Révélations 2017, le printemps de l’excellence

 Paris  |  24 avril 2017  |  AMA  |  Tweet  |  LinkedIn

Dans un esprit fédérateur et connecté à l’univers design, R3, troisième édition de Révélations, la biennale internationale des métiers d’art et de la création, ouvre au Grand Palais, du 4 au 8 mai. Avec un hommage à la production artisanale chilienne…

2017 scelle l’année d’une biennale qui fera date pour tous les passionnés de bels ouvrages et de savoir-faire d’exception. Celle du rassemblement d‘une grande communauté d’acteurs, tels les designers et les artistes de la matière, nourrissant le même amour pour l’objet et ses matériaux, que ces derniers soient précieux ou non, innovants ou traditionnels. Mais Révélations, c’est avant tout un voile levé depuis 2013 sur une pépinière de talents rassemblés sous la verrière du Grand Palais, drainant une foultitude de pratiques au cœur desquelles la main règne en maître, dans une ambiance stimulante d’échanges. Un événement aux enjeux et retombées économiques majeurs pour l’ensemble de la profession, porté par des artisans-créateurs, « gardiens » de l’excellence française et internationale.

Les métiers d’art, la reconnaissance, enfin !

Créé en 2013 à l’initiative de Serge Nicole, président de 2006 à 2016 du syndicat professionnel des métiers d’art, Ateliers d’Art de France, le salon Révélations prend ses quartiers depuis, au cœur du Grand Palais, lieu iconique de l’art contemporain… Petit clin d’œil amusé pour cette filière, à l’endroit de laquelle l’art actuel cultivait jusqu’à peu l’indifférence, voire le rejet ! Quoiqu’il en soit, l’événement se veut « la plus belle vitrine des métiers d’art au regard du monde », et se définit, dès ses débuts, comme un soutien de taille pour l’identification du secteur. En effet, il y a encore trois ans, celui-ci semblait pâtir d’un manque de définition par les pouvoirs publics. Ateliers d’art de France réussit alors à faire changer la donne, fort de ses actions de représentation, de défense et de contribution au développement économique de la filière. Sous son impulsion, en juin 2014, quelques mois après la première édition de la biennale, l’article 22 de la loi ACTPE –  relative à l’artisanat, au commerce et très petites entreprises – modifiait l’article 20, reconnaissant les métiers d’art comme secteur économique à part entière, ainsi que leur caractère artistique, jusqu’alors absent des définitions officielles. « Ce fut pour nous une grande avancée, nous explique Aude Tahon, céramiste et présidente, fraîchement nommée à la tête du syndicat. Elle a permis de fixer une nouvelle liste des 281 « métiers d’art », nous faisant sortir du champ, trop exclusif, de l’artisanat ». En effet, quel qu’en soit son statut – parmi d’autres, d’artisan d’art, d’artiste-auteur, de salarié d’ateliers privés ou de manufactures d’État – toute personne transformant, à la main, la matière en ouvrages artistiques, faits à l’unité, est reconnu comme professionnel des métiers d’art. Une légitimation naturelle au XXIe siècle, que Révélations valorise depuis sa première édition, étant le symbole et le garant des savoir-faire nationaux et internationaux, ouverts sur l’avenir.

