Miami Beach, plage culturelle

 Miami  |  15 novembre 2017  |  AMA  |  Tweet  |  LinkedIn

Vous connaissez déjà les principales destinations : Art Basel, Art Miami et Context. En plus de ces trois foires, plus d’une douzaine de satellites sont répartis dans la ville. Sans compter une trentaine de collections majeures, visibles à moins de 50 miles de South Beach. Ambiance.

C’est une collection privée, celle du pionnier de la culture à Miami, Gary Nader, qui cette année crée particulièrement le buzz. Nader est le collectionneur et marchand d’art latino-américain le plus influent au monde. Et il est préoccupé par l’avenir de l’art, à Miami. Bien qu’il existe de nombreuses collections privées importantes dans la ville, et beaucoup aussi de petits musées publics, Gary Nader pense que Miami a besoin d’un musée public de dimension internationale, avec une vaste collection permanente. Nader travaille depuis des années à la construction du projet. Il a récemment annoncé qu’il vendait pour 100 millions de dollars une partie de sa collection personnelle, au cours de la Art Week 2017, afin d’aider à financer un tel musée. Autant dire qu’une vente comme celle-ci représente une opportunité sans précédent, non seulement d’acheter des œuvres majeures, mais aussi de contribuer à financer un pôle susceptible de devenir l’une des institutions culturelles les plus en vue de la région.
Notre balade pourrait ainsi commencer par son espace à Wynwood. Et puis, pourquoi pas, se poursuivre en prenant le temps de visiter quelques-unes des collections que la Floride du Sud propose tout au long de l’année. La première étape pourrait certainement vous mener au Bass. Situé au cœur de Miami Beach, The Bass abrite l’une des plus célèbres collections d’art contemporain de Miami, si ce n’est de l’ensemble des États-Unis. Le bâtiment est immédiatement reconnaissable à sa façade historique, surmontée d’une installation désormais emblématique de Sylvie Fleury, Eternity Now (2015). Rappelons que The Bass a ouvert ses portes au public en 1978, dans l’ancienne bibliothèque publique et centre d’art de Miami Beach, un bâtiment Art déco conçu par Russell Pancoast dans les années 1930. Depuis son ouverture, le site a bénéficié de plusieurs rénovations, dont la plus ambitieuse vient de s’achever, ajoutant suffisamment de mètres carrés à la structure d’origine pour en doubler les espaces d’exposition. Le Bass présente trois expositions de taille tout au long de la Art Week. Occupant le deuxième étage du musée, « Good evening beautiful blue », une rétrospective de l’œuvre d’Ugo Rondinone, balaye l’œuvre des années 1990 à nos jours. À ne pas manquer également, « Beautiful », une exposition d’œuvres multimédia de Pascale Marthine Tayou offrant notamment une installation in situ intitulée Welcome Wall, qui présente le mot « bienvenue » dans plus de 70 langues sur les LED du hall du musée. Dans Collins Park, la promenade de verdure qui s’étend vers la plage, en face du Bass, révèle une nouvelle installation interactive de Jim Drain : des plateaux d’échecs, dont les pièces sont disponibles à la réception du musée… Signalons encore l’exposition Mika Rottenberg qui ouvrira le 7 décembre, occupant toutes les galeries de la partie historique du bâtiment. Et puis bien sûr, juste en face du Bass, Art Basel Miami Beach propose sur Collins Park son événement annuel : un accrochage urbain, la fameuse section Public de la foire.

