Comme larrons en foire(s)

 Paris  |  18 mars 2017  |  AMA  |  Tweet  |  LinkedIn

Une actualité de l’art foisonnante en ce mois de mars à Paris, avec cinq foires époustouflantes et des expositions en pagaille. De quoi se composer un parcours exaltant, entre dessin, art contemporain africain et design… Prêts pour la claque des foires de printemps ?

Du 30 mars au 2 avril… C’est Le rendez-vous à ne pas manquer : la foire Art Paris Art Fair, qui cette année accueille 139 galeries issues de 29 pays. Les exposants sont pour moitié étrangers et la foire s’est considérablement renouvelée pour cette édition, avec 50 % de nouvelles galeries. Incontournable raout du monde de l’art et du grand public, sise au Grand Palais, la foire permet de découvrir une scène artistique avec un éclairage toujours pointu sur les scènes étrangères. Son commissaire général, Guillaume Piens, s’est entouré de la curatrice et consultante culturelle Marie-Ann Yemsi, qui sera également la commissaire des prochaines Rencontres de Bamako, pour choisir le meilleur des galeries du continent africain – y compris le Maghreb – et de sa diaspora, et dont la plupart exposent pour la première fois en France.

Parmi la vingtaine de galeries identifiées pour ce focus, quelques-unes, disséminées dans la foire, viennent d’horizons très divers : l’Ouganda avec l’Afriart Gallery de Kampala, le Nigeria où est implantée la galerie Art Twenty One, à Lagos, la Côte d’Ivoire représentée par la Fondation Charles Donwahi d’Abidjan, ou bien encore l’Afrique du Sud avec Whatiftheworld Gallery au Cap. L’October Gallery de Londres, qui représente en particulier El Anatsui, et la galerie parisienne Magnin-A, qui expose notamment Chéri Samba, présentent les grands classiques de l’art moderne et contemporain africain. On peut d’emblée noter l’accrochage monographique de l’artiste sud-africain Kendell Geers chez ADN Galeria, venue de Barcelone.

La création émergente africaine est davantage représentée par les stands du secteur Promesses, qui réunit au sein de la foire un total de douze galeries, toutes âgées de moins de six ans. Implantée sur le continent africain, la galerie déjà citée Art Twenty One est accompagnée par la Galerie Cécile Fakhoury d’Abidjan et par ELA – Espaço Luanda Arte, quand deux londoniennes, Tiwani Contemporary et Tyburn Gallery, rivalisent de vitalité avec The Ravestijn Gallery d’Amsterdam. Précisons que ces enseignes voisinent dans le secteur Promesses avec d’autres jeunes exposants, hors de la thématique Afrique, tels la SODA Gallery de Bratislava ou La Balsa Arte de Bogota. Cette année, un groupe de collectionneurs regroupés sous l’intitulé « L’art est vivant » distinguera une œuvre et en fera l’acquisition dans ledit secteur, permettant de soutenir le travail des jeunes galeries.

Une programmation vidéo de onze artistes africains et de la diaspora, joliment intitulée « Territoires du corps », est également curatée par Marie-Ann Yemsi, qui invite le spectateur, confortablement installé dans un espace dédié, à réfléchir sur l’intimité de l’autobiographie, qui bien souvent rejoint les questions politiques et sociales soulevées par le corps. Une journée de conférences organisées avec le soutien de l’Institut français, sur le thème « Habiter la frontière », constitue l’un des événements incontournables de la foire. Rendez-vous, donc, le vendredi 31 mars à la Colonie (128 rue La Fayette) autour d’intellectuels et d’artistes spécialisés en art africain contemporain.

Ce printemps africain s’étend au-delà de la foire avec l’exposition « Le jour qui vient », à la Galerie des Galeries, du 28 mars au 10 juin, à nouveau sous le commissariat de Marie-Ann Yemsi. Un joli focus sur les artistes africains de la toute jeune génération, mais déjà bien repérés à l’international, comme Igshaan Adams, Ruby Onyinyechi Amanze, Clay Apenouvon, Frances Goodman, Banele Khoza ou encore Moffat Takadiwa.