Une manifestation toujours plus substantielle, un vecteur économique de taille

Cette année, plus d’exposants, de prescripteurs et de public sont attendus pendant cinq jours, pour découvrir la crème de la création artisanale française et étrangère. Etant donné l’enjeu touristique et médiatique, une journée a été ajoutée au calendrier de la manifestation, se tenant pour la première fois au printemps – en alternance avec l’exposition « Monumenta » –, ainsi que 300 m² supplémentaires ont été investis sous la nef. « Nous prolongeons certains emplacements vers les pourtours du Grand Palais, nous confirme Henri Jobbé-Duval, commissaire général du salon, n’altérant pas la bonne circulation et les ouvertures créées par la scénographie d’Adrien Gardère ». Une mise en scène aérée grâce à ses claustras de bois clair ouverts, symboliques du regard vers l’autre, porté par 400 exposants (360 en 2015). Néanmoins, l’augmentation des participants ne rime pas avec souplesse, voire faiblesse de la sélection. Bien au contraire. « Cette année, nous tenons à être encore plus rigoureux, ajoute Jobbé-Duval. Le comité d’orientation artistique, dirigé par Serge Nicole, est constitué de treize personnalités – artistes-créateurs, architectes, critiques et galeristes réputés –, qui assurent la qualité et la pluralité des métiers représentés ». Mais alors, quels sont les réels enjeux d’un tel événement ? Approcher de nouveaux acheteurs potentiels ? Acquérir une « vraie légitimité artistique », selon les propos de Lison Barbier, jeune exposante artiste du papier ? Découvrir de futurs talents, propices à être présentés en galerie, comme pour Arcanes ? Tout ceci et bien plus… « Dans ce lieu de prestige, nous souhaitons afficher notre soutien aux artistes innovants de la matière, axe de notre mécénat le plus récent, nous confie Martine Tremblay, directrice de la Fondation Banque Populaire ». Des objectifs financiers avoués, qui s’étoffent d’une volonté de découvertes et de rencontres à l’international, favorisant de futures collaborations.

En 2017, Welcome Chile!

Cette politique de mise en valeur de la création internationale est une fois de plus réitérée en 2017 à travers, notamment, un focus sur un pays invité. Après la Norvège en 2013 et la Corée en 2015, l’invité 2017 se nomme Chili. « Participer au salon Révélations est pour nous un défi et un formidable booster permettant de faire connaître le travail silencieux de nos maîtres-artisans, nous confie Ernesto Ottone, ministre, président du Conseil National de la Culture et des Arts du Chili. Nous voulons faire découvrir des artistes, forts de savoir-faire souvent ancestraux, qui pratiquent la matière avec sobriété et sophistication, et de manière contemporaine. Et puis, cette année, nous allons célébrer le centième anniversaire de la naissance de Violeta Parra. Cette figure emblématique de la création chilienne, chanteuse, poétesse, mais aussi sculptrice et créatrice de tapisseries, vécut quelque temps à Paris ». Autant de raisons auxquelles s’ajoute une autre, celle de s’inspirer du dynamisme français, en regard de la reconnaissance des métiers d’art par les pouvoirs publics. Après avoir exposé, en 2015, sur le Banquet, centre névralgique de la foire, le Chili s’offre une visibilité européenne inédite. Mêlant formes actuelles, empreintes de la mémoire du territoire et du sacré, la force de ses métiers d’art se déploie sur 150 m² de stands, à travers les ouvrages de 25 créateurs sélectionnés par la commissaire Nury Gonzalez, directrice du Musée des Arts Populaires Tomas Lago.

Le Banquet, épine dorsale et essence du salon

En effet, le Banquet se veut, cette année encore, « la » grande manifestation de l’excellence, à son plus haut point d’exécution. « Nous avons repris la scénographie de la rivière scandée d’îlots nationaux, présentant le meilleur de la création internationale, commente Henri Jobbé-Duval. À ceci près qu’en 2017, un comité de sélection spécifique au Banquet, composé de l’architecte Odile Decq, d’Antoine de Galbert, créateur de la Maison Rouge, et d’Adrien Gardère, designer et scénographe, a été constitué ». Un trio garant des savoirs mais aussi de l’innovation, de l’éclectisme des pratiques et des « singularités culturelles ». Une centaine de pièces sont exposées, venues de nombreuses régions du monde. La France et la Corée du Sud ont naturellement été reconduits en son sein. Neufs autres territoires – parmi lesquels la région d’Afrique de l’Ouest, mais aussi la Chine, la Turquie, la Belgique, le Luxembourg, la Suisse ou le Chili – sont également représentés. Comme pour témoigner de l’élargissement de la famille « métiers d’art », René-Jacques Mayer, président du festival D’Days et directeur de l’École Camondo, a été nommé commissaire pour le Banquet-France. « En accord avec le comité d’orientation artistique spécifique de cette exposition, je présente des pièces où les nouvelles technologies sont des instruments au service du métier, n’effaçant ni la connaissance de la matière, ni le travail de la main ».  Une vision rafraîchissante et positive de la création globale, collaborant avec l’univers du design, à la même échelle.

