Michael Benson : « En dépit des incertitudes, Photo London est plus fort qu’au début »

 Londres  |  10 mai 2017  |  AMA  |  Tweet  |  LinkedIn

À l’occasion de la troisième édition de Photo London, Art Media Agency a interviewé son cofondateur et codirecteur pour évoquer la spécificité de cette jeune foire… et l’impact du Brexit sur l’avenir de l’événement. Rencontre.

Inaugurée en mai 2015, la foire Photo London se tiendra pour la troisième année consécutive dans les salons néoclassiques de la Somerset House, sur les bords de la Tamise, du 18 au 21 mai prochains. L’événement a été lancé par la société Candlestar, spécialisée dans l’organisation de projets et de manifestations culturelles, fondée en 2003 par Michael Benson et Fariba Farshad. Candlestar est notamment l’organisateur du Prix Pictet pour la photographie (septième édition en 2017) et de la foire Art Dubaï. Écrivain et producteur de films, Michael a dirigé pendant dix ans la galerie du London Institute (aujourd’hui Université des arts de Londres), pour lequel il a organisé de nombreuses expositions. Entre 2011 et 2014, il a également été commissaire de l’exposition du World Sony Award. Fariba Farshad, codirectrice de la foire, est spécialiste de l’art iranien contemporain et commissaire d’expositions.

 

Pouvez-vous nous présenter les grandes lignes de cette édition 2017 de Photo London ?

Nous comptons 89 galeries participantes cette année, issues de 17 pays. Cela représente une légère augmentation par rapport à l’an dernier, elles étaient alors 83. Nous accueillons aussi dix maisons d’édition, ce qui fait 99 exposants au total. Les galeries, qui peuvent envoyer un dossier de candidature en ligne, étaient environ 200 à postuler. Les critères du comité de sélection sont de trois ordres. Le critère principal est d’apporter quelque chose de neuf. Nous attendons que les galeries présentent soit de nouveaux artistes, soit les travaux les plus récents d’artistes reconnus ou bien établis, soit enfin des images historiques qui soient des joyaux. Cette année, le comité de sélection, qui comprend une demi-douzaine d’experts de la photo et de l’art contemporain, était dirigé par Philippe Garner, ancien directeur de Christie’s.

 

Londres est une place reconnue pour la photographie ancienne. Quelle est, à Photo London, la part des galeries spécialisées en images du XIXe siècle ?

C’est une proportion importante, même si elle n’est pas dominante. On compte une dizaine de galeries qui proposent ces images de l’histoire de la photographie. Ensuite, la foire présente toute les périodes, jusqu’aux créations les plus récentes.

 

Qui sont les nouveaux participants pour cette édition 2017 ?

Nous accueillons plusieurs participants établis à Londres, comme Alison Jacques Gallery, qui présentera des travaux de Robert Mapplethorpe et la galerie Victoria Miro, avec des œuvres d’Isaac Julien, ou encore la galerie Sprüth Magers basée à Berlin, mais avec des antennes à Londres et à Los Angeles. En dehors de l’Europe, East Wing, venue de Dubaï, et la galerie Ekho de Santiago du Chili, participent à l’événement pour la première fois. Le secteur Découvertes s’est également étoffé. De six galeries retenues lors de la première édition, nous sommes passés à seize cette année. Outre plusieurs galeries londoniennes, certains des exposants viennent de Tokyo, Reykjavik, San Francisco, Rome, Turin, New York et Paris.

 

Le programme reflète le large spectre de la photographie. Pouvez-vous nous le présenter ?

Nous proposons un programme d’expositions très riche. Taryn Simon, qui a reçu le titre de Master of Photography 2017, présentera Image Atlas, une œuvre créée en collaboration avec le programmeur Aaron Swartz. Cette pièce étudie les différences et les similarités culturelles en répertoriant les principales images obtenues pour des termes de recherche spécifiques indiqués sur les moteurs de recherche locaux du monde entier. Également au programme, l’exposition autour des 70 ans de Magnum, dont le commissariat est assuré par Martin Parr, exposition consacrée aux travaux d’un des photographes de l’agence, le Britannique David Hurn. Nous présenterons les photographies et les images animées du film d’Isaac Julien, Looking for Langston. L’installation de Mat Collishaw, en collaboration avec la galerie Blain/Southern, devrait être un autre temps fort de la programmation. Il s’agit d’un travail de réalité virtuelle. L’artiste reconstitue la première exposition du pionner de la photographie William Henry Fox Talbot à Birmingham en 1839. Cette expérience immersive permettra aux visiteurs de remonter dans le temps et seulement six visiteurs seront acceptés en même temps dans l’exposition. Enfin, Juergen Teller va offrir un accrochage spécial, dans le Great Arch Hall de Somerset House.