La saison africaine se poursuit à La Villette à partir du 29 mars et jusqu’au 21 mai, avec « Afriques Capitales », exposition réalisée sous la houlette de Simon Njami avec une soixantaine d’artistes, de Pascale Marthine Tayou à William Kentridge. À noter que cette exposition se prolongera avec un second chapitre, « Vers le Cap de Bonne Espérance », à partir du 6 avril et jusqu’au 3 septembre, à la Gare Saint-Sauveur de Lille, soit un 100 % Afrique offrant un panorama de disciplines, des arts plastiques à la danse, en passant par l’art culinaire. Enfin, au musée Dapper, une exposition Soly Cissé, « Les Mutants », réunit une vingtaine d’œuvres inédites en France, du 24 mars au 14 juin.

L’autre point fort d’Art Paris Art Fair, c’est cette année la présence renforcée de l’art moderne, avec une trentaine de galeristes de renom, comme la Parisienne Natalie Seroussi ou Michel Descours, qui vient de Lyon. Le surréalisme et ses prolongements côtoient un mouvement en plein retour en grâce, CoBrA, coïncidant avec l’exposition Karel Appel au Musée d’Art moderne de la Ville de Paris (jusqu’au 20 août), mais aussi le Nouveau réalisme, la Figuration narrative et les abstractions concrète, géométrique ou lyrique. La galerie parisienne Thessa Herold présente quant à elle un stand dédié aux artistes modernes latino-américains.

L’art contemporain international n’est pas en reste, notamment avec l’artiste-architecte japonais Sou Fujimoto chez Philippe Gravier, Christo ou Bernar Venet à la galerie Guy Pieters, l’artiste grec Pavlos à la Galerie Sobering… Par ailleurs, et pour la première fois sur la foire, la Galería Juana de Aizpuru, installée à Madrid, accroche le meilleur de la création contemporaine, proposant Wolfgang Tillmans, Markus Oehlen ou bien Éric Baudelaire.

La (folle) semaine du dessin

Mais l’autre événement de ce printemps des foires, c’est la semaine du dessin. Une plateforme immanquable, qui du 22 au 26 mars attire à Paris tout ce que la planète compte de collectionneurs et de responsables d’institutions culturelles internationales. Ici, pas moins de trois salons, dont deux dédiés au dessin contemporain, Drawing Now et DDessin, le troisième étant plus classique, le fameux Salon du Dessin, qui cette année fête sa 26e édition, avec des feuilles majoritairement anciennes.

Commençons par le salon Drawing Now, du 23 au 26 mars au Carreau du Temple. La onzième édition de ce salon exigeant – qui a reçu 150 dossiers pour n’en finalement retenir à peine plus de 70 –, totalise 40 % de galeries étrangères. Le jury se compose cette année de son président, Philippe Piguet, également directeur artistique du salon, d’Emilie Bouvard, historienne de l’art et conservatrice du patrimoine, Julie Enckell Juilliard, directrice du Musée Jenisch en Suisse, Elsy Lahner, curatrice d’art contemporain au Musée Albertina de Vienne, Joana Neves, commissaire indépendante, Marc Donnadieu, conservateur en charge de l‘art contemporain au LaM de Lille, et enfin du collectionneur Daniel Schildge.

Notons qu’un tiers des stands du rez-de-chaussée offrent des focus sur un artiste, le Prix Drawing Now récompensant un artiste de moins de 45 ans issu de ces solo shows. Ainsi, de nombreux zooms ponctuent le salon. Pour n’en citer que quelques-uns, on pourra voir Winshluss chez Valois, Hessie chez Arnaud Lefebvre, Thomas Lévy-Lasne chez Backslash, Bernard Pagès chez Ceysson, Jana Gunstheimer à la Galerie Particulière ou encore Maxime Duveau chez Houg.

