Tous à la Patinoire Royale !

 Bruxelles  |  21 février 2017  |  AMA  |  Tweet  |  LinkedIn

C’est un espace magistral de près de 3.000 m2 qui fit autrefois la joie des patineurs à roulettes. C’est aujourd’hui un lieu d’exposition peu commun, au centre de Bruxelles. Une heure en compagnie de Valérie Bach : à propos de l’engagement contemporain… au cœur d’un monument historique.

Valérie Bach s’est installée en 2005 à Bruxelles.  Elle y a alors ouvert sa première galerie, dans le quartier du Sablon. C’est en 2007 qu’elle et son mari découvrent la Patinoire Royale, un bâtiment de style néo-classique construit en 1877 en plein cœur de la capitale. Fenêtres à arc plein cintre, magnifique charpente Polonceau, verrière d’époque… Le coup de foudre est immédiat et très vite le couple se porte acquéreur du lieu. La galerie Valérie Bach y présente dès 2012 sa programmation, dans l’aile donnant sur la rue Faider, tandis que la restauration de la grande nef se poursuit, sous l’égide des cabinets d’architecture Jean-Paul Hermant et Pierre Yovanovitch. C’est donc en avril 2015 que Valérie Bach a inauguré, avec son directeur Constantin Chariot et son équipe, ce nouveau lieu hybride, dont elle a gardé le nom historique. Trois expositions s’y sont déjà tenues : « La résistance des images », un ensemble de près de 170 œuvres réunissant les figures majeures de la Figuration narrative, sous le commissariat de Jean-Jacques Aillagon ; « Let’s Move ! », une vaste rétrospective de l’art cinétique assurée par Arnauld Pierre ; et « Prouvé / Takis » réalisée en collaboration avec la galerie Downtown. Jusqu’au 25 mars et pour la première fois depuis l’ouverture de la Patinoire, la totalité des espaces ont été confiés à l’artiste portugaise Joana Vasconcelos, qui y présente entre autres plusieurs de ses œuvres monumentales.

Vous êtes administratrice de la Patinoire, ainsi que de la galerie qui porte votre nom. Quelle est la relation entre ces deux pôles ?

Malgré la différence d’appellation, il s’agit d’une seule et même entité, mais aux programmations indépendantes. La galerie Valérie Bach existe à cette adresse depuis 2012, date d’ouverture de cet espace, sous la verrière de la rue Faider. La grande taille du lieu que nous avons investi permettait aisément de faire cohabiter ces deux programmations, sans que cela ne pose problème. Nous aurions bien entendu pu utiliser mon nom pour les deux lieux, mais nous avons préféré conserver l’aspect historique de ce site classé au patrimoine de la ville, en conservant son nom d’origine. À l’époque, il portait même le nom en anglais, The Royal Skating of Brussels. D’autre part, la monumentalité des projets mis en place à la Patinoire implique des expositions plus longues dans la durée. La présence de la galerie Valérie Bach dans le même espace dynamise le lieu en proposant de nouveaux accrochages, tous les deux mois environ. Nous commençons d’ailleurs à imaginer trois lieux : la Patinoire Royale, la Galerie Valérie Bach et un espace plus expérimental, le Lab, au premier étage.

Vous avez réalisé de longs travaux de réhabilitation avant d’ouvrir…

Nous avons acquis ce bâtiment classé en 2009. Il nous aura fallu six ans pour le rénover entièrement. Nous avons fait appel au cabinet de l’architecte belge Jean-Paul Hermant pour le gros œuvre, puis nous avons ensuite confié le lieu à Pierre Yovanovitch, architecte décorateur d’intérieur français qui a fait de la Patinoire ce qu’elle est aujourd’hui – un espace d’apparence très sobre permettant de mettre en valeur l’architecture historique du lieu. Un escalier monumental a été ajouté dans la nef, permettant de rejoindre le premier étage d’exposition et les bureaux du deuxième étage par une passerelle.

Quel était le projet initial ?

Notre volonté était d’inaugurer un centre d’art autour des différentes pratiques de la sculpture. Mais la restauration d’un tel espace étant si longue, nous avons eu le temps de la réflexion. Il semblait difficile d’installer un centre d’art donnant directement accès à une galerie privée. Or, il apparaissait évident que nous souhaitions conserver les deux programmations dans le même espace. La Patinoire Royale est ainsi également devenue une grande galerie d’art privée.

Une passion, donc, au départ, pour la sculpture contemporaine…

Nous collectionnons depuis quelques années la sculpture contemporaine et cet ensemble se trouve à Peyrassol, propriété viticole que mon mari a acquis en 2005, située dans le sud-est de la France. Cette commanderie templière se situe entre Aix-en-Provence et Saint-Tropez, non loin d’importantes collections d’art contemporain, telles que la Fondation Venet, le Domaine du Muy créé par Jean-Gabriel Mitterrand ou le château La Coste. La collection réunit une soixantaine de sculptures d’artistes internationaux, placées outdoor ou dans les espaces « galerie » de la propriété pour les plus fragiles, créant la surprise au détour d’un chemin ou d’une vigne. Lorsque nous avons visité la Patinoire Royale, nous avions initialement l’idée d’exposer des sculptures monumentales indoor.