 

Pouvez-vous nous parler de Crucible Project, de quoi s’agit-il ?

C’est un programme public mis en place avec la Fondation Luma, qui nous soutient depuis le départ. Cette nouvelle initiative vise à mieux faire connaître le Programme public et le Programme des rencontres. Il sera constitué d’un espace virtuel permettant d’explorer la photographie dans différents lieux de Londres. L’idée est de proposer ce travail d’animation et d’éducation tout au long de l’année et pas seulement durant les cinq jours de Photo London. Outre la photographie et le livre photo, le programme abordera une grande variété de formes d’art, parmi lesquelles la vidéo, la peinture, la musique, les installations… Par exemple, cette année, nous invitons le sculpteur Antony Gormley à discuter avec le photographe Adam Fuss. Nous aurons également un entretien entre le réalisateur Ken Loach et le photographe de plateau Joss Barratt. Ce projet permettra le développement d’un programme de rencontres, de conférences, de séances de portfolio, d’ateliers, mais également de mentorat, de publications et d’octrois de résidence. Il sera enrichi chaque année. Nous avons fait appel à William Ewing, l’ancien directeur du musée de l’Élysée à Lausanne, pour le programme de cette édition 2017.

 

Pensez-vous que le Brexit peut constituer une menace pour Photo London ?

C’est une interrogation, même si pour être honnête personne ne peut dire quelles vont être exactement les conséquences du Brexit. Nous essayons de renforcer la foire et nous avons le soutien des galeries. Nous faisons tout pour qu’elles soient satisfaites et qu’elles reviennent d’une année sur l’autre. Nous constatons que 65 % d’entre elles reviennent à l’édition suivante. Les autres peuvent avoir toute sorte de raisons de ne pas revenir l’année suivante, notamment parce qu’elles auraient eu une mauvaise année. Le Brexit est donc l’un des nombreux éléments dont nous devons tenir compte dans notre organisation. Je pense qu’il y aura probablement un effet lié au Brexit, mais je ne suis pas particulièrement inquiet.

 

Même si la foire est encore jeune, pouvez-vous tirer un premier bilan des deux premières éditions ?

Le public est très réactif. Nous avons accueilli 35.000 visiteurs l’an dernier, et nous en sommes très satisfaits. Nous pensons que le marché fonctionne bien sur Londres et qu’il se renforce d’année en année. Il y a un marché pour la photographie historique qui, comme je le disais, constitue une part de la foire et qui reflète l’intérêt qui a toujours existé au Royaume-Uni pour ce type de pièces. Mais cet intérêt s’élargit vers la photo contemporaine. Ceci dit, nous ne communiquons pas sur le montant des ventes, d’autant plus que bon nombre de transactions se font après la foire. En ce qui concerne le public, nous enregistrons une part importante de Londoniens, notamment sur la tranche d’âge des 18-48 ans. Au total, la part des Britanniques doit représenter 70 %. Dans la partie internationale, le public des collectionneurs est bien représenté.

 

Pour conclure, comment voyez-vous l’avenir de Photo London ?

En dépit des incertitudes sur la situation politique et économique, nous sommes plus forts qu’au début. Quand nous avons lancé la foire en 2015, nous pensions qu’il faudrait au moins cinq années pour obtenir un soutien des institutions. Mais cette année, par exemple, la Tate Modern a décidé de repousser les dates de l’exposition sur la collection de photos d’Elton John, « The Radical Eye », afin que les visiteurs de Photo London puissent en profiter. Au départ, l’exposition devait se terminer avant la foire. Par ailleurs, toujours à la Tate Modern, durant la foire, de l’autre côté de la Tamise, se tiendra le salon Offprint, dans le grand hall des turbines. Par ailleurs, nous avons recensé plusieurs dizaines d’événements en parallèle de la foire : ventes aux enchères, vernissages, expositions éphémères, lectures, visites… Ce mélange de propositions constitue un autre signe positif.

 

Mémo

Photo London. Du 18 au 21 mai (avant-première sur invitation le 17 mai), Somerset House, Strand, Londres. www.photolondon.org

 

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