L’un des avantages de ce salon est sa capacité à faire se rencontrer plusieurs générations d’artistes, permettant ainsi de découvrir ou de revoir le travail de dessinateurs, pour certains déjà bien établis, pour d’autres en devenir. De jeunes artistes que l’on croisera sur la plateforme Émergence, au niveau – 1, secteur que l’équipe du salon soutient depuis maintenant sept ans. Pour cette édition, la Galerie Sator, qui a intégré la plateforme il y a cinq ans, est présente avec Jean-Marc Cerino, Art Bärtschi & Cie revient elle aussi cette année. On peut compter quatre galeries présentes depuis onze ans, Sémiose, Christian Berst, Jean Fournier et Bernard Jordan.

Parmi les artistes établis, on retrouve ainsi Not vital chez Bärtschi, Etel Adnan chez Lelong, Vanessa Beecroft chez Caroline Smulders, Philippe Cognée chez Oniris… Les secteurs Émergence et Fresh sont très dynamiques, avec la présence d’artistes comme Nina Fowler chez Dukan, Lionel Sabatté à la Galerie C., Chloé Piene chez Heike Curtze, Douglas White chez Valérie Bach, Raphaël Tachdjian à la School Gallery, entre autres.

Plus loin, le parcours de Master Now dessine avec force une scène d’artistes majeurs s’exprimant par le dessin. Cette année, parmi dix galeries (qui ne sont pas forcément des enseignes renommées ), Karsten Greve, qui participe à Drawing Now pour la première fois, a décidé de mettre en exergue un dessin de Pierrette Bloch. La Galerie Anne Barrault a choisi Roland Topor, quand David Hockney est mis à l’honneur chez Lelong.

En partie curaté par Nova Benway, commissaire d’exposition au Drawing Center de New York, un programme vidéo présente des œuvres réalisées autour du dessin contemporain, notamment dues à Peterson Kamwathi, représenté par ArtLabAfrica, à Junyu Chen de Named Sue Gallery, à Matt Bollinger de la Galerie Zürcher…

Philippe Piguet, directeur artistique, a également élaboré une belle exposition intitulée « À fleur de peau », avec entre autres les artistes Azul Andrea, Haifeng Ni, Javier Pérez. Une exposition qui, selon Philippe Piguet, « rassemble « à dessein » tout un lot de travaux qui en appellent tant à des figures et des matérialités qu’à des techniques et des procédures très diverses ».

DDessin : défense et illustration de la jeune scène

Autre lieu, autre salon… Au 60 rue de Richelieu, dans le IIe arrondissement parisien cette fois, DDessin enchante, année après année, par la finesse de ses propositions. Présentée comme un « cabinet de dessins contemporains », cette petite foire est emmenée, du 24 au 26 mars, sous la houlette de deux codirecteurs artistiques, Eve de Medeiros, la fondatrice et directrice de l’événement, et Christophe Delavault. L’idée ici est de faire venir d’autres territoires à Paris, de donner de la visibilité aux très jeunes artistes et aux jeunes galeries. Bref, d’éveiller la curiosité… DDessin est ainsi animé par la présence d’une vingtaine d’exposants français et étrangers. Cette foire, qui fête aujourd’hui son cinquième anniversaire, présente cette année cinq nouveaux participants : Anna Reverdy qui offre un solo show de l’artiste sud-africain Nelson Makamo, la H Gallery, Gratadou-Intuiti, La Galerie (de Lyon) et la Maison de la Plage, venue de Tunis.

Des galeristes fidèles à DDessin reviennent cette année avec de toutes nouvelles créations. On peut ainsi, par exemple, retrouver l’arlésienne Lhoste Art Contemporain, Phantom Projects Contemporary, basée à Troyes, Ozenne & Prazowski Gallery, débarquée de Londres… À noter qu’aux côtés des galeries, le Creative Growth Art Center d’Oakland – qui accueille des artistes en marge – présente notamment sur DDessin un artiste repéré par le MoMA et sélectionné pour la prochaine Biennale de Venise, Dan Miller.

