À Rotterdam, Haute Photographie revisite le concept de foire

 Rotterdam  |  21 février 2017  |  AMA  |  Tweet  |  LinkedIn

Organisé autour d’un accrochage collectif de qualité musée, Haute Photographie, lancé à Rotterdam du 8 au 12 février derniers, renouvèle le concept des événements commerciaux liés à l’image. Première édition…

Haute Photographie est un nouveau concept de foire expérimenté par le galeriste néerlandais Roy Kahmann, à l’occasion de la Art Rotterdam Week, du 8 au 12 février. Après une initiative pilote l’an dernier, Haute Photographie a accueilli pour sa première édition une foule de visiteurs pendant cinq jours. Les organisateurs avaient investi un espace de 1.250 m2, adjacent au FotoMuseum de Rotterdam. Quelque 250 œuvres d’une cinquantaine d’artistes étaient présentées par cinq galeries.

Ce nouveau genre de foire, plus intime et conviviale, a été imaginé en réaction aux grands événements annuels qui ponctuent le marché de la photographie et dont Paris Photo est devenu l’emblème. « Je déteste le système actuel des foires, organisées par stands de taille limitée et dans laquelle l’attention du visiteur s’est un peu perdue », justifie le fondateur de Haute Photographie. « J’avais envie d’une présentation d’images qui se rapproche d’un musée tout en offrant la possibilité d’acheter des œuvres. Ici, on peut les découvrir dans une ambiance décontractée, avant d’aller manger au restaurant étoilé ou faire un tour à la librairie ». En lieu et place des habituels stands, les organisateurs ont fait le choix d’un accrochage collectif, chaque artiste bénéficiant de larges cimaises. Celles-ci étaient présentées dans un espace très aéré, facilitant la circulation et agrémenté de fauteuils et de bancs. Un soin particulier avait été accordé aux éclairages.

Jeunes talents et vintages

À l’entrée de la foire, une sélection de trois grands tirages d’Antoine d’Agata, faisant face à trois images des parcs de Rotterdam par Jeroen Hofman, accueillaient les visiteurs. Des Polaroids de nus de Carla van de Puttelaar étaient proposés à 1.450 €, des portraits en noir et blanc d’enfants marins signés du Belge Stephan Vanfleteren à 2.950 €. Cette série, dont l’une des images avait été retenue pour l’affiche, a remporté un grand succès. Plus d’une trentaine de tirages avaient été vendus au troisième jour de la foire. Plusieurs jeunes artistes néerlandais bénéficiaient d’un espace spécifique, pour ce qui était leur première exposition. À travers son magazine GUP et son ouvrage annuel New Dutch Talent, compilant 100 jeunes artistes des Pays-Bas, Roy Kahmann se révèle être en effet un fin connaisseur de la scène de son pays. Deux jeunes artistes ayant intégré récemment la galerie étaient également présentés en vis-à-vis : Laura Kampman, ancien modèle reconvertie dans la photographie, et Laura Hospes, dont les autoportraits en noir et blanc peuvent se rattacher à l’univers de Francesca Woodman. Dans le carré dédié aux vintages étaient présentés des tirages de Christer Strömholm, William Klein, Gérard Fieret ou Louis Faurer.

Quatre galeries invitées

Haute Photographie fait logiquement la part belle aux artistes de la Kahmann Gallery ouverte en 2005 à Amsterdam. Composée pour moitié de photographes internationaux et pour autre moitié d’artistes néerlandais, la sélection de Roy Kahmann affiche des noms prestigieux (tel Albert Watson) et des talents plus émergents, avec un goût prononcé pour le noir et blanc et l’esthétique plutôt classique. L’accrochage était ici complété par l’invitation faite à quatre galeries étrangères : Howard Greenberg de New York, Esther Woerdehoff (Paris), Grundemark/Nilsson (Stockolm/Berlin), Ibasho Gallery (Anvers). Les galeries invitées disposaient d’une série de cimaises et présentaient aussi des tirages vintages dans un espace réservé. Précisons que ces quatre galeries étrangères étaient exonérées de frais de participation, mais s’engageaient à reverser 10 % de leurs ventes. « Nous avons rencontrés Roy Kahmann à Photo London l’an dernier. La foire s’est avérée une expérience difficile pour lui car son stand, situé au sous-sol, était peu accessible », raconte Sabine Guedamour de la galerie Esther Woerdehoff. « Nous nous sommes ensuite revus à Unseen à Amsterdam, puis à Paris Photo. C’est lors de ces rencontres successives qu’il nous a parlé de son concept. C’est un projet très séduisant et l’occasion d’approcher un marché que nous ne connaissons pas bien. Roy étant très bien implanté dans la région, nous savions que les collectionneurs néerlandais et belges allaient se déplacer ». Recontactée après la foire, la galeriste parisienne déclare avoir vendu des tirages vintages de Leonard Freed et René Groebli. Les deux artistes contemporains présentés par la galerie parisienne ont suscité un bel intérêt, mais pas de vente ferme pendant la foire.

Rotterdam, plateforme internationale

Quant au choix de Rotterdam, il correspond à l’envie d’explorer un nouveau territoire et fait écho au dynamisme actuel de la métropole portuaire. « Depuis 35 ans, Rotterdam s’est incroyablement développée », analyse Henk Roskamp, entrepreneur vivant à Rotterdam et partenaire exécutif de Roy Kahmann. « Cette ville est en train de devenir une plateforme internationale qui attire beaucoup de jeunes et d’artistes avec des prix immobiliers beaucoup plus abordables qu’à Amsterdam. Nous avons accueilli 1.200 visiteurs à la soirée d’inauguration », se réjouit encore Henk Roskamp. Pour pouvoir prolonger l’aventure, les deux associés espèrent trouver un sponsor qui s’engagerait pour soutenir l’événement sur les cinq années à venir…

 

 

Zoom

Soutenir l’achat d’œuvres d’art

Au gré des cimaises de la foire, on pouvait observer un discret autocollant « KunstKoop » accolé à certaines œuvres. Destiné à soutenir l’achat d’œuvres d’art, ce dispositif a été mis en place en 1997 par le Fonds Mondriaan, organisation publique soutenant les arts visuels et l’héritage culturel des Pays-Bas. Il permet à des particuliers d’acheter des œuvres d’art en étalant leur paiement sur plusieurs mois et une durée maximale de trois ans. L’artiste et la galerie sont payés directement, l’étalement des versements pour l’acheteur étant accordé sans frais supplémentaires. Depuis sa création, le système a été utilisé par 47.000 personnes pour des acquisitions d’œuvres d’une valeur totale de 150 M€.

 

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