Ready Art, « le Hermès de la scène artistique française »

 Paris  |  24 avril 2017  |  AMA  |  Tweet  |  LinkedIn

Fondé en 2015, Ready Art pourrait bientôt devenir l’outil indispensable aux collectionneurs qui, sur le Net, souhaitent aller à la rencontre de la scène contemporaine française. Sélectif, le site permet de croiser artistes et galeries… triés sur le volet.

La plateforme Ready Art ambitionne de présenter les meilleurs artistes de l’actuelle scène française aux internautes de tous les pays. Les fondateurs de ce beau projet, Tristan Vyskoc et Albane Rouvière, sont issus de l’univers de la finance, mais ont toujours entretenu un lien particulier avec l’art contemporain. Ils sont collectionneurs eux-mêmes, Tristan Vyskoc étant également artiste. Où l’on reparle de stratégie et de création artistique, de collection et de start-up…

 

Qu’est-ce qui, au départ, vous a donné envie de lancer le site Ready Art ?

Tristan Vyskoc : Nous avons tous les deux travaillé dans le conseil pendant quinze ans. Nous avons vendu notre entreprise en 2014 et nous avions très envie de travailler dans le milieu de l’art. Nous avions déjà investi dans des sites internet liés à l’art, comme Artips ou Barter. Parallèlement, nous avons toujours été collectionneurs et je suis également artiste. Nous avons constaté que les artistes de notre entourage proche avaient du mal à être représentés sur le Web. Nous avons donc cherché un modèle économique viable avec un positionnement très affirmé. Nous avons travaillé pendant douze mois avant de lancer Ready Art, en février 2016. Nous ne voulons montrer que la scène française et la porter à l’international, dans l’idée de devenir dans cinq ans le leader sur le Web de la scène française. Beaucoup de gens nous ont dit que nous étions « fous » et que nous n’y arriverions pas…

Albane Rouvière : Notre site met en avant la scène artistique française, mais notre spectre est assez large. Il s’agit d’artistes français, nés ou résidant en France, ou ayant un lien fort avec la France. Par ailleurs, Ready Art est une plateforme de mise en relation. Peuvent mettre en ligne des œuvres sur le site, les galeristes, les artistes en direct, ceux n’étant pas représentés par une galerie, ou des collectionneurs.

Comment, d’ailleurs, choisissez-vous les artistes ?

T.V. : Nous avons identifié 300 à 400 artistes représentatifs de la scène française d’excellence ; certains artistes arrivent par cooptation, les bons artistes se recommandant entre eux. Nous avons beaucoup été aidés au départ par des artistes comme Karine Hoffman, François Mendras, Olivier Masmonteil, Vladimir Velickovic, dans nos réflexions sur le site et sur les attentes de ceux-ci dans cette période de digitalisation du monde de l’art.

A.R. : Dans un deuxième temps, nous constituerons peut-être un comité de sélection. Pour le moment, nous effectuons de nombreuses visites d’ateliers afin de mieux connaître le travail des artistes, voir leur actualité, leurs expositions… Beaucoup d’artistes envoient des candidatures spontanées. Nous en recevons 30 à 40 par mois, mais nous restons extrêmement pointus, en respectant toujours notre ligne éditoriale. Notre site a la particularité d’être très sélectif, car nous désirons nous distinguer d’autres plateformes en ligne qui ne le sont pas assez et perdent en qualité. Aujourd’hui, nous avons une soixantaine d’artistes et notre objectif est de monter à 300 ou 400, maximum.

Quant aux œuvres, comment sont-elles sélectionnées ?

A.R. : Nous échangeons avec les artistes ou leurs galeries pour sélectionner les œuvres qui seront en exclusivité sur le site pendant six mois. Pour les œuvres du second marché, nous nous laissons le droit de refuser une pièce si elle ne respecte pas nos critères. Les artistes sont très libres de montrer des séries différentes, des travaux plus ou moins récents et de formats différents.

T.V. : Nous souhaitons donner l’image à l’international d’un « Hermès » de la scène artistique française. Notre particularité tient par ailleurs au fait que nous mêlons premier et second marché, les collectionneurs pouvant revendre une œuvre sur Ready Art dès lors qu’elle correspond à notre critère de sélection. Cette solution étant venue d’un besoin personnel, en tant que collectionneur.

Qui rédige les textes de présentation ?

A.R. : L’artiste ou la galerie nous fournissent des textes écrits par des critiques, des commissaires d’expositions ou des personnalités du monde de l’art. Nous attachons beaucoup d’importance au rédactionnel et au contenu du site, qui vient valoriser chaque pièce. En découvrant l’œuvre, le visiteur doit sur le site avoir la vision la plus complète du travail de l’artiste… et avoir envie d’en savoir plus.

Comment procédez-vous avec les œuvres dématérialisées et les démarches d’artistes plus éphémères ?

T.V. : Nous réfléchissons à développer des expériences de réalité virtuelle, afin de mettre les visiteurs ou les collectionneurs dans une situation proche de la réalité.

D’une manière générale, face à Ready Art, les artistes réagissent comment ?

T.V. : Beaucoup d’artistes aimeraient venir sur le site, mais leurs galeristes s’y opposent pour le moment, certaines nous voyant comme un « Uber » du marché, ce que nous ne voulons surtout pas être. Nous ne savons que trop la difficulté d’être galeriste aujourd’hui et le travail remarquable qu’ils effectuent pour mettre en avant et soutenir leurs artistes.  Nous mettons d’ailleurs en relation directement les artistes, les galeries et les collectionneurs.

