Dites bonjour à PAMM !

 Miami  |  14 novembre 2017  |  AMA  |  Tweet  |  LinkedIn

C’est Le musée d’art contemporain de la ville. Le musée Pérez de Miami, mieux connu sous le nom de PAMM, a ouvert ses portes en 2013. Le bâtiment, signé de l’agence suisse Herzog et de Meuron, constitue le joyau architectural de Museum Park, le nouveau spot culturel de Miami. Une balade conceptuelle.

Miami est en passe de devenir l’une des destinations artistiques les plus en vue au monde. Mais l’essentiel de ce nouveau statut vient de l’attention portée à la ville à l’occasion d’une seule semaine dans l’année : Art Week. Plus de 100.000 visiteurs se rendent chaque hiver à Miami pour assister aux deux grandes foires d’art de la ville, Art Miami et Art Basel Miami Beach, ainsi qu’à plus d’une douzaine de plus petites foires satellites qui ont lieu simultanément. Hélas, à la clôture d’Art Week, le monde de l’art ferme les yeux sur le sud de la Floride, les collectionneurs, marchands, stars de l’art contemporain et médias disparaissant à la recherche du prochain grande événement. Heureusement, cette tradition commence à changer, car les Floridiens ont désormais la volonté de se concentrer davantage sur l’essentiel : faire de leur ville une destination artistique majeure, et ce toute l’année. Mais que manquait-il jusqu’alors  pour faire de Miami une ville à l’égal de Paris, New York, Los Angeles, Londres ou Hong Kong ?

Les eaux cristallines de la baie de Biscayne
Si Miami dispose de plusieurs musées de choix et de collections privées aujourd’hui ouvertes au public, il n’y a pas ici l’équivalent du MoMA, de la Tate, du Louvre, du Met ou encore du LACMA. C’est là évidemment un sérieux problème pour une ville qui espère rivaliser avec les plus grands acteurs internationaux du monde de l’art. Non pas qu’il n’y ait pas de gens passionnés et sérieux travaillant dur pour changer la donne culturelle à Miami. Une institution, en particulier, a conduit des progrès significatifs au cours de ces dernières années, afin de se faire connaître – et reconnaître – comme Le musée d’art contemporain de la ville.
Le musée Pérez de Miami, mieux connu sous le nom de PAMM, a ouvert ses portes en 2013. Son bâtiment futuriste étincelant constitue le joyau architectural de Museum Park, le nouveau centre culturel du cœur de Miami. Tout, chez PAMM, est accueillant. Sa façade à plusieurs étages surmontée d’un treillis de bois et de béton respire avec des colonnes florales luxuriantes. Au-dessous, une vaste promenade piétonne donne sur les eaux cristallines et bleues de la baie de Biscayne. Les palmiers et autres flores tropicales enveloppent l’environnement, incarnant la relation symbiotique que Miami entretient entre ses mondes bâtis et naturels. La canopée répond ici au climat de la Floride, contribuant à maintenir une fraîcheur bienvenue à l’intérieur du bâtiment. Les allées piétonnes et les porches surélevés anticipent la montée du niveau de la mer, qui menace tant d’autres sites locaux.
Le PAMM a été conçu par l’agence d’architecture suisse Herzog et de Meuron, la même entreprise responsable de la conception de la Tate Modern en 2000, l’agrandissement du Walker Art Center à Minneapolis en 2005 et l’expansion de la Tate Modern en 2016. On lui doit douze autres espaces d’art à travers le monde, les fondateurs de l’entreprise citent les théories du pionnier de l’art conceptuel Joseph Beuys comme influence majeure sur leur processus esthétique… La recherche qu’ils ont effectuée sur le PAMM a tellement impressionné l’équipe de tournage et de photographie avec laquelle ils ont travaillé que celle-ci a spontanément créé un film à la gloire du bâtiment. Ce documentaire a été présenté dans le magazine Architect en 2015. Lors de cette l’interview, le photographe Robin Hill a déclaré à propos du film : « C’est un cadeau à PAMM… un grand bâtiment plutôt qu’un bon bâtiment ».

