Zona Maco 2017

 Mexico City  |  17 février 2017  |  AMA  |  Tweet  |  LinkedIn

« La plus importante foire d’art contemporain d’Amérique latine »… Où l’on constate, à Mexico, des ventes au ralenti, mais une scène artistique en plein essor.

Toute la semaine, le site web de Zona Maco était hors d’usage, la moitié du temps, laissant apparaître un message sur l’écran, disant : « Resource Limit Is Reached ». On s’est demandé si l’annonce était un commentaire improbable sur la performance de la foire, autant que sur l’indisponibilité du site. C’est ainsi… En dépit d’une énergie palpable pendant les jours d’ouverture (du 8 au 12 février) et dans les divers secteurs, la plupart du temps Zona Maco aura semblé légèrement à bout de souffle, en manque de ce frisson et de cette excitation qui accompagne typiquement les foires commerciales les plus réussies du monde de l’art dans le monde.

Passer d’une foire internationale à une autre en charriant avec soi les dernières créations multimillionnaires des célébrités de l’art est sans doute une affaire épuisante, ce qui pourrait expliquer une certaine fatigue sur quelques stands, en particulier ceux des galeries de New York, de Paris et de Londres, dont la récurrence dans la liste des exposants fait de Zona Maco l’événement artistique le plus international de la région. Zona Maco 2017 – qui compte 120 galeries et 1.500 artistes – a été considérée cette année à l’unanimité comme l’édition la plus internationale à ce jour, tant en ce qui concerne la répartition géographique des galeries participantes que celle des collectionneurs présents. Les ventes étaient toutefois inégales, à l’image des propos réservés de nombreux marchands, lorsqu’ils s’exprimaient en privé, annonçant a contrario des ventes fantastiques par écrit… Bref, on pouvait seulement supposer que la vérité devait se trouver quelque part au milieu. Steve Turner, de Los Angeles, a confirmé que toutes les œuvres de son stand, faisant partie du secteur Zona Maco Sur, se sont arrachées dans les quatre premières heures ayant suivi l’ouverture. La galerie exposait des peintures et une vidéo de Yung Jake, artiste pluridisciplinaire « né sur Internet en 2011 », qui opère une fusion entre le hip-hop, la technologie et l’art contemporain. Curieusement, tous les travaux sont revenus aux États-Unis, au lieu de trouver une nouvelle maison au sud du Texas. Turner retourne fidèlement à la foire chaque année depuis le lancement en 2003, mais a-t-il pu établir des liens solides avec les collectionneurs locaux ? « C’est une société très fermée », nous a-t-il répondu, par la négative. « Ce qui me fait vraiment revenir, ce sont les artistes ».

L’énergie du Salón Acme

Alain Servais, un autre visiteur « vétéran », est un homme d’affaires et collectionneur bruxellois qui n’a pas manqué une seule édition depuis l’inauguration de la foire, il y a quatorze ans. Ce grand amateur a commenté la somnolence de Zona Maco, cette année, qu’il a comparé avec l’énergie du Salón Acme, qui s’est tenu du 9 au 12 février, également à Mexico – une initiative dirigée par un artiste qui propose des œuvres de créateurs n’ayant pas de représentation en galerie. Ici, Alain Servais a acheté six pièces. Il a aussi bien sûr dépensé sur la foire Zona Maco : chez Arroniz, Proyectos Monclova et Hilario Galguera. Interrogé de la même manière sur « ce qui le fait revenir », Alain Servais a répondu qu’il trouvait la scène artistique mexicaine extrêmement dynamique et déterminée, avec des musées, des foires d’art, des galeries, des espaces à but non lucratif de qualité et, surtout, des artistes exceptionnels. « L’écosystème tout entier est très équilibré, très dense. La seule chose qui manque réellement, ce sont des collectionneurs plus aventureux », a-t-il déclaré. On ne peut qu’acquiescer d’un signe de tête, un exemple archétypique venant immédiatement à l’esprit : le Musée Soumaya de Carlos Slim, au nord de la ville – la plus riche collection d’œuvres d’art du Mexique, comptant des maîtres anciens européens, des impressionnistes, des sculptures de Rodin, etc.

