Fons Hof : « Art Rotterdam, une petite foire très active »

 Rotterdam  |  25 janvier 2017  |  AMA  |  Tweet  |  LinkedIn

Direction les Pays-Bas pour la 18e édition d’Art Rotterdam, qui se tiendra du 9 au 12 février prochains. Une vision internationale, une perspective européenne… Rencontre avec Fons Hof, directeur de la foire.

Dédiée à la scène émergente et aux jeunes talents de l’art contemporain, Art Rotterdam accueille une centaine de galeries néerlandaises et européennes. La foire est présente au sein de la fabrique Van Nelle, vaste bâtiment industriel de style moderniste, construit entre 1925 et 1931, et aujourd’hui classé au patrimoine mondial de l’UNESCO. Le directeur d’Art Rotterdam, Fons Hof, détaille pour Art Media Agency les spécificités de la foire et les nouveautés de l’édition 2017.

Pouvez-vous nous présenter les temps forts d’Art Rotterdam ?

Pour cette 18e édition, nous attendons une centaine de galeries qui se répartissent entre la section principale et la section New Art. Art Rotterdam défend la scène nouvelle et émergente de l’art contemporain. Tout en restant à l’échelle européenne, son orientation est internationale. Le comité de sélection choisit les galeries sur la base de leur programmation et de leur orientation internationale. Celles-ci sont, pour la majorité, établies aux Pays-Bas, avec 40 % de participation étrangère pour la section principale et 20 % pour la partie New Art. La sélection de la section New Art, réservée aux galeries de moins de sept années d’existence, est confiée à Natasha Hoare, curatrice au Witte de With Center for Contemporary Art de Rotterdam. Dans les ateliers de l’usine Van Nelle, la section Intersection accueille pour la troisième année des installations et performances d’artistes ou portées par des structures non commerciales. Pour la cinquième année, le fonds Mondrian présentera l’exposition « Prospects & Concepts », autour du travail de 66 jeunes artistes qui ont reçu du fonds une aide en 2015. Le conservateur est Stijn Huijts, directeur du Bonnefanten Museum de Maastricht. Enfin, le choix de la section des vidéos, une douzaine retenue cette année, est réalisé par un groupe de commissaires et de collectionneurs.

D’une année sur l’autre, les galeries participantes se renouvellent-elles beaucoup ?

Les galeries néerlandaises, qui constituent le cœur de la foire, sont généralement présentes à chaque édition. Le renouvellement se fait plutôt du côté des participations étrangères. Certaines galeries ne viennent pas systématiquement. D’autres souhaitent participer afin d’être connectées avec le marché néerlandais ou belge. Dans la section New Art, je me réjouis de voir la présence de plusieurs jeunes galeries néerlandaises, comme Billytown, qui a ouvert en 2015, ou Cinnamon, inscrite cette année pour la deuxième fois. Cette section accueille également plusieurs jeunes stands britanniques et un français, il s’agit de la galerie 22,48 m2.

Quelle est la fréquentation et le public de la foire ?

L’an dernier nous avons accueilli 26.500 visiteurs et nous comptons sur une fréquentation équivalente pour cette édition. C’est une petite foire, mais très active. Le public de collectionneurs et de professionnels est moitié néerlandais, moitié étranger, avec des visiteurs venus de Belgique, d’Allemagne et de France. Sur la fréquentation totale, on compte environ 20 % de visiteurs étrangers.

Une foire se distingue aussi par ses événements parallèles et son programme VIP.  Quels seront les temps forts réservés aux collectionneurs ?

Nous avons un programme très riche, de vernissages de galeries, d’expositions et de foires spécialisées sur le design ou la photo. Il y aura par exemple le vernissage d’une grande exposition sur le surréalisme, au musée Boijmans Van Beuningen. Le Kunsthal de Rotterdam inaugurera l’exposition « Digital: a symbiotic love affair » et présentera la collection de Hugo et Carla Brown, « Digital, Post Internet & Virtual Reality Art ». Nous accueillons aussi régulièrement des groupes de collectionneurs, par exemple les amis du Jeu de Paume ou du Palais de Tokyo, qui viennent presque chaque année. Nous leur proposons des dîners, des visites privées ou des visites d’ateliers. Cette année, l’Atelier Van Lieshout sera ouvert spécialement pendant la durée d’Art Rotterdam.