Autant d’espace pour si peu d’art
En plus de sa coquille externe attrayante et fonctionnelle, ce qui étonne le plus, lorsque l’on visite le PAMM pour la première fois, c’est sa dimension intérieure. Le bâtiment dispose de plus de 18.000 m2 d’espace utilisable. Pour se faire une idée, un autre site renommé de Miami, la Rubell Family Collection, ouverte en 1993, dispose d’un espace cinq fois moindre – même si l’année prochaine la collection se déplacera vers un nouvel lieu, doublant ainsi sa surface. En fait, le PAMM est si vaste que sa taille est devenue pour certains un sujet de discussion critique. Sans doute parce que le musée n’a actuellement qu’une collection permanente limitée. Les visiteurs se demandent donc légitimement pourquoi avoir autant d’espace pour si peu d’art ? Et en effet, il est vrai que sans une grande collection permanente, un musée aura du mal à atteindre une quelconque pertinence globale.
Pourtant, dans l’esprit de ceux qui se consacrent à l’avenir du musée, le paradoxe signifie simplement que le PAMM dispose de suffisamment d’espace pour s’agrandir… Plusieurs initiatives sont d’ailleurs actuellement en cours pour faire croître le fonds, et d’éminents collectionneurs locaux ont déjà généreusement fait don de leurs œuvres. Le promoteur immobilier de Miami, Craig Robins, et son épouse Jackie Soffer, ont fait don de 102 œuvres de leur collection en 2013 et, en 2016, ont ajouté une centaine d’œuvres de plus. Notons également des acquisitions récentes grâce à des dons de personnalités locales, comme Jorge M. Pérez, ainsi que de donateurs nationaux influents tels que JP Morgan Chase & Co et la Fondation John S. et James L. Knight. Ce que de nombreux critiques peinent à reconnaître, c’est que le musée – qui n’avait pas de collection permanente avant 1996 – exigeait une véritable galerie d’exposition, un espace de stockage et de conservation pour une collection grandissant de manière très exponentielle.

La sphère des interactions sociales

Cet avenir en expansion était un paramètre que l’agence Herzog et de Meuron avait en tête lorsqu’elle envisagea la structure du musée. L’architecture intérieure innovante permet ici de réaliser facilement des changements fonctionnels, de sorte que les curateurs peuvent aujourd’hui transformer les espaces d’exposition de multiples façons. Elle autorise même à ajouter 2.300 m2 supplémentaires en cas de besoin. Mais pour l’instant, l’intérieur est spacieux, baigné de lumière. Les galeries principales sont larges et fluides. Le parcours y est intuitif et accueillant, avec des espaces aérés au sein desquels s’offrent des sélections de la collection permanente. Les plafonds présentent des rangées de poutres en béton et des luminaires tubulaires qui évoquent l’union très collaborative du travail de Dan Flavin et de Donald Judd. Dans les étages supérieurs du musée, plusieurs galeries présentent des fenêtres imposantes qui, en plus d’apporter la lumière extérieure, sont des rappels de l’environnement naturel entourant ce lieu atypique. Une autre caractéristique du PAMM est la présence massive des espaces publics qui l’entourent, propice à attirer des installations monumentales. Le potentiel d’événements socio-culturels est indéniable. Voilà ce qui est sans doute le plus remarquable à propos de la conception du PAMM : il embrasse la sphère des interactions sociales tournant autour de l’art, comme le partage des événements urbains, le commerce créatif, les performances éducatives… tout comme la réalité quotidienne du travail parfois le plus administratif. Plutôt que de cacher ces activités derrière des murs, le plan architectural ouvert en a fait une partie intégrante de l’environnement visuel. Le café, les boutiques, les auditoriums et les bureaux sont intégrés de manière transparente dans la conception du bâtiment, afin qu’aucun visiteur ne puisse ignorer que l’art s’intègre dans un grand écosystème de connectivité culturelle. En bref, les espaces intérieurs et extérieurs font du PAMM un lieu démocratique et véritablement public.