Comme tout bon salon, celui-ci dispose d’un prix et donc d’un jury d’experts, présidé cette année par le sociologue Alain Quemin, entraînant derrière lui Évelyne Deret d’Art [ ] Collector, la journaliste Pauline Simon, à l’origine du projet Hyam, l’artiste Massinissa Selmani, le directeur de l’Atomium de Bruxelles Henri Simons… Deux prix seront cette année décernés, le premier lauréat bénéficiant d’une résidence dans l’Océan Indien, le second d’une résidence à Tanger.

Point important, DDessin a pour spécificité de présenter une sélection d’artistes talentueux, mais pour certains non encore affiliés à une galerie. Trois solo shows leur sont consacrés. On découvrira les dessins sur papier de verre d’Harold Guérin, les œuvres portant sur les modules lunaires et les capsules Apollo de Cyrielle Gulacsy, ainsi que les dessins sur papier calque de Brigitte Lurton. Eve de Medeiros, rarement à court d’idées, livre son coup de cœur 2017… pour l’artiste François Andes, qui travaille sur le principe du « cadavre exquis ».

On retrouve bien d’autres artistes à l’honneur dans cette édition dotée d’un Corner Illustrateurs. Leurs noms de vous diront sans doute rien, ils ont été découverts par DDessin : Philippe Caillaud, Popy-Loly de Monteysson, Margot Denvers, Clémence Monnet et Anne Touquet. La bande dessinée s’offre également une belle place dans la foire, portée par un partenariat entre l’École Européenne Supérieure de l’Image d’Angoulême et l’Espace culturel Les Modillons. Enfin, autre nouveauté pour DDessin, la présence de la Trans Galerie, très impliquée dans les thématiques relatives au genre et à la féminité, ambitieux projet porté par Corine Borgnet, Jessy Deshais, Aurélie Dubois et Myriam Mechita.

Autant de scénographies singulières

En marge de ces deux salons conçus autour du dessin contemporain, la fondation Daniel & Florence Guerlain remettra son dixième Prix le 23 mars dans le cadre du Salon du Dessin, qui lui se tient du 22 au 27 mars au Palais Brongniart, place de la Bourse. Y sont présentés les trois artistes promus cette année, Charles Avery, Ciprian Muresan et Didier Trenet. Le Salon du Dessin vous plongera bien sûr au cœur de l’histoire de l’art, regroupant 39 exposants français et étrangers, sous la présidence de Louis de Bayser. Soit plus de 1.000 feuilles offertes aux amateurs, deux jours de colloques couvrant la période de David à Delacroix, une exposition sur dix années d’acquisitions par la Société des amis du Cabinet de dessin de l’École des Beaux-Arts de Paris, plus un accrochage autour d’Anne-Louis Girodet-Trioson, proposé par le musée de Montargis…

Et ce n’est pas tout ! Pendant cette folle semaine, de nombreuses expositions donnent un écho historique à ces trois salons. Qu’il s’agisse « Du dessin au tableau au siècle de Rembrandt » ou de « La quête de la ligne. Trois siècles de dessin en Allemagne », deux pépites à découvrir à la Fondation Custodia, jusqu’au 7 mai prochain. Signalons encore le domaine de Chantilly, qui inaugure son cabinet d’arts graphiques le 24 mars, avec « L’épanouissement du dessin à la Renaissance », une exposition sur Bellini, Michel-Ange et Le Parmesan. Par ailleurs, la collection de l’Américain Jeffrey Horvitz, constituée depuis trois décennies, soit le plus important ensemble privé de dessins français outre-Atlantique, s’expose au Petit Palais, rassemblant 200 tableaux, sculptures et surtout feuilles du XVIIIe siècle français.

