« Volta, plus de flexibilité dans le système »

 Bâle  |  26 mai 2017  |  AMA  |  Tweet  |  LinkedIn

Rendez-vous sur Volta, où la sélection est tout à la fois inventive et rigoureuse. Soixante-dix galeries vous y attendent, du 12 au 17 juin, pour le treizième opus de cette foire toujours très courue. Une balade dans les allées, en compagnie d’Amanda Coulson.

Avant de créer Volta New York en 2008, elle a cofondé Volta Bâle. C’était en 2005. Aujourd’hui, critique d’art et commissaire d’exposition, Amanda Coulson est également directrice de la National Art Gallery of the Bahamas. Elle vit à Nassau. Son approche du marché ? Une vision avant tout curatoriale, un regard marqué par un grand sens critique… Pour sa treizième édition, la directrice artistique accueille sur Volta pas moins de 70 galeries issues de 43 villes différentes.

 

Pouvez-vous nous décrire cette édition 2017 ? Quelle en est l’atmosphère ?

C’est une question plutôt difficile, car il y a du nouveau chaque année et c’est tout l’intérêt ! Nos galeries évoluent, certaines participent à des foires importantes, d’autres ont des projets différents… Mais nous travaillons de manière très organisée. Ainsi, à New York, nous ne présentons que des solo shows, tandis qu’à Bâle nous faisons des choses plus diverses, tout en demandant vraiment à nos galeries de changer leur programme pour chaque nouvelle édition. Nous ne sommes pas une foire qui cherche à glaner le plus de monde possible, nous souhaitons plutôt faire de Volta un lieu attirant pour les curateurs, les conservateurs ou les collectionneurs qui se sentent impliqués. Dès le départ, nous avons pensé que Volta prendrait place dans un hôtel de luxe, une auberge de jeunesse bon marché ou bien un boutique hotel… L’idée d’un concept soigné, mais à taille humaine, car nous avons toujours voulu constituer une sorte de répit par rapport aux foires principales, un endroit où les gens peuvent également venir se relaxer.

 

D’ailleurs, avez-vous essayé de créer des ponts avec Art Basel ?

Je ne suis pas sûre que les foires principales soient intéressées par le fait de créer des ponts avec nous. Mais il est vrai que nous étions plus proche d’Art Basel quand Sam Keller en était le directeur. Avec l’expansion du marché de l’art et la multiplication des foires, c’est devenu compliqué. Certaines d’entre elles veulent juste continuer à attirer du monde. Quand nous avons lancé Volta à Bâle, l’année suivante, Art Basel a ouvert une nouvelle section pour les jeunes galeries. Voilà qui démontrait clairement un changement général dans la stratégie des foires. Depuis, elles mettent chaque année en place des sections nouvelles, essayant d’attirer des galeries plus émergentes. Le problème est que ces enseignes se retrouvent dans les sections qui leur sont dédiées, mais ne passeront pas pour autant dans la section principale les années suivantes.

 

Comment Volta s’insère-t-elle dans ce marché ?

Je pense que nous affinons progressivement notre position. Si nous avions lancé Volta à Détroit, nous n’aurions pas pu toucher des collectionneurs aussi importants. À New York, nous bénéficions des visiteurs qui gravitent autour des foires principales, comme l’Armory Show, en mars. Nous en sommes très conscients et respectons nos aînés. Il faut d’ailleurs toujours être attentif, par exemple, à ne pas organiser les vernissages en même temps. Finalement, je pense que tout le monde aujourd’hui reconnaît l’avantage d’avoir plusieurs événements concomitants. C’est bénéfique pour l’ensemble de la ville, qui en devient une destination plus séduisante et attirante. D’un autre côté, il faut aussi faire attention à ne pas submerger le public : à Miami aujourd’hui, par exemple, le trop grand nombre de foires lasse les collectionneurs, qui ne vont plus aller tout voir. Il faut réussir à trouver un équilibre, même au sein des propositions. C’est ce que nous essayons de mettre en œuvre, en travaillant avec des galeries très émergentes et des enseignes déjà un peu établies. Nous essayons de créer un environnement agréable où l’on peut se retrouver, faire une pause par rapport aux foires principales, mais toujours dans un rapport direct à l’art.

