’affaires total de Christopher Wool ! La maison Christie’s se taille la part du lion avec plus de la moitié du résultat (53,5 %), Sotheby’s réalisant tout de même 113,4 M€ (33,3 %). Le taux d’invendus est plutôt bas, à seulement 16,9 % (en incluant les multiples) ou 15,9 % (sans).

Si le plasticien est avant tout un peintre, il s’est essayé à d’autres médiums et notamment à la photographie, à travers sa série en noir et blanc Absent Without Leave (1993) qui donnera lieu à un ouvrage publié chez DAAD à Berlin la même année. Celle-ci, aux noirs très contrastés, se concentre sur des paysages urbains tragiques d’une Europe en décadence. L’année suivante, sa série East Broadway Breakdown (1994-1995) garde la même formule, mais en lui donnant un ancrage new-yorkais immédiatement identifiable. Même si les photographies de Christopher Wool sont présentées aux enchères régulièrement, leur prix moyen reste très bas (10.500 €) ; deux fois et demi inférieur aux multiples de l’artiste (26.900 €) – médium dont il s’est emparé dès le début de sa carrière. Multipliant les techniques (impression, gravure, lithographie, héliographie, sérigraphie, aquatinte, etc.), l’artiste est attaché à une diffusion plus large de ses travaux. Avec près de 200 prints passés sous le feu des enchères (30,5 %), c’est près de la moitié du volume des peintures. Néanmoins, c’est bien là qu’est le marché : 64,1 % des lots proposés, 98,7 % du chiffre d’affaires ! Décidément né sous une bonne étoile, celle du talent et de la fortune, Christopher Wool trace sa carrière en toutes lettres… et inscrit la somme en chiffres !

 

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