Pour clore ce florilège, un détour par les arts décoratifs du XXe siècle et le design contemporain, avec la 21e édition du PAD, du 22 au 26 mars dans les jardins des Tuileries. Ce salon parachève ce printemps affolant avec cette année 66 galeries triées sur le volet, comme autant de scénographies singulières. De nouveaux exposants reflètent ici l’éclectisme de cette foire conjuguant l’art précolombien et la sculpture animalière, en passant par la joaillerie. Parmi eux se trouvent Lorenz Bäumer en haute joaillerie, Thomas Bayart pour la sculpture, Michèle Hayem en arts décoratifs, Alexandre Frédéric, maître en mobilier brésilien moderniste…

Cette année, le Studio PAD, sorte de laboratoire du design contemporain, a été confié à Pierre Gonalons. Ce décorateur rend hommage à l’appartement de Rudolf Noureev, mettant en scène des tissus de la Maison Pierre Frey, ainsi que des pièces issues de la collection du Mobilier National. Sur le PAD, trois prix seront décernés par un jury de spécialistes présidé par Marie-Laure Jousset, responsable du Département design du Centre Pompidou : le prix du Stand, le prix du Design du XXe siècle et celui du Design contemporain.

Éveillés, enchantés, inspirés… Les visiteurs, loin des crispations politiques de la campagne présidentielle, pourront ainsi, après avoir fait le tour des foires de printemps, après la claque de cette semaine très superlative, se rendre aux urnes totalement détendus, mais fringants.

 

 

 

6 questions à…

Philippe Piguet, directeur artistique du salon Drawing Now

Drawing Now en est à sa onzième édition… Qu’est-ce qui prévaut, cette année, sur ce salon ?

Le salon Drawing Now est maintenant bien installé, ce qui permet au jury de procéder à une sélection très exigeante. Nous tenons beaucoup au dessin contemporain et nous sommes très attentifs à ce que les œuvres datent des années 1980, au plus loin. Mais si une galerie nous propose le travail d’un artiste des années 1970, qui est absolument remarquable, par exemple un dessin de Dubuffet de 1975, nous l’acceptons. Mais nous sommes très attentifs à être dans le vif du temps.

Comment le dessin se situe-t-il dans l’ensemble de la création contemporaine ?

Le dessin reflète ce qu’il en est dans les autres disciplines, et il en ressort une image éclectique qui appelle des matérialités et des protocoles très divers, qui actent bien l’incroyable richesse et le terreau fantastique que représente le dessin aujourd’hui. Mais je remarque aussi une mesure narrative, qui est assez présente, et le recours à toutes sortes de procédures pour donner forme à une idée, non plus simplement avec un crayon sur papier, mais avec du fil, des transferts de matériaux, des projections…

Vous êtes commissaire d’une exposition au sein du salon, « À fleur de peau ». Comment avez-vous souhaité évoquer ce thème ?

J’ai opté cette année pour un concept simple. Je veux témoigner de la diversité du dessin à travers la douzaine d’artistes, vers lesquels je me suis tourné, qui présentent des œuvres jouant dans leur principe d’élaboration de ce rapport d’étroitesse entre l’image et la matière. C’est une exposition qui rassemble une vingtaine d’œuvres. Ce sont aussi bien des images de tatouages, telles que Jean-Luc Verna peut en proposer, qu’un autoportrait de Philippe Cognée, une aquarelle où il s’est représenté nu, épinglé comme dans le procédé de la dissection. J’ai choisi aussi bien des artistes représentés par nos exposants que des artistes que j’introduis pour leur donner une visibilité. Il y a des dessins d’empreinte de paume d’une jeune artiste qui s’appelle Azul Andrea, ou encore un travail autour de squelettes de poisson d’une autre jeune artiste, Léa Barbazanges, très minimal. Claire Maugeais, qui est aussi présentée, réalise un travail de dessin-couture pour avec le fil tracer un paysage. Là, on est vraiment dans l’épiderme des choses. Et puis, j’ai choisi de faire un clin d’œil historique avec Sophie Ristelhueber, qui a produit une œuvre en écho à l’Élevage de poussière de Duchamp. Par ailleurs, il y a aussi toute une série de magnifiques dessins de Javier Pérez, issue de la collection de Florence et Daniel Guerlain.

