Julio Le Parc, infatigable créateur

 Bruxelles  |  19 janvier 2017  |  AMA  |  Tweet  |  LinkedIn

La foire bruxelloise rend hommage au dernier fondateur du groupe GRAV, en accueillant quatre de ses œuvres monumentales. L’occasion de s’intéresser à la carrière d’un artiste indomptable.

Longtemps, Julio Le Parc dut attendre la reconnaissance des institutions. Aujourd’hui, l’heure est venue pour l’artiste argentin d’être apprécié à sa juste valeur, celle « d’une légende vivante » de l’art, s’empresse de préciser la galerie Perrotin qui, depuis novembre dernier, a choisi de le représenter. Elle a d’ailleurs inauguré cette collaboration avec une exposition personnelle dans son espace de New York, ville où le plasticien n’avait pas été montré depuis 1973. « Il était temps de corriger cette erreur », note la galerie parisienne. Offrant un relais intéressant à la rétrospective que lui préparait le Pérez Art Museum de Miami (visible jusqu’au 19 mars 2017), elle présentait à la fois des œuvres récentes et des pièces iconiques, déjà montrées dans de grandes expositions monographiques, notamment au Palais de Tokyo en 2013. Cette dernière manifestation a véritablement marqué le retour en grâce de Julio Le Parc. L’institution, qui faisait peau neuve, ouvrait par cette rétrospective organisée sous la houlette de Jean de Loisy : 2.000 m2 dédiés à l’artiste et réunissant des œuvres historiques, dont Continuel Mobile de 1963, visible aujourd’hui dans les espaces de la BRAFA. Avec 180.000 visiteurs, la présentation du Palais de Tokyo rencontrait un succès public et critique. Elle faisait suite à « Le Parc Lumière », organisée à la Fondation Daros Latinamerica de Zurich, en 2005, et l’exposition du Centre Pompidou Metz en 2011-2012, intitulée « Erre », une manifestation collective qui consacrait une salle entière à l’œuvre de Julio Le Parc… après 20 ans de purgatoire.

Julio Le Parc a trente ans lorsqu’il arrive en 1958 à Paris, à la faveur d’une bourse du gouvernement français, le prix de l’ambassade de France, qui deviendra le prix Braque. La capitale est encore pour de nombreux artistes le passage obligé pour faire carrière. « À ce moment-là, en Amérique latine, et surtout à Buenos Aires, ville la plus européenne, on parlait de Paris et de la France plutôt que des États-Unis », se souvient Horacio Garcia Rossi, lors de l’exposition « Au-delà du miroir – La Lumière », en 2005. « L’économie était dirigée par le monde anglo-saxon, la littérature orientée vers l’Espagne et le côté artistique vers la France. Il y avait à Buenos Aires des statues de Bourdelle et de Rodin », confiait encore cet autre fondateur du mouvement GRAV (Groupe de Recherche d’Art Visuel). À Buenos Aires, Julio Le Parc fréquente l’École des beaux-arts. Il a comme professeur de dessin un certain Lucio Fontana. En 1954, la découverte de l’œuvre de Victor Vasarely, présentée en Argentine, a une influence importante sur le devenir de son parcours. Le jeune artiste veut sortir de l’académisme, appréhender de nouvelles techniques, se libérer du pinceau et de la toile. Il ne cesse d’expérimenter. Durant ses premières années parisiennes, désargenté, Julio Le Parc s’adapte à ce qu’il a, crée avec de l’encre de Chine, des cartons… Il partage alors un garage avec quelques amis eux aussi artistes : François Morellet, Yvaral, Francisco Sobrino… C’est la genèse du CRAV, Centre de Recherche d’Art Visuel fondé en 1960, qui deviendra le GRAV. Le leitmotiv de ces artistes ? L’exploration, l’utilisation de nouveaux matériaux, comme la lumière, le néon ou le Plexiglas, la production collective, la démystification de l’art enfin. Ensemble, ils n’hésiteront pas à faire descendre l’art dans la rue, comme en avril 1966, pour « expérimenter avec et à travers la proposition plastique de nouvelles solutions participatives, construites avec et à travers l’action d’un public averti », confiera Julio Le Parc. « Il est important de réveiller celui qui regarde, de créer un moment de relation avec lui », exprimera-t-il. Plus que l’artiste et sa signature, c’est le travail du collectif qui prime. Néanmoins, en 1966, Julio Le Parc obtient le Grand prix international de la Biennale de peinture de Venise. Face aux individualités, le groupe décide de se séparer en 1968 sur fond de révoltes sociales…

Quatre ans plus tard, l’exposition au Grand Palais intitulée « Douze ans d’art contemporain en France. 1960-1972 » aura des conséquences sur la carrière de Le Parc. Cette fameuse exposition, appelée aussi « Expo 72 », qui se voulait une grande rétrospective de l’art contemporain en France, dérape. On critique les artistes au service du capital. Julio Le Parc prend part à la contestation ; sa condamnation de la politique culturelle française lui vaudra quelques années de purgatoire. Qu’importe, le créateur poursuit son œuvre, d’expérimentation en expérimentation. Ce qui prime pour lui, c’est l’idée. Julio Le Parc n’hésite d’ailleurs pas à retravailler ses pièces après plusieurs années. Il fait de la lumière son matériau de prédilection, joue avec les éléments extérieurs comme l’air – et donc le mouvement –, sublime le pouvoir optique de la couleur. La vogue de l’art cinétique, matérialisée ces dernières années par de nombreuses expositions comme « Dynamo » au Grand Palais ou « Zero » au Guggenheim de New York, replace Julio Le Parc sur le devant de la scène comme l’une des figures historiques du mouvement. De rebelle, critique envers le marché de l’art, l’artiste est finalement entré dans le moule. N’a-t-il pas signé, comme Albers, Buren et Sugimoto avant lui, une collection du mythique foulard de soie Hermès, ou après Jeff Koons une série pour la manufacture de porcelaine Bernardaud ? Si Julio Le Parc n’appartient pas encore à la catégorie des artistes aux enchères millionnaires, son œuvre protéiforme anticipe de nombreuses réflexions de la création contemporaine.

 

 

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Art cinétique et jeux optiques

La galerie Denise René joue un rôle majeur dans le développement et la reconnaissance du mouvement cinétique. En 1955, celle-ci présente à Paris « Le Mouvement », exposition qui réunit des artistes divers, comme Duchamp, Soto ou Tinguely. Leur point commun ? La recherche du mouvement, réel ou impliqué par le déplacement du spectateur. Le terme apparaît pour la première fois en 1960 lors d’une exposition au Museum für Gestaltung, à Zurich. Les années qui suivent verront plusieurs courants se développer à l’international, le GRAV bien sûr, mais aussi le groupe Zero à Düsseldorf ou encore le groupe T à Milan. L’art cinétique ou l’Op art – appellation venue d’Angleterre – se répand et prend divers visages, tous liés aux questions de perception.

 

Mémo

« Julio Le Parc: Form into Action », jusqu’au 19 mars. Pérez Art Museum Miami. 1103 Biscayne Boulevard, Miami, Floride. www.pamm.org

 

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