Le nom d’un donateur majeur

Bien sûr, l’enthousiasme qui a accompagné l’ouverture du PAMM s’est doublé de controverses. La plupart des récriminations portaient sur une chose : son nom. PAMM, il est vrai, n’était pas encore connu comme Pérez Art Museum Miami. L’institution a été fondée en 1984, en tant que Centre des Beaux-Arts. À l’époque, elle était située dans un petit bâtiment de style espagnol du centre-ville. Ce n’était pas un lieu de collection, mais plutôt un espace pour accueillir des expositions itinérantes initiées par d’autres institutions. Après une décennie, il est devenu clair que le centre d’art avait besoin de se développer. En 1996, il est donc devenu le Miami Art Museum (MAM). Dans l’ensemble, ce changement a été considéré comme une amélioration, mais le nombre de visiteurs était encore faible, environ 60.000 par an (en comparaison, le MoMA de New York compte environ 3 millions de visiteurs). Mais les choses ont changé pour le musée en 2010, avec le projet de transformation du Bicentennial Park, un parc urbain de 12 hectares ouvert à Miami en 1976. La nouvelle installation rénovée devait s’appeler Museum Park et devait accueillir la future résidence du Miami Art Museum et du Frost Museum of Science, ainsi que le Miami Science Barge, amarré en permanence. Et en effet, tout cela fut réalisé, ou du moins une partie. Au cours de la collecte de fonds pour le nouveau Miami Art Museum, le nom a été modifié pour Pérez Art Museum Miami. Le changement a été motivé par le don de 35 millions de dollars de la part du collectionneur Jorge M. Pérez. Et même s’il n’y a rien d’inhabituel à ce qu’une institution culturelle adopte le nom d’un donateur majeur, rappelons que le concept du nouveau musée d’art de Miami reposait sur un partenariat public-privé. Le public a apporté un peu plus de 100.000 $ au projet… De nombreux donateurs privés ont contribué au reste. Évidemment, quand Pérez a réalisé sa donation, celle-ci a été accompagnée d’une clause concernant son nom – lié au bâtiment à perpétuité, d’où la démission de plusieurs membres du conseil d’administration, en signe de protestation. En dépit de cette controverse, le PAMM est devenu un joyau de la scène architecturale de Miami et a gagné une position dominante comme étant l’une des institutions artistiques les plus importantes de la ville. Preuve de son succès, les chiffres de fréquentation ont été multipliés par dix par rapport à ceux de l’ancien MAM, à plus d’un demi-million de visiteurs par an.

 

Mémo

Pérez Art Museum Miami. 1103 Biscayne Boulevard. Miami, Floride, États-Unis. www.pamm.org

 

 

Focus

Steve McQueen

Durant la Miami Art Week 2017, le Pérez Art Museum de Miami présente une installation vidéo du cinéaste britannique Steve McQueen, intitulée End Credits. McQueen excelle dans le champ cinématographique et des beaux-arts. Les cinéphiles le connaissent comme réalisateur de 12 years a Slave (2013), qui a remporté trois Oscars dont celui du meilleur film, une première pour un cinéaste noir. Dans le domaine des beaux-arts, McQueen a reçu le prix Turner 1999, décerné chaque année à Londres et considéré comme l’un des prix les plus prestigieux au monde. End Credits met en lumière la nature envahissante et destructrice de la persécution politique. L’installation utilise comme matériaux des fichiers récemment déclassifiés que le FBI a conservés sur l’artiste afro-américain et activiste des droits civiques Paul Robeson (1898-1976) dans les années 1950. Rappelons que l’attention du FBI fut portée sur Robeson en raison de son plaidoyer public contre l’impérialisme, une position qu’il a adoptée à la fin des années 1930, pendant la guerre civile espagnole. Plus tard, dans les décennies qui ont suivi la fin de la Seconde Guerre mondiale, les politiciens américains ont lancé une campagne publique pour éliminer les sympathisants communistes, campagne menée par un sénateur républicain du Wisconsin nommé Joseph McCarthy. Comme beaucoup d’artistes à l’époque, Robeson, activement impliqué dans la politique de gauche, fut inscrit sur la liste noire d’Hollywood. Le FBI a accumulé des montagnes de documents de surveillance sur lui, des photographies, des enregistrements audio, des films… Ces objets prennent vie ici, McQueen les examinant dans une perspective esthétique contemporaine, apportant un éclairage nouveau sur la corruption inhérente au pouvoir. L’exposition est organisée par María Elena Ortiz et financée avec le soutien de Bank of America et de la Knight Foundation. Elle se poursuit jusqu’au 11 mars 2018.

 

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