Master Now est aussi un projet spécifique de Drawing Now. Comment avez-vous curaté celui-ci ?

Je me suis tourné vers une dizaine de galeries et je leur ai demandé d’exposer un chef-d’œuvre sur leur stand, selon un dispositif de scénographie récurrent de l’une à l’autre, créant ainsi un parcours interne à la foire. Ainsi, on aura un très beau dessin de Hockney chez Lelong, un bel ensemble de Penone chez Art Bärtschi. La galerie Semiose a choisi une très belle œuvre d’Ernest T…

Le prix des œuvres reste raisonnable sur le salon ?

Les prix s’inscrivent toujours dans cette tranche bienheureuse qui permet à un public d’amateurs d’acheter. On trouve des œuvres entre 200 ou 300 €, mais la moyenne c’est 5.000. Le bilan des années passées est plutôt positif, car l’économie du dessin n’est pas tellement atteinte par la périphérie critique. S’il y a une crise, ce n’est pas le dessin qui va en pâtir, parce que justement on reste dans des fourchettes raisonnables. Le dessin a cette chance magnifique d’être un art de proximité avec le regardeur… et les gens prennent leur temps pour regarder. L’avantage d’un salon comme Drawing Now, avec seulement 75 galeries, c’est qu’il est de petite dimension. On a le temps de faire son choix, même si on n’achète pas. Le temps du dessin est un temps différent des autres médiums, parce qu’il s’agit d’un rapport d’intimité.

Comment définiriez-vous le travail du dessin aujourd’hui ?

Le dessin n’est plus simplement une esquisse pour une autre œuvre. C’est un objet à part entière. Et cela ne fait pas si longtemps qu’il est reconnu comme tel par tous, parce que la culture a longtemps considéré que le dessin était une étude préparatoire. Mais Delacroix, Ingres ou d’autres réalisaient de véritables chefs-d’œuvre en dessin. Aujourd’hui, le dessin est un moyen d’expression à l’égal de la photo, de la vidéo, à l’égal de la peinture et de la sculpture, avec ce supplément d’âme. Le dessin est un art majeur, parce que c’est l’expression de la pensée.

 

 

 

Rencontre avec…

Guillaume Piens, commissaire général de la foire Art Paris Art Fair

Comment définiriez-vous l’esprit d’Art Paris Art Fair ?

C’est une foire très éclectique, qui repose sur le concept du « régionalisme cosmopolite ». Il a des galeries poids lourds et des galeries qui viennent de régions françaises. Quand on voit les villes qui sont représentées, la foire a un ancrage très européen parallèlement à une sélection internationale intéressante. Cette année, le focus africain propose de découvrir une autre scène. Le secteur des jeunes galeries de Promesses traduit bien la géographie d’Art Paris Art Fair. Le visiteur peut passer de Rome ou d’Amsterdam à Genève, en passant par Luanda et Londres, pour revenir sur Bogota… Pour le secteur Promesses, nous avons créé cette année un prix, « L’art est vivant ». Nous avons également réalisé tout un travail autour du parcours VIP. La foire repose sur le principe d’être à la fois locale et globale. C’est ce mélange qui, selon moi, rend la foire intéressante.

Quels sont les nouveaux événements de la foire pour cette édition ?

En termes d’événement, nous avons, avec la commissaire Marie-Ann Yemsi, mis l’accent sur la vidéo avec le programme « Territoires du corps », avec des œuvres de onze artistes. C’est l’un des axes très importants de ce focus Afrique cette année. Il y a également un bel hommage rendu à Leïla Alaoui, car son film Crossings, qui porte sur les migrants, est également projeté. Cette année aussi, La Colonie accueille une journée de rencontres autour de l’Afrique. Nous présentons 26 solo shows sur cette édition, ce qui est un nombre considérable, ces accrochages permettant des moments de respiration dans la foire. Ce qui est intéressant lorsque les stands sont dédiés au travail d’un même artiste, ce sont les découvertes ou les redécouvertes de certaines signatures, qui peuvent bénéficier d’une attention toute particulière. Ces solo shows permettent de dessiner une ligne vertueuse dans la foire, offrant des espaces moins hétéroclites et d’emblée plus qualitatifs. Comme chaque année, le partenariat avec Air France est reconduit, avec ses bus mis à disposition, afin que les cinq lauréats désignés parmi ces solo shows les investissent. Cette action donne de la visibilité aux expositions monographiques et déplace les artistes de la foire dans la rue.