Mais revenons à Zona Maco, où certains marchands semblaient plus contents que d’autres. La Lisson Gallery située dans le secteur principal aurait vendu des œuvres de Pedro Reyes, Ryan Gander, Lee Ufan, Tony Cragg et Jason Martin, outre une installation à grande échelle de vélos due à Ai Weiwei, qui a rejoint le giron d’une collection publique mexicaine (ici, aucun comité de sélection ni montant chiffré n’ont été annoncés).

Un commentaire manifeste sur la situation politique

Quelques-unes des plus jeunes galeries, comme Harlan Levey Projects, originaire de Bruxelles, dans le secteur « New Proposals » curaté par Humberto Moro, ont également été enchantées par les ventes, ainsi que par de nombreuses conversations engageantes avec des curateurs locaux et internationaux de plusieurs institutions. Harlan Levey a présenté les œuvres de trois jeunes artistes, Amélie Bouvier, Marcin Dudek et Emmanuel Van der Auwera, les faisant tous les trois venir à la foire.

La galerie la plus établie de Mexico, kurimanzutto, était l’une des seules à faire un commentaire manifeste sur la situation politique actuelle, avec un accrochage de nouvelles œuvres de Rirkrit Tiravanija (créées deux semaines auparavant) sur les cimaises extérieures du stand. L’artiste, connu pour son travail socialement engagé, a utilisé des pages grand format des journaux les plus lus du Mexique, tous parus le même jour, le 20 janvier 2017, et a inscrit son fameux commentaire parmi les feuilles : EL MIEDO DEVORA EL ALM (« La peur dévore l’âme »).

Juste de l’autre côté de l’allée, la grande œuvre tissée à la main de John Isaacs, d’une valeur de 70.000 $, Please Leave This World (2016), exposée chez Travesia Cuatro de Madrid, résonnait avec le travail de Tiravanija, suscitant un certain malaise dans cette allée de la foire, comme des réminiscences de nouvelles inquiétantes sur fond d’ambiance festive.

Alors que Wolfgang Tillmans inaugure son exposition solo à la Tate Modern de Londres cette semaine, ses travaux récents pouvaient être repérés sur un certain nombre de stands remarquables, dont celui de David Zwirner ou de la galerie Regen Projects de Los Angeles.

L’art contemporain n’était cependant pas le seul intérêt de Zona Maco. La foire présentait bon nombre de galeries locales et internationales mettant en valeur le design moderne et contemporain, des tapis aux meubles et des bijoux à la mode, dans un secteur curaté par Cecilia León de la Barra depuis 2014.

Un verre de mezcal

À l’autre extrémité du grand hall de Centro Banamex se trouve l’aile Art Moderne, animée par les commissaires Alejandra Yturbe, Mariana Pérez Amor et Enrique Guerrero. Le secteur, qui en est à sa cinquième année, est dédié aux maîtres et aux redécouvertes du XXe siècle, avec Fernando Botero, Rufino Tamayo et Mathias Goeritz exposés de manière récurrente dans les stands de Gary Nader, basé à Miami, ou de la galerie locale Galeria de Arte Mexicano. Ailleurs, Fifty24 a consacré un stand solo au célèbre peintre mexicain Pedro Friedeberg (1936), avec une sélection de dessins récents et de peintures illusionnistes et vertigineuses (proposés dans une gamme allant de 50.000 à 100.000 $), ainsi que des sculptures en bronze (150.000 $).

Zona Maco est particulièrement recherchée en vertu de son rôle crucial pour l’art mexicain, propulsé sur le devant de la scène internationale. Mais les intérêts divergent aujourd’hui, comme ceux des galeries telle que Labor, qui se relocalisent dans la foire Material Art Fair, à l’image aussi de beaucoup de collectionneurs choisissant plutôt de passer leur temps (et vraisemblablement de dépenser leur argent) dans les foires jeunes et audacieuses (Material et Salón Acme). Lors de la clôture de la foire, à la fin de la semaine dernière, un verre de mezcal était servi aux artistes, aux critiques et aux curateurs – ceux-là même qui soutiennent l’énergie de cette ville généreuse, même et surtout dans les moments les plus difficiles.

 

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