Comment sest passée votre première année à la Patinoire ?

L’ouverture s’est déroulée telle que nous l’avions espérée, malgré la tâche importante de deux ou trois programmations simultanées. Aujourd’hui, nous sommes visités par de nombreux amateurs d’art belges et internationaux. Nous sommes très souvent remerciés pour la transformation de ce lieu historique qui, depuis des années, abritait un garage de voitures de collections… Et pour l’avoir ressuscité ! La Patinoire Royale est aujourd’hui devenue un lieu d’art incontournable à Bruxelles, qui attire de plus en plus de visiteurs, et qui fait parler d’elle à l’étranger.

Comment fonctionnez-vous et de quelle manière êtes-vous entourée pour la programmation des espaces ?

Une fois la thématique de l’exposition déterminée, nous cherchons tout simplement à nous entourer des personnes les plus compétentes en la matière. Pour « Let’s Move ! », par exemple, nous avons fait appel à Arnauld Pierre qui est un spécialiste de l’art cinétique en France. Il s’était déjà illustré dans de très beaux projets réalisés sur ce courant historique. Nous avons ainsi travaillé aux côtés de commissaires d’expositions fantastiques, tel que Jean-Jacques Aillagon pour notre accrochage sur la Figuration narrative. L’exposition d’avril prochain nous fera voyager aux Émirats arabes unis avec la rétrospective Hassan Sharif, avec qui nous avons collaboré avant son décès, malheureusement, en septembre dernier. Ce sera la première rétrospective européenne de l’artiste. Nous avons la chance de pouvoir travailler avec la galeriste qui le représente à Dubaï, Isabelle van den Eynde, et avec Hervé Mikaeloff, grand connaisseur de son travail, qui nous accompagne dans ce projet posthume.

Pourquoi, d’ailleurs, avoir commencé par une exposition consacrée à la Figuration narrative ?

L’idée est venue de Jean-Jacques Aillagon, à qui nous avions décidé de confier le commissariat de notre première exposition. Nous envisagions alors des solos d’artistes contemporains ou des group shows explorant les grandes étapes de la création artistique en Europe, au cours de la seconde moitié du XXe siècle, dans le domaine des arts plastiques et du design. Jean-Jacques Aillagon s’est appuyé sur notre intérêt pour la Figuration narrative, mouvement que nous affectionnons et que nous collectionnons.

Parlez-nous de la rencontre avec Joana Vasconcelos, que vous exposez actuellement ?

Nous souhaitions, après trois expositions très historiques, apporter une touche plus contemporaine à notre programmation. La rencontre avec l’artiste, grâce à Jean-Jacques Aillagon, toujours conseiller et ami de la Patinoire Royale, a été décisive. Le courant est immédiatement passé et le projet s’est naturellement mis en place. C’est la première exposition monographique que nous organisons et également la première exposition à investir tous les espaces de la Patinoire, de la grande nef au premier étage.

Doù viennent les œuvres que vous avez exposées jusque-là ?

La majorité des pièces exposées dans nos premiers accrochages thématiques venaient directement des ateliers d’artistes ou de galeries partenaires. Elles peuvent être achetées ou placées en dépôt. Pour l’exposition « Prouvé / Takis », nous avons collaboré avec la galerie Downtown, à Paris. Pour « Let’s Move ! », Arnauld Pierre nous a ouvert les ateliers d’artistes et la galerie Denise René est venue nous prêter main forte !

Comment définiriez-vous l’accueil des collectionneurs, depuis linauguration de la Patinoire ?

L’art cinétique affiche une belle longévité et l’exposition « Let’s Move ! » a beaucoup plu. Pour le duo Prouvé-Takis et le show de Joana Vasconcelos, nous avons privilégié le côté théâtral de la Patinoire Royale en exposant des pièces majeures et de dimensions importantes, qui trouvent souvent acquéreurs auprès de musées, mais également de collections privées. Avec notre programme d’expositions variées, nous avons la chance de toucher un public large. Le fil conducteur de nos expositions est le souci d’excellence que nous nous fixons !

Pensez-vous programmer des artistes émergents ?

Si on regarde les quatre premières expositions, les artistes étaient effectivement déjà internationalement reconnus, mais peut-être qu’une des prochaines mettra en avant un ou plusieurs artistes émergents. Nous avons vraiment le souhait de présenter au public bruxellois de jeunes artistes connus dans leur pays, mais pas encore ici. Nous les exposerons de la même manière et avec la même ambition.

Vous arrive-t-il de vendre à des musées ?

Pas assez pour le moment. Cependant, nos liens avec les institutionnels se renforcent au fur et à mesure des projets que nous mettons en place et l’équipe s’est également agrandie dans ce but. Il faut dire que notre structure est encore jeune et qu’il s’agissait surtout, la première année, de gérer notre notoriété naissante et la mise en place de nos expositions. Nous avons à présent trouvé notre rythme de croisière et pouvons donc appréhender plus sereinement l’avenir.