Design & Métiers d’art, l’union sacrée à Révélations

Si l’initiative de faire dialoguer métiers d’art et univers design sous la voûte du Grand Palais est tout à fait nouvelle, elle est toutefois le fruit d’une réflexion productive, restée jusque-là secrète, entre les intéressés. « Avec Ateliers d’Art de France, nous nous sommes rendus compte que le festival D’Days, créé depuis 17 ans, en mai, à Paris, était complémentaire, sans être concurrent, à la Biennale des Métiers d’Art, poursuit-il. Artisans et designers se rejoignent dans l’amour de la matière et de l’objet. Dans ce contexte, créer une dynamique collective, prometteuse d’avenir, nous sembla naturelle ». Afin d’être en adéquation réciproque, le festival D’Days, porté par l’association du même nom, décale ses dates, mais surtout installe ses deux événements Péri’Fabrique et Speed Dating, au sein du Grand Palais, créant ainsi une synergie neuve.

Péri’Fabrique #6 abolit la hiérarchie designer-artisan

Péri’Fabrique, Design & Métiers d’art, programme organisé par les D’Days, avec le soutien de la Fondation Bettencourt Schueller et le Territoire d’Est Ensemble Grand Paris, présente des pièces réalisées par huit duos d’artisans d’art-designers, voire des trios, grâce à une bourse allouée à ces derniers. À noter : le créateur choisit un designer parmi plusieurs, et non l’inverse. « Souvent, le designer sélectionne l’artisan comme sa « petite main », ajoute René-Jacques Mayer. Ce rapport inversé valorise les acteurs sur un même pied d’égalité ». Un duo gagnant-gagnant ? Oui, car dialoguer avec un designer, aux idées éloignées de son cœur de métier, en vue de créer une œuvre collaborative, ne peut que renforcer la vision prospective de l’artisan-créateur. Le fruit de huit complicités, parmi lesquelles celle de Christian Ghion avec l’atelier gainier doreur d’art Bettenfeld-Rosenblum, de Pierre Charrié et de la Maison Fey, gainier, de Marta Bakowski et de la tisserande Maïté Tanguy, ou encore du duo Désormeaux & Carrette, avec l’ébéniste Valentin Roman, y est dévoilé.

Des speed dating efficaces

Parmi d’autres actions, le programme Speed Dating créé en 2015 par les D’Days, coproduit avec les Ateliers de Paris, l’Institut National des Métiers d’Art, en partenariat, entre autres, avec Ateliers d’Art de France, réunit artisans et prescripteurs, à travers des échanges furtifs de 15 minutes, mais se voulant efficaces. Ceux-ci permettent aux architectes d’intérieur, aux décorateurs, aux designers, de découvrir une gamme riche de savoir-faire et facilitent leur référencement en métiers d’art. Une initiative où les expertises se mutualisent…

Un Hors les murs fédérant dix lieux parisiens

Calquant quelque peu son modèle sur celui de certaines foires d’art, le salon s’enrichit d’une proposition de manifestations Hors les murs. Ces parcours au cœur de la capitale, sur mesure, de visites et d’expositions, battent au même rythme créatif qu’au Grand Palais. Au menu, le musée de la vie romantique, le Fonds Carré Rive Gauche, le concept-store Empreintes, la Galerie de Sèvres, la Galerie Collection, mais encore le Mobilier National/Manufacture des Gobelins, la Cité de la Céramique de Sèvres, accueillent les visiteurs de Révélations. Au sein du concept-store Empreintes, comme dans la programmation de la galerie Collection, la céramiste Daphné Corregan, dont une œuvre illustrée sur l’affiche du Salon fait figure d’icône, trouve une place de choix. Enfin, l’association d’antiquaires et de galeries d’art Fonds Carré Rive Gauche, présente sous la verrière des œuvres des peintre et sculpteur Philippe et Quentin Garel, en écho à la programmation de plusieurs galeries membres de l’association. Des visites guidées, des ateliers pour enfants, de nombreuses conférences et films, viennent également compléter cette palette d’offres.