Comment évolue la foire, année après année ?

Chaque édition est une nouvelle aventure, nous ne sommes pas dans un processus figé. Ce qui a changé, par exemple, avec l’Afrique, c’est que nous n’avons pas conduit les mêmes actions que pour Corée l’an passé. Nous avons refusé de faire une plateforme d’exposants, en réunissant toutes les galeries du pays ou de la région à l’honneur. Pour l’Afrique, nous avons trouvé que ce n’était pas du tout approprié, car les galeries se seraient senties comme dans un ghetto. L’Afrique est un continent, pas un pays… Là, les galeries sont disséminées dans la foire, à part égale avec les autres stands. Cette année aussi, nous avons privilégié la vidéo, qui est un médium très prisé par la jeune création. Parler du corps avec ces vidéos, c’est aussi une façon d’aborder un thème central pour cette scène. Nous avons curaté la foire en fonction de ce qui se dessinait.

Art Paris Art Fair pourrait lancer la scène africaine en France ?

Nous avons réussi à agréger de très bonnes galeries de la scène africaine, parmi les meilleures. La qualité est là. Nous avons ouvert sur d’autres horizons, nous ne sommes pas que sur l’Afrique francophone, nous arrivons à marier toutes les Afriques. C’est aussi très intéressant d’avoir des artistes du Mozambique ou d’Angola, qu’on ne voit jamais à Paris, et les galeries mettent en avant une génération très jeune. Cette nouvelle scène donne une énergie particulière à la foire. Nous avons mis en place tout un travail de coordination et la semaine d’Art Paris Art Fair correspond ainsi à une séquence d’inaugurations d’expositions autour de l’Afrique, notamment l’accrochage à la Galerie des Galeries conçu par Marie-Ann Yemsi, « Le jour qui vient ». Il y a « 100 % Afrique » à La Villette, curatée par Simon Njami, qui va être une grosse opération, et nous avons réussi à ralier le musée Dapper, qui organise tout spécialement une exposition Soly Cissé. À L’Appartement, une exposition montrera le travail de Myriam Mihindou. Le photographe Roger Ballen est aussi exposé au musée de la Chasse et de la Nature, le quai Branly présente « L’Afrique des routes »… C’est une véritable saison africaine. Les artistes, les curateurs sont là, avec tout un milieu de l’art qui a tenu à se déplacer. C’est ce qu’apporte Art Paris Art Fair : un travail de défrichage, plus que de consécration. C’est le rôle de cette foire…

 

 

Mémo

Art Paris Art Fair. Du 30 mars au 2 avril, Grand Palais, avenue Winston-Churchill, Paris VIIIe. www.artparis.com

Drawing Now Paris. Du jeudi 23 au dimanche 26 mars, Carreau du Temple, 4 rue Eugène-Spuller, Paris IIIe. www.drawingnowparis.com

 

DDessin Paris. Du vendredi 24 au dimanche 26 mars, Atelier Richelieu, 60 rue de Richelieu, Paris IIe. www.ddessinparis.com

 

Salon du Dessin. Du mercredi 22 mars au lundi 27 mars, Palais Brongniart, place de la Bourse, Paris IIe. www.salondudessin.com

 

PAD, Art + Design. Du mercredi 22 au dimanche 26 mars, jardins des Tuileries, 234 rue de Rivoli, Paris 1er. www.pad-fairs.com

 

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