Bertrand Lavier, entretien a cappella

 Paris  |  24 avril 2017  |  AMA  |  Tweet  |  LinkedIn

Après une longue collaboration avec le galeriste Yvon Lambert, Bertrand Lavier expose pour la première fois à la galerie Almine Rech. Il y présente un ensemble d’œuvres issues de différents « chantiers », ces séries qu’il reprend au fur et à mesure de l’évolution de son travail. Visite guidée.

 

Bertrand, votre exposition débute par une « salle des peintures »…

J’y présente plusieurs séries d’œuvres, dont de nouvelles Walt Disney Productions. Celles-ci ont des encadrements classiques qui leur donnent une insolence kitsch. Issues d’une fiction – celle dessiné par Walt Disney – elles basculent dans une autre – celle du champ de l’art.

Ces encadrements en bois aux feuillages et arabesques, d’un blanc éclatant, accentuent leur aspect factice. C’est la première fois que vous utilisez les cadres pourtant déjà présents dans la bande dessinée de Walt Disney, Mickey au musée d’art moderne, de 1947.

Ce « chantier » des Walt Disney Productions débute en 1984 avec une série de Cibachromes, ensuite des jets d’encres sur toile jusqu’en 2013, année où je commence à peindre sur ces impressions. C’est aussi en 1984 que j’ai commencé à recouvrir des miroirs d’une « touche Van Gogh ». C’est à partir de 2011 que j’ai arrêté de couvrir l’intégralité de leur surface, en les peignant cette fois-ci d’une « touche brushstroke », immortalisé par Roy Lichtenstein. Je me suis ainsi approprié un geste fondateur de la peinture contemporaine, pour les miroirs et Walt Disney Productions. Ce geste, plus libre que la « touche Van Gogh », me permet de suivre avec aisance les courbes des motifs peints.

Pour les Walt Disney Productions présentés ici, le fait de ne pas recouvrir l’intégralité de la toile de peinture permet de laisser apparent le motif de la trame sérigraphiée, rendant visible les étapes qui ont précédés le résultat final. Avez-vous utilisé toutes les œuvres que Mickey et Minnie découvrent dans l’imaginaire musée d’art moderne inventé par Walt Disney ?

Non, il en reste beaucoup ! Il y a des œuvres figuratives que je n’ai pas encore « touché ». Dans l’exposition, à côté de ces œuvres, je présente une nouvelle série de Cibachromes. Lorsque j’ai commencé ce « chantier », au départ, les œuvres étaient divisées en deux : à gauche une photographie, à droite de la peinture. Cette fois-ci la peinture est appliquée d’une « touche Van Gogh », directement sur le Cibachrome. Je peins sur la photographie d’une peinture. Comme je le disais, ma manière actuelle de peindre est beaucoup plus libre et me permet des déliés. Je dirais que ces nouvelles œuvres ont perdu les travers d’une époque, son côté « instituteur », et pour employer une expression de Duchamp, je dirais que leurs « coefficients d’art » sont supérieurs à ceux des œuvres faites il y a 30 ans.

La gestuelle de cette nouvelle série évoque aussi la manière dont peignait Georges Mathieu ou les peintres de l’abstraction lyrique. Il y a une expression plus libidinale…

Peut-être ! (Amusé) Cette gestuelle est apparue en 2000, lorsque j’ai exposé les jets d’encre représentant des vitrines de Paris passées au blanc d’Espagne. Ici, cette salle est un voyage à travers la peinture gestuelle, abstraite et figurative – avec une vraie « peinture de chevalet ».

Vous employez cette expression, car l’image de référence de ce tableau est un panneau de signalisation visible sur les autoroutes de France, indiquant des sites touristiques ou des monuments exceptionnels. Ces panneaux sont ainsi plantés dans un décor, comme on plante un chevalet devant un paysage.

C’est une vision pittoresque : ce qui est digne d’être peint. Ainsi ce paysage est, au pied de la lettre, déjà peint.

Ce sont des « tableaux à grandes vitesses », des scènes et paysages devant être reconnaissable de loin, car vus furtivement au bord des routes.

Je présente une vue de Sombernon, petit village de Bourgogne, et Paysages Aixois. Deux vues contrastées entre paysages du nord et du sud. Avec la vue d’Aix, j’ai ainsi peint ma Sainte Victoire !

Dans la deuxième salle de l’exposition vous présentez deux sculptures…

Je répète souvent que mes études en horticulture m’ont appris l’art de la greffe, c’est ici complètement le cas.

Une greffe de deux phares de voiture dans deux colonnes de pierre, de style antique.

La Colonne Ford et la Colonne Lancia. Deux feux arrière sont sertis au milieu de ces colonnes. Il y a un caractère sexuel qui s’en dégage.

On dit bien « faire des appels de phare » !

Oui !

Vous avec souvent placé un objet sur un autre, ici un objet est inclu dans un autre…

Ces colonnes font parties d’un autre « chantier », dans lequel il y a, par exemple, un réfrigérateur encastré dans un fauteuil (Philips dans Rue de Passy).

Dans la dernière salle de l’exposition vous présentez une Vénus d’Amiens.

Qui a 24.000 ans, et fut cassé en 19 morceaux. Je l’ai agrandi en plâtre, ce matériau très signifiant, « radioactif », qui lui permet d’intégrer la gypsothèque ou l’on trouve la Vénus de Milo ou la Victoire de Samothrace. Elle devient un grand classique, par effraction. Le plâtre consacrant une sculpture, celle-ci termine sa vie en étant reproduite dans cette matière.

Et en même temps, le plâtre sert de matériau à ces répliques tout autant qu’à les mouler.

En effet, c’est à mi-chemin.

Il y a de plus en plus de sensualité dans l’évolution de votre travail.

J’en suis conscient et cela va continuer !

L’une de vos dernières expositions s’intitulait « Silence ». Vous avez choisi « A cappella » pour celle-ci…

C’est une lapalissade. On est pratiquement toujours a cappella. En l’utilisant comme titre, cela le surligne, le rend signifiant.

 

 

Mémo

« A cappella », exposition Bertrand Lavier, jusqu’au 15 avril. Galerie Almine Rech, 64 rue de Turenne, Paris IIIe. www.alminerech.com

 

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