De Martin Kippenberger à Elaine Sturtevant
Après avoir visité The Bass, à environ 30 minutes en voiture de North Miami, vous trouverez le Museum of Contemporary Art (MCA). Cet espace élégant, d’une belle modernité, a été fondé en 1981. Il a connu quelques agrandissements jusqu’à son déménagement, en 1996. La collection permanente compte désormais plus de 600 pièces. Le Museum of Contemporary Art est aujourd’hui considéré comme une ressource essentielle pour la découverte de nouveaux talents. À voir ces jours-ci, l’exposition « Jacob Felländer: How to Unlock a Portal », une exploration de la photographie en réalité virtuelle.
Dans le sillage du MCA, dirigez-vous vers le sud pendant une quinzaine de minutes et découvrez le quartier des musées de Miami. Vous trouverez là trois merveilleuses collections permanentes, sur un périmètre réduit, passant de l’une à l’autre en vélo. The Institute of Contemporary Art (ICA) est situé dans le Design District, au nord de Wynwood. Cette superbe structure vient d’ouvrir ses portes le 1er décembre, juste à temps pour l’Art Week. Ce site de 3.500 m2 est d’ores et déjà présenté comme une destination incontournable. L’exposition inaugurale, « The Everywhere Studio », présente une centaine d’œuvres signées de plus de 50 artistes comptant parmi les plus influents de ces 50 dernières années, dans un large éventail de médiums. On croise les noms d’Andy Warhol, Anna Oppermann, Tetsumi Kudo, Martin Kippenberger, Bruce Nauman, Elaine Sturtevant et de dizaines d’autres. Selon Ellen Salpeter, directrice de l’ICA Miami, la future programmation aura pour objectifs de « faire avancer les nouvelles recherches en art contemporain et présenter le travail des artistes les plus novateurs et expérimentaux de notre époque ».

Stranger in Paradise

À seulement dix rues au sud de l’ICA, le quartier de Wynwood, qui offre l’une des plus grandes collections de peintures murales des États-Unis, abrite également la Rubell Family Collection, depuis 1993. La collection est actuellement située dans un ancien entrepôt (29th Street et 1st Avenue), mais devrait déménager l’année prochaine pour un quartier proche, Allapattah. Le changement d’adresse doublera la taille de l’espace d’exposition. Cela signifie que cette année est probablement votre dernière chance de visiter le site historique. Deux expositions sont présentées à l’occasion d’Art Week : « Still Human », une exposition de groupe examinant « les conséquences complexes de la révolution numérique sur la condition humaine », et « Allison Zuckerman: Stranger in Paradise », un accrochage des œuvres récentes de l’artiste.

Quittons la collection Rubell pour filer au sud, sur Museum Park, l’un des plus récents joyaux du paysage architectural de Miami. Certains découvriront ici le Frost Museum of Science, d’autres préféreront le Pérez Art Museum of Miami. Nouveau venu sur la scène muséale floridienne, le PAMM est en fait une vieille âme. Lancée en 1984 sous le nom de Center for the Fine Arts, l’institution a changé d’appellation en 1996, devenant alors le Miami Art Museum. Puis, en 2013, nouvelle adresse et nouveau nom, suite à une très conséquente donation due au collectionneur Jorge M. Pérez. La nouvelle installation sur les rives de la baie de Biscayne est une vraie réussite, faisant du PAMM une attraction majeure de l’offre culturelle de la ville. Au cours de cette folle semaine de l’art contemporain, le musée présente « Dara Friedman: Perfect Stranger », une rétrospective immersive de 20 années de création filmique, ou encore « Steve McQueen: End Credits », une installation en hommage à l’artiste et activiste afro-américain Paul Robeson. Les amateurs d’art cubain contemporain apprécieront « On the Horizon », une sélection d’œuvres issues de la collection personnelle de Jorge M. Pérez.

Enfin, pour compléter cet itinéraire culturel, dirigez-vous vers le sud, où est située cette petite pépite : l’American Museum of the Cuban Diaspora. Surnommée « The Cuban », cette institution est apparue il y a une dizaine d’années, comme un « musée sans murs ». Cette année, sa demeure permanente a été achevée. The Cuban est dédié aux recherches et à l’impact social des artistes de la diaspora cubaine. L’exposition « Luiz Cruz Azaceta: Dictators, Terrorism, War and Exiles » est actuellement à l’affiche. Last but not least, à l’Ouest vous attend le musée de Coral Gables. Cet espace intime programme trois expositions : « Boundaries », qui combine l’œuvre du poète Richard Blanco avec des photographies de Jacob Hessler ; « Sheltering Survivors », une exploration de la vie des populations déplacées ; une exposition solo du peintre espagnol Juan Antonio Guirado.

