Art Taipei : moisson pour la scène de l’art en Asie

 Tapei  |  27 décembre 2016  |  AMA  |  Tweet  |  LinkedIn

La foire Art Taipei, dont l’emplacement au cœur de l’Asie du Sud-Est représente un avantage évident, vient de s’achever. Pour cette édition, en novembre, la foire a accueilli 150 exposants et 30.000 visiteurs. Elle a aussi enregistré un nombre record de nouveaux arrivants : 55 candidatures de galeries, sur lesquelles 38 ont été sélectionnées.

 

Créée il y a 23 ans, Art Taipei s’est positionnée comme une plateforme pour la promotion d’artistes taïwanais et la culture locale. Après plusieurs années de développement, elle s’est transformée en l’une des plus grandes plateformes pour l’art d’Asie du Sud-Est, où les galeries présentent des mouvements asiatiques majeurs et mettent en lumière des artistes représentatifs.

Pour commencer avec les galeries locales, Soka Art Center présentait le travail de Hong Ling. L’artiste importe le médium occidental de l’huile sur toile pour dessiner des paysages et illustrer des philosophies de tradition artistique chinoise. Hong Ling a contribué de façon majeure à la vitalité de la peinture de paysages chinois, il est donc considéré comme l’une des figures les plus importantes dans l’histoire de l’art contemporain chinois. En outre, avec le soutien du Soka Art Center et de la Fondation culturelle et éducative UNEEC, la rétrospective de Hong Ling vient d’être lancée successivement à la Brunei Gallery de l’université SOAS de Londres et à la Chester Beatty Library en Irlande, depuis juillet, et se tiendra jusqu’en janvier prochain, ce qui offre un excellent écho à l’exposition de la foire. Pour montrer son enracinement profond dans la scène artistique asiatique en tant que première galerie taïwanaise à avoir ouvert une succursale en Chine continentale, Soka Art a montré un groupe d’artistes établis, tels que Liang Quan, Yayoi Kusama et Nara Yoshitomo, ainsi que des artistes émergents comme Hsi Shih-Pin et Mitsuhiro Ikeda.

Lin&Lin Gallery proposait quant à elle une liste éclectique avec différentes œuvres d’artistes des années 1950 et 1960, ainsi que de jeunes signatures.   L’une des attractions est fournie par des pièces de Chen Chieh-Jen, qui a montré une série de photographies, « Realm of Reverberations:The Ritual of Film Screening », travail portant sur un mouvement social œuvrant pour la préservation de sanatoriums. L’artiste a déjà une réputation internationale puisque des expositions personnelles ont déjà été organisées dans des institutions culturelles étrangères, tel le Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofia à Madrid, l’Asia Society à New York, la galerie nationale du Jeu de Paume à Paris et plusieurs biennales, à Venise, Lyon, Liverpool, Shanghai, etc.

Ceux qui s’intéressent à l’histoire moderne de Taïwan n’auront pas manqué la Chini Gallery, qui présentait des œuvres de Huo Gang, un des fondateurs du mouvement moderniste dans l’histoire de l’art chinois des années 1950 et 1960, à Taïwan : l’École Orientale. Profondément impressionnée par Pollock et Klee, qui ont utilisé les caractères orientaux, ses œuvres sont des explorations de la calligraphie chinoise et des totems culturels, ainsi que des objets artistiques.

Les exposants coréens et japonais constituaient aussi une importante partie de la foire : 42 galeries sur 150 au total. Les collectionneurs en quête d’art « Gutai » pouvaient trouver leur bonheur à la Tomio Koyama Gallery, la White Stone Gallery et la Yoshiaki Inoue Gallery. Le stand de la Pyo Gallery était également très séduisant, grâce aux deux stars Lee Ufan et Chun Kwang Young, un sculpteur connu pour ses constructions fabriquées à partir de papier de mûre coréen. La Nichido Gallery, créée en 1928, connue pour être un protagoniste dans la promotion de l’art européen, en particulier des artistes impressionnistes français au Japon, montrait le travail de Ryuzaburo Umehara. Cet artiste était venu à Paris pour ses études consacrées à l’art occidental et avait gagné l’admiration de Renoir, eu égard à ses peintures colorées.  Aux côtés des artistes classiques, la galerie a créé un espace dédié aux créateurs contemporains. Par ailleurs, cette galerie a lancé le Showa-kai Award en 1966, un prix annuel pour honorer la jeune création, et se propose ainsi chaque année de montrer au public et aux collectionneurs une sélection d’artistes lauréats.