 

Comment se situe la foire, à Bâle, par rapport à l’édition new-yorkaise ?

Les marchés sont différents, je ne peux pas vraiment dire que l’une connaît davantage de succès que l’autre, en termes de vente. Les deux se portent plutôt bien, mais les galeries doivent faire attention à ce qu’elles montrent, car le public n’est pas le même. Le fait de proposer des expositions collectives ou des solo shows influe également. Bâle est beaucoup plus orienté sur le marché, les collectionneurs y vont pour acheter. New York est une plus grosse ville, où beaucoup de critiques, de collectionneurs, de journalistes et de professionnels de l’art habitent. La fréquentation y est toujours élevée, mais le marché y est peut-être moins assuré.

 

J’ai l’impression que Volta, cette année, se tourne vers l’Asie… Est-ce un focus ?

Je ne dirais pas que c’est un focus, car nous essayons toujours d’inclure de nouveaux regards. Nous travaillons avec des galeries qui représentent de jeunes talents et il arrive souvent que des artistes montrés à Volta se retrouvent trois ou quatre ans après dans la foire principale. Nous essayons vraiment de donner une tribune à ces plus petites galeries et de nous diversifier. Par exemple, à New York, nous avons travaillé avec des artistes afro-américains, africains et avec la diaspora caribéenne. Nous sommes constamment en train de faire des recherches. Cette année, nous n’avons pas spécialement voulu faire de focus géographique, mais en regardant les candidatures, nous nous sommes en effet rendus compte que nous avions attiré pas mal de monde sur l’Asie ces dernières années… et cela s’est manifesté par la représentation de galeries. Nous avons ainsi Tyler Rollins, une galerie de New York spécialisée en art indonésien, qui nous suit depuis des années et présente Sopheap Pich, artiste cambodgien exposé à la Biennale de Venise. En ce qui concerne les plus jeunes galeries, nous avons des propositions intéressantes venant de Paris.

 

Combien de nouvelles galeries présentez-vous ?

Environ une vingtaine… Mais de nombreuses galeries nous sollicitent pour candidater à nouveau, d’année en année. Cette fois-ci, entre la Documenta et la Biennale de Venise, certaines galeries sont débordées. Ce qui nous permet, du coup, de travailler avec de nouveaux exposants.

 

Ressentez-vous des difficultés par rapport au marché de l’art, plus globalement ?

Oui… Pour cette treizième année à Bâle et dixième à New York, j’ai récemment fait un bilan et regardé les galeries avec lesquelles nous avions travaillé et celles qui avaient fermé entre-temps. J’ai réalisé que de nombreux petits marchands étaient partis rejoindre de grosses enseignes… Finalement, je vois beaucoup de galeries se faire absorber par des marchands mastodontes. Le même phénomène se produit d’ailleurs avec les grosses foires. Je ne sais pas si c’est une bonne chose, mais c’est clairement en train d’arriver. Et puis, j’entends beaucoup parler aussi de fermetures cette année, notamment à Londres et à New York. J’ai l’impression que le marché devient de plus en plus dur. Nous sommes un peu dans une situation sans issue, parce que, finalement, le phénomène des foires fait partie de ce problème. Les galeries ne vendent plus dans leurs espaces… Pour autant, de nombreux galeristes – ceux qui sont installés à Dublin, à Vigo ou dans des endroits où le marché n’est pas très développé – me disent que sans Volta ils ne pourraient pas survivre. Reste que les foires mettent beaucoup de pression financière sur les galeries afin qu’elles reviennent tous les ans, alors que cela demande d’énormes investissements. Je pense qu’il est temps de prendre nos responsabilités et d’instaurer plus de flexibilité dans le système.

 

Mémo

Volta. Du 12 au 17 juin, Viaduktstrasse 10, Bâle. http://voltashow.com

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