 

Rencontre avec…

Gary Nader

C’est une force (culturelle) de la nature. Peu de gens peuvent égaler ses connaissances, rivaliser avec sa passion, et aucun autre collectionneur ne possède un ensemble aussi substantiel d’œuvres d’artistes latino-américains, en particulier celle du Colombien Fernando Botero. Gary Nader est également un défenseur infatigable de la ville de Miami et de l’avenir de sa scène culturelle, en plein essor. Il travaille actuellement à la création d’un grand musée à Miami, doté d’une collection permanente d’envergure internationale. Pionnier de Wynwood, nous l’avons interrogé sur son sentiment quant à l’évolution de ce quartier des arts, sur l’ambition muséale et l’avenir du paysage culturel de Miami.

Comment Wynwood a-t-il évolué au cours de ces dernières années ?

Nous avons été parmi les premiers à acheter un espace majeur ici. Les gens nous avaient conseillé de ne pas le faire, disant qu’il était très risqué de venir à Wynwood. Le quartier était connu alors pour ses maisons de crack, sa prostitution, ses sans-abri. Mais nous sommes venus et ça a été merveilleux. Depuis que nous avons déménagé ici, il y a onze ans, des centaines d’hectares d’espaces ont été construits. Je me suis promené dans le quartier l’autre jour et j’y ai encore vu plus de 40 grues de construction. Wynwood est une force motrice dans le monde de l’art à Miami. Sans le comparer, c’est un peu notre Chelsea.

La collection de la famille Rubell est installée à Wynwood depuis 1993, elle se déplace bientôt à Allapattah, sur un plus grand espace. Avez-vous l’intention de rester à Wynwood ?

Oui, bien sûr. Nous occupons l’un des plus grands espaces du quartier. Même si nous prévoyons d’acheter un bâtiment à Coral Gables, Wynwood reste notre point d’ancrage majeur.

Vous vendrez bientôt pour 100 millions de dollars une partie de votre collection personnelle, en vue de financer le projet de construction d’un musée public à Miami. Comment s’annonce la vente ?

Sans marketing, nous avons déjà vendu pour 6 millions de dollars. Les pièces sont incroyables. Picasso, Matisse, Kippenberger, Stella, Indiana, Botero bien sûr… Et d’autres collectionneurs, d’autres donateurs, contribuent au succès de cette vente. Nous disposons déjà de plus de 120 millions de dollars pour les travaux. Je précise que nous ne vendrons pas sur le circuit marchand avant d’avoir donné la possibilité aux collectionneurs d’intervenir les premiers. Nous voulons savoir où vont ces pièces, nous souhaitons en conserver la trace.

Où en est le projet de musée ?

Nous négocions actuellement une parcelle de terrain très importante. Je ne peux pas aujourd’hui vous dire jusqu’où le prix va monter.

Comment voyez-vous l’avenir de la scène artistique à Miami ?

Nous n’avons que 110 ans. Il existe ici des personnes plus âgées que Miami ! La ville a grandi de façon exponentielle, physiquement, mais il nous manque encore des galeries importantes. Je souhaiterais que les collectionneurs de Miami soient encore plus actifs. Nous vendons 95 % de nos pièces à des collectionneurs étrangers à la ville. Je dis donc aux gens de venir ici, d’amener leurs enfants, pour voir et acheter de l’art. J’ai l’espoir que nos enfants seront davantage impliqués que nous. Cela fera d’eux de meilleurs citoyens. Apprécier l’art et la culture, la musique et l’architecture, fait partie de l’être humain. J’incite d’ailleurs mes propres enfants à faire partie d’institutions culturelles, cela améliore nos vies. Voilà pourquoi je construis ce musée, pour les enfants…

 

Tags :

Ad.