Yesterday Is Aujourd’hui

 Bâle  |  26 mai 2017  |  AMA  |  Tweet  |  LinkedIn

Après Bruxelles et avant New York, le salon YIA ouvre ses portes pour la première fois à Bâle. Romain Tichit, dynamique fondateur de Young International Artists, évoque ici son parcours, ses projets, ses doutes… Et réaffirme que Yesterday Is Aujourd’hui !

Ça commence souvent comme ça… Par passion ou entre copains. « En parallèle de mon travail dans la publicité et le digital, j’organisais des expositions avec des artistes dans des lieux dits nomades », explique Romain Tichit, cheveux en bataille et barbe de trois jours. Dans la pub, il est passé par Publicis, l’agence DDB ou le groupe Lagardère. C’est l’exposition « Dynasty », présentée conjointement au Palais de Tokyo et au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris, qui en 2010 le décide à changer de voie. L’accrochage monstre avait alors réuni une quarantaine d’artistes sur près de 5.000 m2, parmi lesquels Farah Atassi, Bertrand Dezoteux, Camille Henrot, Théo Mercier, Jean-Xavier Renaud, Bettina Samson ou encore Oscar Tuazon.

« En 2010, après “Dynasty”, j’ai décidé de monter le concept du YIA, pour Young International Artists, un salon en soutien à la scène émergente ». En 2012, Romain Tichit fonde l’agence de communication LFDAC (La Française Des Arts Contemporains), avec laquelle il pilote toujours YIA. Au cours des premières années, le concept initial est là, limpide : exposer de jeunes artistes, représentés par des galeristes, dans des lieux (post-)industriels. Pour sa première édition, Romain Tichit expose entre autres Vincent Ganivet, Hsia Fei Chang, Lionel Sabatté, Guillaume Cabantous… Il écume Paris, passe par la Cartonnerie, le Bastille Design Center, Le Loft Sévigné, l’Espace Morin, l’Espace Commines ou bien encore la Galerie Joseph, rue de Turenne. « Après de nombreuses éditions dans des lieux plutôt confidentiels, nous avons pu obtenir la halle du Carreau du Temple, que nous occupons depuis quatre ans maintenant ». Le tournant est pris, YIA devient un salon off, en marge de la FIAC. Nous sommes en 2013, YIA accueille alors 50 galeries, alors que l’année précédente le salon n’accueillait que 25 statements – des propositions d’artistes –, au Bastille Design Center. « Ma vision, c’est d’exister dans un milieu généralement réservé à une élite ; c’est de faire vivre les projets et les artistes que nous défendons ».

 

« Stabiliser le tout et que ça passe »

Mais à foire, Romain Tichit préfère le terme « salon ». Ça fait mieux, moins marchand, moins commercial. C’est aussi en hommage au salon du 27 de la rue de Fleurus, lieu de rencontre de l’avant-garde, où Gertrude Stein recevait au début du XXe siècle. Les foires, ce sont des successions de booths qui se ressemblent, répète-t-il à l’envi. Avec le modèle du salon, il imagine plutôt des scénographies ouvertes, quand bien même les galeries se multiplient.

À Bruxelles, en avril dernier, elles étaient 45 à se partager les 2.000 m2 du Square Brussels Meeting Center. Ce fut sa seconde édition bruxelloise. « Les collectionneurs belges sont vraiment d’une grande qualité, ce sont des passionnés. Malgré les attentats, nous avons réalisé beaucoup de ventes lors de la première édition, et cela au profit des galeries défendant leurs artistes. Cette année, nous avons amplifié notre communication pour maximiser le nombre de visiteurs et diffuser l’art exposé sur le salon ». Petit à petit, YIA gagne ainsi en reconnaissance. Depuis son installation au Carreau du Temple, Romain Tichit a dupliqué le modèle. « Dernièrement, nous avons favorisé un développement international en Belgique, puis cette année à Maastricht pendant la TEFAF et aujourd’hui à Bâle, à l’occasion d’Art Basel. L’idée est d’être présent dans les principaux pays considérés comme les rendez-vous de l’art contemporain », explique-t-il, avant de souffler qu’il a quelques vues sur New York. « L’idée est à chaque fois d’obtenir des lieux d’exception dans les villes considérées », ajoute-t-il.

Quatre éditions, bientôt cinq par an… La fatigue s’accumule, pas toujours la trésorerie. « Les choses se passent plutôt bien. Nous avons une super équipe et beaucoup de process sont mis en place. Après, étant une petite structure, je vois des défauts de trésorerie forts ». Suit à une grande phase de développement, l’idée sera de pérenniser l’aventure. « Notre ambition est vraiment de tenir et de continuer à exister pour permettre le dialogue entre les œuvres, les artistes, les galeristes et l’ensemble des publics ». Une phrase que Romain Tichit condense en un lapidaire « Stabiliser le tout et que ça passe ».

Alors, le modèle évolue. YIA, Young International Artists, est donc cette année devenu Yesterday Is Aujourd’hui. « L’idée est de s’ouvrir sur les champs de l’art du siècle dernier à aujourd’hui ». Verra-t-on bientôt les Modernes à YIA ? « Plus spécifiquement sur Bâle et Paris, on aura la chance de voir de très belles propositions alliant du moderne, du post-war et du contemporain »…

 

 

Mémo

YIA Art Fair. Du 14 au 18 juin, The Basel Art Center, Riehentorstrasse 31, Bâle. www.yia-artfair.com

 

 

Focus

L’axe Bâle-New York

C’est un argument… Ce n’est pas le seul. Le salon d’art contemporain YIA Art Fair est situé à 5 minutes à peine d’Art Basel, sur le chemin de la foire Liste. Surtout, cette foire explosive offre, du 14 au 18 juin, un plateau de 15 galeries internationales. 1.200 m2, au cœur du Basel Art Center, voilà qui a de l’allure ! Pour sa première édition bâloise, Romain Tichit, le fondateur de la foire, profite d’ailleurs de l’occasion pour révéler le nouveau positionnement de YIA. Un acronyme (Young International Artists) créé en 2010 à Paris, qui se prononce… toujours pareil, mais qui signifie désormais « Yesterday Is Aujourd’hui ». Constance phonétique, donc, mais réel looping sémantique. En clair, Romain Tichit parle d’« un dialogue entre les époques, articulé autour des champs de l’art moderne et contemporain ». Soit, pendant quatre jours, une proposition enthousiaste, mêlant force et diversité des médiums : peinture, sculpture, dessin, installation, mais aussi photographie, vidéo et édition… L’ensemble est bien ficelé, offrant « un regard sur la scène émergente contemporaine à la lumière d’œuvres phares et d’artistes emblématiques du début du XXe siècle à nos jours ». Rappelons que YIA, en tout juste sept ans, s’est imposé comme un rendez-vous majeur de la création contemporaine, affirmant à chaque nouvelle édition une vision toujours plus internationale. Après les opus parisiens, Romain Tichit a en effet propulsé sa plateforme à Bruxelles en 2016, puis a ouvert cette année une antenne à Maastricht, à l’occasion de la TEFAF, avec pas moins de 1.000 m2 d’exposition dédiés à 25 projets curatoriaux. Après Bâle ces jours-ci, YIA sera de nouveau à Paris au moment de la FIAC, du 19 au 22 octobre prochains, pour accueillir près de 50 galeries au Carreau du Temple. L’affaire ne s’arrête pas là, puisque 2018 verra l’ouverture d’un spot à New York, en mai, à l’occasion de Frieze et de TEFAF.

 

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