Comment arrivez-vous à toucher un public moins familier des grand-messes de l’art contemporain ?

Nous renouvelons l’opération Citizen M cinéma, un film d’introduction à la foire réalisé par le critique d’art et auteur Hans den Hartog Jager. C’est une façon de permettre à des visiteurs peu au fait de l’art d’acquérir quelques clés et de remettre la foire en perspective dans l’histoire de l’art contemporain. Ce film, d’une durée de 30 minutes, sera diffusé à l’entrée de l’usine, mais aussi visible en ligne sur notre site Internet, quelques jours avant le vernissage. Nous enverrons le lien à tous les contacts de notre base de données. C’est un moyen pour nous d’atteindre une plus grande audience.

En ce qui concerne le prix des œuvres, pouvez-vous nous donner une échelle des tarifs pratiqués à Art Rotterdam ?

Même si Art Rotterdam présente quelques noms établis sur la scène artistique, la foire propose essentiellement les œuvres de jeunes artistes. La grande majorité des pièces sont affichées à un prix inférieur à 10.000 € et nous proposons aussi une section d’œuvres abordables et de multiples, entre 100 et 2.000 €. Sachez que la scène artistique de notre pays se caractérise par un petit groupe de grands collectionneurs et une majorité de petits acheteurs.

Du point de vue artistique, avez-vous constaté de nouvelles tendances ?

J’observe un intérêt des artistes pour l’image cinématographique et aussi un retour à la peinture figurative, avec une touche d’humour. Et puis, mais cela est vrai depuis quelques années, on peut relever une approche très multidisciplinaire de la création plastique. Les artistes travaillent à la fois le dessin, la peinture, réalisent des installations ou de la vidéo. Je citerais en exemple le travail de Chaïm Van Luit, que l’on retrouve à la fois avec une vidéo dans la section Projection et avec une installation lumineuse dans la sélection New Art.

Pouvez-vous nous parler des nouveautés de cette édition 2017 ?

Nous proposons pour la première fois une section Open Air, avec dix sculptures ou installations à l’extérieur de l’usine Van Nelle. Il y aura notamment une pièce sonore de Susan Philipsz, et la Borzo Gallery présentera le travail de Ronald de Bloeme, qui a conçu un impressionnant panneau de huit mètres par trois, autour des élections et la situation politique dans notre pays. L’artiste retravaille des affiches politiques qu’il transforme en une grande œuvre abstraite. Parmi les autres nouveautés, cette année, un prix créé par une compagnie d’assurance sera décerné. Le NN Group Art Award, qui sera remis le jour de l’ouverture de la foire, récompensera un jeune artiste formé dans une grande école du pays. Beaucoup de plasticiens sont issus de ces institutions très renommées que sont la Rijksakademie et De Ateliers à Amsterdam, la Van Eyck Academie de Maastricht ou le Piet Zwart Institute de Rotterdam, qui attirent au-delà de notre pays. Par exemple, la Rijksakademie accueille une majorité d’étudiants étrangers. Le jury choisira le lauréat parmi une présélection de quatre nominés. Le prix est doté d’un montant de 10.000 € et une œuvre du lauréat sera achetée pour rejoindre la collection du groupe NN.

Pour conclure, quels sont les artistes présentés à Art Rotterdam ces dernières années qui ont émergé sur la scène internationale ?

Je citerais l’Américain Ryan Trecartin, que nous avons présenté il y a cinq ans et qui depuis a bénéficié de grandes expositions, notamment au Musée d’art moderne de Paris et à la Biennale de Venise. Il y a également le Colombien Oscar Murillo, qui avait été exposé dernièrement à la foire par la galerie londonienne Carlos/Ishikawa. Depuis, Murillo réalise une très belle carrière internationale et les prix de ses œuvres se sont envolés.

 

Mémo

Art Rotterdam, du 9 au 12 février. Van Nellefabriek, Van Nelleweg 1, Rotterdam, Pays-Bas. www.artrotterdam.com

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