En marge des trois marchés majeurs de Taïwan, du Japon et de la Corée, la foire représente aussi des œuvres d’autres parties de l’Asie, grâce à la   S.A.C. Gallery Bangkok (Thaïlande), la G13 Gallery (Malaisie), Opera Gallery (Singapour), la Edwin’s Gallery (Indonésie) et la Tonyraka Art Gallery (Indonésie). À noter qu’Opera Gallery a fait le choix de présenter une importante liste d’artistes internationaux, comme Anish Kapoor, Damien Hirst ou Bernard Buffet… Et pourquoi pas un choix d’artistes asiatiques dans une foire dédiée à l’art d’Asie ? La directrice d’Opera Gallery à Singapour, Irene Chee, expliquait : « En réalité, cette foire « régionale » d’art d’Asie s’étend et s’internationalise. Pour cette raison, la galerie a présenté une liste séduisante d’artistes aux réputations mondiales pour satisfaire l’appétit grandissant des collectionneurs asiatiques ».

Comme une explosion occidentale, les visiteurs peuvent admirer les œuvres d’Antony Gomley et Giovanni Ozzola de la Galleria Continua de Pékin, ainsi que les travaux de Tim Eitel et Carsten Nicolai de la Galerie EIGEN + ART.

En termes de performances de marché, la foire a enregistré de fortes ventes. En particulier pour les galeries taïwanaises, les résultats des ventes étaient généralement encourageant. Plusieurs galeries, comme la Cave Gallery, Admira Gallery et Yiris Arts, ont quasiment atteint 80 % en volume de ventes. « Depuis que nous allons à Art Taipei, nous sommes toujours satisfaits des résultats des ventes. Pendant la foire, nous avons également organisé des expositions en parallèle dans notre galerie, de manière à ce que des artistes établis et des jeunes artistes puissent être exposés ensemble », a déclaré la Lin&Lin Gallery. « Le marché de l’art de Taïwan est relativement plus mature que d’autres endroits en Asie. Dans tous les cas, la foire reste une place potentielle pour l’accueil de nouvelles formes d’art. Et nous sommes heureux de jouer ce rôle dans l’introduction d’arts d’avant-garde et de mouvements artistiques internationaux ».

Malgré le nombre d’artistes établis qui assurent les performances du marché, Art Taipei ne se définit pas elle-même comme une foire qui a réussi seulement par son standing. Au lieu de cela, elle fait un effort particulier pour créer un dialogue entre les artistes émergents et les artistes établis.  La section « Made in Taiwan. New Taiwanese Artists » présentait une liste de travaux énergiques, comme le projet « Reborn Tree » qui explorait le lien entre des matériaux biologiques et non-biologiques avec Chuang Chih-Wei. Précisons que cet événement annuel est une fenêtre colorée sur le monde des jeunes artistes de Taïwan, bénéficiant d’un soutien important de l’institution culturelle publique. Le Musée national des beaux-arts de Taïwan fait en effet chaque année l’acquisition d’œuvres dans cette section, afin d’encourager l’art contemporain taïwanais.

La foire a par ailleurs fait des efforts pour diversifier la présentation de l’art au public. Dans le hall d’exposition, on notait plusieurs œuvres, comme des sculptures de Patricia Piccinini et de Gianfranco Meggiato. Le thème de la technologie faisait aussi partie du projet curatorial de la foire :  les œuvres introduisaient des formes et des langages artistiques innovants, avec des produits technologiques permettant aux visiteurs une expérience artistique immersive. Le designer de mode Timm Wu a ainsi utilisé la vidéo et différents design-produits, usant de logiciels pour revisiter la technologie, en lien avec la mode et la pensée humaniste.

Au final, Art Taipei offre bien plus qu’une plateforme artistique et constitue une vraie source d’inspiration pour les arts. Cette foire est un avant-poste pionnier des tendances de l’industrie et peut se révéler une opportunité précieuse pour le monde, afin de découvrir de manière unique l’art contemporain local. Elle se développe à l’image des foires de niveau international, tout en gardant son ADN « art d’Asie ». Voilà une bonne nouvelle.

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