Comment voyez-vous l’arrivée prochaine du Centre Pompidou en Belgique ?

C’est fantastique pour Bruxelles. Le lieu est magnifique, bien qu’excentré. Il y a tellement d’œuvres dans les réserves du Centre Pompidou, qui ne sont pas ou peu montrées… On entend beaucoup que Bruxelles est le hub de l’art contemporain en Europe. Cette ouverture jouera un rôle très positif, je pense, dans le paysage culturel de notre capitale.

Qu’attendez-vous de cette édition de la BRAFA ?

La BRAFA nous permet d’être présents sur une foire en janvier, qui est un mois calme. Ce que j’aime à la BRAFA, comme à la TEFAF, c’est le mélange entre antiquités, œuvres modernes et contemporaines. Ces dix jours de foire permettent vraiment de rencontrer les collectionneurs, d’accroître notre visibilité. Pour nous, ce sera la deuxième participation. Nous avons rencontré d’intéressants collectionneurs et institutionnels l’année dernière, beaucoup de Belges, mais aussi des Allemands, des Français, des Néerlandais, etc. Nous espérons y retrouver en 2017 un public tout autant sympathique et passionné. Pour cette édition, la Patinoire Royale propose un choix varié d’œuvres d’artistes que vous avez déjà pu voir à la galerie lors de nos expositions précédentes. Nous accrochons sur nos cimaises la première peinture abstraite de l’histoire de l’art, un Paul Sérusier. Nous montrerons également quelques œuvres contemporaines de Joana Vasconcelos, en parallèle à son exposition à la galerie.

Vous comptez participer à d’autres foires ?

Nous serons présents au salon du dessin contemporain Drawing Now, à Paris, en mars prochain. Nous réfléchissons aussi à certaines des plus grandes foires… Nous sommes peut-être encore trop jeunes, mais nous pouvons toujours commencer à remplir les demandes d’admission. Nous venons d’être sollicités par la foire de Séoul, qui mettra la Belgique à l’honneur l’année prochaine… C’est vrai que Bruxelles bénéficie d’une position géographique idéale, mais c’est bien aussi d’aller voir ce qui se passe de l’autre côté du globe, car il est vital de rayonner à l’international.

Que souhaiteriez-vous pour la Patinoire dans les années à venir ?

Dans le parc de sculptures de Peyrassol nous voudrions, avec la Patinoire Royale, organiser des expositions d’été, de juin à septembre, et lancer un prix de la sculpture contemporaine pour récompenser de jeunes et talentueux sculpteurs. La fréquentation, l’été sur le domaine, augmente d’année en année. Vous pouvez aujourd’hui déjeuner, dîner ou dormir à Peyrassol ! Plus de 4.000 personnes sont venues visiter le parc de sculptures l’été dernier…

 

 

Zoom

La féerie selon Joana Vasconcelos

« De fil(s) en aiguille(s) » est une exposition monographique de l’artiste portugaise Joana Vasconcelos, offrant des œuvres de la période 2008 à 2015, hautes en couleurs : broderies, dentelles, pièces au crochet, patchworks et paillettes. Des œuvres directement dérivées de la pratique traditionnelle portugaise des travaux d’aiguilles, rappelant aussi l’art des paruriers et autres fournisseurs des grandes maisons de couture. Sous la grande nef et dans la Galerie Valérie Bach, les deux monumentales Valkyries suspendues au plafond font référence aux créations de la styliste Marina Rinaldi et aux chansons de Madonna. Ces immenses déesses de la guerre inspirées de la mythologie scandinave, véritables icônes du travail de Joana Vasconcelos, accueillent le visiteur. Un peu plus loin, on découvre Petit Gâteau, un cupcake énorme et coloré, en plastique. Empruntées au jeu vidéo Tetris, les architectures de Cottonnopolis et de Pretty in Pink révèlent le jeu de l’artiste, qui fait ici feu de tout bois. Au premier étage ainsi qu’au rez-de-chaussée sont présentées des séries plus petites, comme les sculptures Crochet Paintings dans lesquelles des protubérances crochetées sortent littéralement du tableau. La série Bordalo est le résultat d’une appropriation des faïences dessinées par Rafael Bordalo Pinheiro, considéré comme l’un des  artistes portugais les plus influents du XIXe siècle. Guêpes, lézards, serpents et escargots, crabes et homards, têtes de taureau, d’âne ou de cheval délicatement enveloppées d’une toile en crochet… Cette exposition est la première rétrospective de l’artiste en Belgique, à travers laquelle Joana Vasconcelos relève le défi d’une œuvre conjuguant féerie et contemporanéité.

 

« De fil(s) en aiguille(s) », œuvres de Joana Vasconcelos, jusqu’au 25 mars. La Patinoire Royale, 15 rue Veydt, Bruxelles, Belgique. www.lapatinoireroyale.com

 

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