Réseaux sociaux et art contemporain : le kit de survie

 Paris  |  25 janvier 2017  |  AMA  |  Tweet  |  LinkedIn

Services de microblogage, interfaces de mise en relation en temps réel, applications géolocalisées… Les médias sociaux à l’usage des galeristes, des artistes et des collectionneurs sont à la manœuvre. Une plongée dans la communauté virtuelle.

Facebook, Twitter, Instagram… Les réseaux sociaux bruissent de mille échos aussitôt amplifiés, partagés, commentés… Bavards, ils sont les miroirs complaisants de nos égos. Le jeune artiste italien Filippo Minelli ne s’y est pas trompé, qui a illustré le réseau Twitter non pas avec son logo représentant un oiseau gazouillant (to tweet signifie « gazouiller », mais aussi « jacasser »), mais avec un élevage de dindons en batterie, dans sa série « Contradictions »…

À l’heure du « personal branding » (action de développer sa marque personnelle), il est pourtant difficile de passer à côté de ce formidable essor des médias sociaux, qui a vu le nombre d’utilisateurs actifs de Facebook atteindre 1,71 milliard en juin 2016 (1,57 milliard sur mobile) et 500 millions sur Instagram. Cinq cents millions d’« instagramers » ? Et moi, et moi, et moi ? Les médias sociaux étant un mal nécessaire, autant en tirer le meilleur parti. Le professionnel de l’art contemporain ne doit pas demeurer en reste face à ce phénomène. Critique d’art, fondatrice de l’Observatoire du Web social dans l’art contemporain et auteur du livre Les Médias sociaux à l’usage des artistes (éditions Thémistocle, 2014), Alexia Guggémos pointe le retard des galeries françaises d’art contemporain sur les réseaux sociaux, avec 67 % de présence sur Facebook contre près de 100 % aux États-Unis, tandis que seuls 33 % des plasticiens, photographes et designers français utilisent Instagram (Cartographie de présences du marché de l’art français sur les réseaux sociaux en 2016).

Pourtant, le réseau social de partage d’images et de vidéos s’affirme comme le média de prédilection de tous les acteurs du marché de l’art en 2016 : « L’utilisation d’Instagram dans le monde de  l’art atteint 16 % depuis 2015, et atteint 17 % parmi les plus jeunes acheteurs d’art en ligne », note le rapport Hiscox 2016 sur le marché de l’art en ligne. Avant de préciser : « Facebook et Instagram demeurent les réseaux sociaux préférés ces deux dernières années. Cependant, Instagram a vu sa popularité grimper en flèche, passant d’un taux d’utilisation de 34 à 48 % en un an seulement. La tendance est identique chez les jeunes acheteurs : 65 % ont déclaré utiliser le plus souvent Instagram pour leurs recherches liées à l’art (contre 48 % en 2015) ».

Instagram, un espace d’expression

Outil de promotion et de communication par l’image, Instagram est investi par de nombreux artistes français. Xavier Veilhan montre au fil de photos énigmatiques son work in progress dans son atelier, Thomas Lélu publie régulièrement ses collages burlesques et ses détournements de couverture de livres, Jean-Michel Othoniel présente ses œuvres colorées in situ… Avec moins de 10.000 abonnés, ils sont loin derrière l’artiste islandais Olafur Eliasson (143.000 abonnés), qui met en ligne des vidéos de ses installations, et le directeur de la Serpentine Gallery Hans Ulrich Obrist (147.000 abonnés), qui expose des post-it manuscrits et des croquis d’artistes à la manière d’un curateur. Tirer parti de ce medium comme un espace d’expression à part entière est un véritable enjeu pour de jeunes artistes, tel Nicolas Lefebvre qui se met en scène et publie sur son mur des dessins jouant sur la verticalité de la navigation et la découpe de l’image en séquences. Il a été le lauréat de la première Art Students Week en mars 2016, qui invitait les étudiants des écoles d’art françaises à se faire connaître en publiant leurs travaux d’ateliers sur Instagram avec le hashtag (ou mot-dièse) #artstudentweek. La prochaine édition de cette manifestation initiée par Alexia Guggémos avec la collaboration de membres de l’AICA (Association internationale des critiques d’art) aura lieu du 20 au 26 mars 2017.

L’outil de microblogage Twitter, avec ses 313 millions d’utilisateurs actifs en juin 2016, n’est pas en reste dans le milieu de l’art contemporain. Il permet de se tenir informé de l’actualité des artistes, galeries, musées, maisons de ventes, foires (dont la FIAC) et des organismes tels que le Comité Professionnel des Galeries d’Art ou le CIPAC (Fédération des professionnels de l’art contemporain). Quand au réseau professionnel Linkedin (106 millions d’utilisateurs actifs), il est indispensable pour participer à des groupes spécialisés dans l’art contemporain, afin de donner une visibilité à son activité et d’échanger avec des acteurs internationaux du monde de l’art. Témoins le Contemporary Art nertwork group, qui réunit près de 20.000 membres, Art Collecting Network (plus de 56.000 membres) ou encore le Museum & Art Galleries (près de 80.000).

Facebook pour le monde de l’art

Un phénomène récent a vu la multiplication des réseaux sociaux spécialisés dans l’art. Inviter ses amis, échanger ses impressions sur un artiste, recommander et donner son avis sur des expositions, constituer une « communauté » de personnes partageant les mêmes centres d’intérêt est l’objet de ces sites web 2.0. Le site français Exponaute avait ouvert le bal en 2010 sur le modèle d’Allociné, permettant de découvrir et de choisir les meilleures expositions du moment, en lisant les critiques de la presse spécialisée et de ses membres. Six ans plus tard, le « premier site de recommandations » sur les expositions est toujours là, mais privé des extraits de presse et avec peu d’avis d’« amis ». En revanche, Exponaute s’est doté d’un magazine en ligne, de réseaux Facebook et Twitter, et d’une boutique de produits dérivés… Lancé en 2010, le réseau d’amis de la collection privée d’art contemporain de Chiara et Steve Rosenblum, à Paris (Rosenblum Collection & Friends, qui invitait ses membres à des visites privées et à des débats avec les artistes de la collection), est en sommeil.

Plus actif que jamais, 4art.com – à l’origine réseau social du magazine d’art contemporain britannique ArtReview – réunit une « communauté » internationale de plus de 35.000 artistes, critiques d’art, curateurs et professionnels de l’art répartis dans des groupes (installation, art, video artists, bio-art…). Le « social networking site for the art world » permet aux artistes de présenter leurs œuvres (photos, vidéos et audio), aux galeristes de promouvoir leurs expositions, et à l’ensemble des membres d’échanger, débattre, et être informé des résidences, appels à projets et concours.

Dernier-né lancé en juin dernier et doté d’une application sur iOS, le site ArtAttack se présente comme « the first mobile social network for art e-commerce ». Orienté vers l’art émergent, la plateforme propose aux jeunes artistes d’exposer leur travail en ligne afin d’encourager les acheteurs à acquérir leurs créations sur le site. L’application présente les œuvres à la manière d’Instagram, avec ses boutons « like » et la possibilité d’ajouter un commentaire, mais avec un élément supplémentaire : une notice complète et le prix. Le réseau de partage et de vente sera rejoint en novembre par Uart, « the social network for Art Lovers », qui mettra en relation galeries d’art, artistes émergents et amateurs via une interface géolocalisée, afin d’acquérir des œuvres de « moyenne gamme ». Pour l’amour de l’art, assurément.

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