Et comment se positionnent les galeries par rapport au site ?

A.R. : Nous ne sommes pas une menace pour les galeries, au contraire. Nous proposons un outil supplémentaire pour donner de la visibilité aux artistes. Le Web est incontournable aujourd’hui et nous sommes susceptibles de leur amener des collectionneurs qui n’auraient peut-être jamais franchi leurs portes. Il se peut qu’un collectionneur apprécie une œuvre sur Ready Art et qu’après avoir pris contact avec la galerie, par notre intermédiaire, il découvre d’autres artistes représentés par celle-ci. C’est une véritable opportunité et une valeur ajoutée pour les galeries.

T.V. : Il y a un vrai changement de paradigme aujourd’hui dans le marché, avec le Web, et c’est le sens de l’Histoire. Les derniers rapports de l’assureur d’art Hiscox montrent bien qu’Internet est en train de monter en puissance. Via ce site, nous souhaitons redonner à la France la place qu’elle mérite au niveau de la création artistique, sur l’échiquier international. Soyons plus forts à plusieurs en nous serrant les coudes pour défendre cette scène qui en vaut vraiment le coup. Depuis les années 1970, nous avons littéralement abandonné nos artistes français, en ne promouvant et soutenant que la scène internationale en général et américaine en particulier. La peinture française a été clouée au pilori dans les années 1990. Nous avons d’excellents artistes qui ne sont pas à leur juste niveau sur le plan international : dix Français dans le classement « Artprice 500 » de 2016, avec le premier, Robert Combas, à la 106e place, qui devrait être au niveau d’un Keith Haring, à la 8e place.

Avez-vous connu des surprises, depuis février 2016 ?

T.V. : Pas pour le moment. Sur le plan stratégique, nous voulions consacrer l’année 2016 au bon fonctionnement du site, et avoir un book d’artistes de qualité. En 2017, nous entrons dans une seconde phase. Le lancement du site en anglais, sa traduction aussi en chinois, en russe et en allemand… Nous avons également envie de travailler davantage avec les entreprises. Nous pensons que l’art peut avoir une vraie vocation sociale et être un excellent vecteur de cohésion et de créativité en entreprise. Nous avons besoin de sens aujourd’hui.  Par ailleurs, nous allons continuer à nous rapprocher des institutions, des fondations et des musées.

D’après Les Échos, votre site attirerait plutôt la tranche d’âges des 40 à 70 ans, et le panier moyen s’établirait entre 10.000 et 15.000 €…

T.V. : Les prix s’échelonnent de 800 à 60.000 € pour le maximum. Depuis quelques semaines, nous recevons des demandes de collectionneurs souhaitant vendre des œuvres majeures à des prix importants. Aussi, nous réfléchissons à un accès à des ventes privées, sur abonnement. L’achat d’art sur Internet, au-delà d’un certain prix, disons 2.000 €, est plus compliqué. Pour des prix supérieurs, il faut absolument qu’il y ait une relation directe de l’acheteur à l’œuvre. En outre, pour l’instant, la majeure partie de nos collectionneurs sont français. Mais nous n’en sommes qu’au démarrage. Nous sommes rémunérés une fois que la transaction est effectuée, par une commission calculée sur le prix de vente. Il n’y a aucun frais d’inscription ou de mise en ligne pour les artistes, les galeristes ou les collectionneurs.

Pensez-vous organiser des expositions ou créer un Prix ?

A.R. : Dans un deuxième temps… Nous y pensons en effet, en prenant un commissaire d’exposition et en réunissant un comité pour le Prix.

Quelles sont vos relations avec les institutions ?

T.V. : Nous avons été reçus à plusieurs reprise par la Direction Générale de la Création Artistique, au ministère de la Culture, qui trouve notre démarche innovante et intéressante. Dans d’autres domaines, les start-ups françaises ont été beaucoup aidées et on voit en France la réussite de la « French Tech », qui a permis de donner une vraie valeur à nos entrepreneurs à l’international. Dans le domaine de l’art, les Allemands ont bien réussi avec la Nouvelle école de Leipzig, les Anglais avec les Young British Artists, les États-Unis continuent à soutenir leurs artistes, pour la Chine, c’est inscrit dans le plan quinquennal, et la Corée développe également une stratégie ambitieuse. La France, quant à elle, attire toujours autant d’artistes. Nous avons une création multiculturelle, protéiforme, riche… Il existe une création exceptionnelle dans les écoles d’art et un tissu fort. On compte aussi des initiatives privées formidables en France. On connaît tous François Pinault et Bernard Arnault, mais aussi Laurent Dumas avec le fonds de dotation Emerige, Michel-Édouard Leclerc et sa fondation à Landerneau, Stéphane Corréard et le salon Galeristes, la résidence Chamalot de Philippe et Christine Pée, qui fête ses dix ans, ou encore Art [ ] Collector de Jacques et Evelyne Deret… Tous ces mouvements permettront de donner un vrai sens à cette scène française. Plus il y aura d’initiatives privées, mieux ce sera ! Et si cela est accompagné et relayé par les pouvoirs publics, c’est encore mieux.

 

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