Tremplin idéal pour les jeunes pousses, grâce à l’exposition des lauréats du Prix de la Jeune Création Métiers d’Art, Révélations reste un levier économique de premier plan pour les artisans-auteurs. Au-delà de cet argument, le salon met fin, cette année, aux sempiternels faux débats sur les hiérarchies, avec l’ambition de faire de la capitale, pour quelques jours et plus que jamais, le centre d’attraction économique mondial de la création contemporaine.

 

 

En chiffres…

La biennale Révélations 2017

 

La 3e édition et une nouvelle saison, le printemps

Un parcours Hors les murs dans plus de 10 lieux

400 exposants au Grand Palais, venus de 17 pays, pour 600 dossiers présentés

Un comité d’orientation artistique composé de 13 personnalités

Un pays à l’honneur, le Chili, à travers une cinquantaine de pièces exposées

Plus de 40.000 visiteurs attendus

 

 

 

Rencontre avec…

Aude Tahon, présidente d’Ateliers d’Art de France

Le salon Révélations ouvre ses portes dans une atmosphère enjouée, celle de l’ouverture au monde de la création. Que symbolise-t-il à vos yeux ?

Il incarne toujours, et plus encore, la reconnaissance internationale de la France comme terreau de création, regardant l’autre avec attention, dans le respect des pratiques. Il permet de nous construire, nous, artisans créateurs, et de nous montrer tels que nous sommes : des entreprises qui participent au rayonnement de notre pays dans le monde. Le développement de notre secteur a valeur d’exemple pour beaucoup de pays, notamment pour le Chili, pays à l’honneur.

À ce sujet, qu’est-ce qui a motivé ce choix ?

En 2015, la République du Chili avait exposé sur le Banquet un artiste du cuivre, Juan Carlos Orellana Zapata. Cette présentation témoignait d’un dynamisme et d’un long travail, dont nous partageons également les valeurs et les principes. Dans ce contexte créatif entreprenant, nous avons choisi de lever le voile sur leurs créations.

Pourquoi engagez-vous, cette année, un partenariat actif avec le monde du design ?

Sur le terrain, nous travaillons sur les mêmes marchés. Bien que nous ayons des identités différentes, nous sommes amenés à œuvrer ensemble, sans que l’un soit au service de l’autre, et réciproquement. La Fondation Bettencourt Schueller et le Territoire d’Est Ensemble Grand Paris pratiquent une politique d’envergure favorisant le rapprochement entre métiers d’Art et designers. Nous la soulignons en créant une communauté de créateurs à l’échelle globale.

Le Banquet est la véritable « colonne vertébrale » du salon. Sur quels critères se sont fondés les trois spécialistes du comité de sélection pour la présentation des pièces ?

Le curateur de chaque pays représenté fait une sélection en amont et la propose aux membres du jury. Il s’opère un va-et-vient entre ces deux acteurs. Le comité de sélection interroge le caractère innovant des pièces, leur savoir-faire, tout en prenant de la distance vis-à-vis de son allure. Ensemble, au commissaire national, ils souhaitent montrer une création prospective et innovante, portant haut les couleurs de la création artisanale.

 

 

Mémo

Révélations, Biennale Internationale Métiers d’Art et Création. Du 4 au 8 mai, Grand Palais, avenue Winston-Churchill, Paris 8e. www.revelations-grandpalais.com et www.ateliersdart.com

 

Festival D’Days. Du 2 au 14 mai. www.ddays.net

 

Tags : , , , , , , , , ,

Ad.