Art [ ] Collector, un bout de chemin avec les artistes

 Paris  |  22 novembre 2016  |  AMA  |  Tweet  |  LinkedIn

Depuis 2011, les époux Deret mènent un projet philanthropique destiné à soutenir la jeune création artistique : Art [ ] Collector. Ils célèbrent leur anniversaire avec une exposition rétrospective, jusqu’au 3 décembre à Paris.

Chez les Deret, on fait collection à part. Évelyne aime les œuvres fortes ou narratives, dont certaines représentent la féminité, souvent expressionnistes, tendant parfois vers l’art brut. Jacques préfère les pièces plus architecturales, et les œuvres abstraites et colorées.

C’est en faisant fi de leurs divergences de goût qu’ils ont lancé Art [ ] Collector en 2011, un projet de philanthropie privée. « Dès le départ, l’idée était de soutenir les jeunes artistes français et de diffuser leur travail, sans montrer spécifiquement notre collection », explique Jacques Deret. « Nous avons ancré le projet dans une idée de partage pour mutualiser les réseaux », précise Évelyne.

Art [ ] Collector se structure autour d’un prix. Non doté financièrement, il offre au lauréat une exposition personnelle et l’édition d’une petite monographie. Le prix est décerné après concertation d’un comité de sélection composé de collectionneurs et de professionnels du monde de l’art. À ce jour, on compte dix lauréats : Iris Levasseur, Jérémy Liron et Christine Barbe en 2012 ; Clément Bagot et Karine Rougier en 2013 ; Claire Chesnier et Eva Nielsen en 2014 ; Abdelkader Benchamma et Olivier Masmonteil en 2015 ; et Massinissa Selmani en 2016. Le prochain sur la liste est déjà connu, puisqu’il s’agit du photographe Charles Fréger.

Cinq ans déjà…

C’est dans leur espace fétiche, le « Studio » du Patio Opéra, à Paris, que les Deret dévoilent jusqu’au 3 décembre la rétrospective « 5 X 2 », avec une trentaine d’œuvres des dix artistes primés.

Philippe Piguet, qui a souvent siégé au comité de sélection, en a assuré le commissariat. « C’est une exposition de groupe, sans thème, concède-t-il. Il a fallu jongler avec cela ». Son exposition dévoile avec clarté le travail de chaque artiste. « Mon souci était de ne pas jouer la carte des mélanges, mais d’opérer quelques rapprochements, parfois à distance. Visuellement, je souhaitais que l’on puisse avoir les lots de chaque artiste dans l’œil ».

« 5 X 2 » offre ainsi un condensé de chaque artiste, d’autant plus appréciable qu’il alterne entre les œuvres anciennes et des séries plus récentes. Pour Olivier Masmonteil, une œuvre de sa nouvelle série Portraits de dos est exposée aux côtés d’une toile plus ancienne, aux airs hopperiens. La série sera d’ailleurs exposée dans le nouvel espace de la galerie Dukan, au marché aux puces de Saint-Ouen, les 10 et 11 décembre prochains.

Pour l’anniversaire d’Art [ ] Collector, les Deret ont également édité, en collaboration avec l’atelier de Michael Woolworth, un portfolio de dix estampes créées et rehaussées par les dix lauréats : 35 tirages en tout, dix pour les artistes et 25 à la vente — 300 € pièce et 2.500 € pour le portfolio, un prix qui sera revu à la hausse après l’exposition, soit 450 € l’estampe et 3.800 € le portfolio.

« Avoir la production d’une œuvre financée dans un atelier comme celui de Michel Woolworth est une chance », se réjouit l’artiste Eva Nielsen. « On a pu choisir la technique que l’on voulait. Me concernant, ça a été la photogravure. Michael nous a permis de jouer avec le médium, de maltraiter la technique ». L’exposition dévoile également un de ces portfolios, d’une belle tenue.

Un modèle trouvé à l’étranger

« Ce sont mes voyages à l’étranger qui m’ont montré comment les collectionneurs anglo-saxons ou dans le nord de l’Europe s’engagent pour soutenir le travail des artistes, sans que cela ne pose problème ni aux institutions, ni aux galeries », explique Jacques Deret. « C’est un élan collectif, les collectionneurs sont les maillons d’une chaîne qui promeut, valorise et soutient la production ». En France, ce genre d’initiatives, si elles restent confidentielles, offrent aussi une alternative à l’omniprésente ADIAF — l’Association pour la Diffusion Internationale de l’Art Français —, dont les Deret ne font d’ailleurs pas partie.

« On ne cherche pas une validation institutionnelle ou critique. Les artistes primés sont les choix de collectionneurs », clame Évelyne Deret. Et d’aucuns diraient qu’ils ont « le nez creux ». Massinissa Selmani, lauréat cette année, a été sélectionné par Okwui Enwezor pour participer à la Biennale de Venise, puis par Ralph Rugoff pour la Biennale de Lyon. Tout récemment, il a été nommé dans la shortlist du prix SAM pour l’art contemporain. « Les Deret m’ont ouvert des portes », concède-t-il. Abdelkader Benchamma, lauréat en 2015, a lui reçu le prix Drawing Now la même année et multiplie depuis les expositions monographiques, notamment au FRAC Auvergne et au Drawing Center de New York.

Les balbutiements de l’international

« Il faut soutenir les artistes français en France, mais ce n’est pas suffisant », annonce Jacques Deret. C’est pour cela que les collectionneurs étendent l’initiative Art [ ] Collector à la Belgique. Les Deret présenteront à La Patinoire Royale de Bruxelles, à l’automne 2017, l’exposition « 5 X 2 + 1 », puisqu’un artiste belge sera ajouté à la sélection, en la personne de Mehdi Georges Lahlou — aussi choisi par un comité de sélection.

« Le hasard fait que je le collectionne ! » s’émerveille Évelyne Deret. « Oui, enfin, tu n’en as qu’un ! » rétorque son mari, sur le ton de la chamaillerie feinte. C’est finalement ça, Art [ ] Collector : un projet bon enfant, sans arrière-pensée. « Finalement, ce que nous sommes, c’est une oreille attentive et bienveillante », explique Évelyne Deret. En ancienne coach, elle sait de quoi il retourne. « Avec les jeunes artistes, je m’aperçois que le suivi est important. Nous les écoutons et avec nous ils peuvent parler librement ». Et puis, « nous voulons faire un bout de chemin avec eux », conclut Jacques Deret, fier de présenter un dispositif dans lequel les artistes sont encore au centre des préoccupations. Il a raison, ce n’est pas toujours le cas.

 

Mémo

Art [ ] Collector, rétrospective « 5 X 2 ». Jusqu’au 3 décembre. « Studio » du Patio Opéra, 5 rue Meyerbeer, Paris IXe. www.lepatio-opera.com. L’exposition sera ensuite montrée à la Patinoire Royale à Bruxelles, à l’automne 2017.

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