De retour de Frieze

 Londres  |  14 octobre 2016  |  AMA  |  Tweet  |  LinkedIn

À l’image des expositions qui étaient organisées dans la ville de Londres – une foire attirant des collectionneurs internationaux -, Frieze a affiché une édition 2016 contrastée, bien que positive pour l’ensemble des ventes. Morceaux choisis.

Ainsi, chez Acquavella, les œuvres des artistes Franz Kline et Brice Marden ont trouvé des acquéreurs pour des prix demandés respectivement à 9,5 et 5 M$. Hauser & Wirth, qui avait imaginé l’atelier fictif d’un artiste imaginaire, a séduit avec plusieurs pièces dépassant le million de dollars et signées Louise Bourgeois, Cy Twombly, Alexander Calder, Francis Picabia… La Pace Gallery se félicite d’avoir concrétisé de nombreuses ventes, notamment dans le cadre de Frieze Masters, alors que jusqu’à présent le public s’y révélait plus curieux qu’acheteur. Ainsi, le jour de l’ouverture de la foire, plus d’une demi-douzaine de pastels de Lucas Samaras, entre 20.000 et 30.000 $, se sont envolés, tandis que sur Frieze, Leo Villareal a illuminé le public par son travail à la lumière LED pour 100.000 $, et vendu des travaux de Prabhavathi Meppayil et Kohei Nawa, entre 230.000 et 380.000 $ pour ce dernier. La galerie, à l’instar de ses confrères, ne semble pas avoir souffert du Brexit. « Il s’agirait même d’un effet plutôt positif pour les non-Britanniques, comme nous avons pu l’observer avec les Américains et les Asiatiques surtout. D’ailleurs, lors de Frieze et de Frieze Masters, nous rencontrons évidemment nos collectionneurs habituels, que nous informons généralement avant le début de la foire, mais cette année, nous en avons découvert une multitude de nouveaux ! » La galerie Thaddaeus Ropac, qui prépare l’ouverture d’un impressionnant espace à Londres pour le printemps prochain, a également fait la connaissance d’amateurs Chinois, Indiens et Russes ne venant jamais à Paris, même pour les foires, ou à Pantin, comme en témoigne le directeur Xaver von Mentzingen. Pour cette édition, les collectionneurs se sont tournés vers les valeurs sûres et ont acquis des Robert Rauschenberg, Georg Baselitz, Tony Cragg, Sigmar Polke et Robert Longo. La foire a encore permis de finaliser les ventes de travaux de James Rosenquist, proposés entre 85.000 et 800.000 $, les grands amateurs étant parfois en concurrence avec les institutions britanniques, très présentes. C’est encore ce que constate la Malborought Fine Art, qui a vendu, durant la journée professionnelle, pour plus d’un million de livres, des toiles de Paula Rego, avec parmi ses clients la National Gallery de Londres. Les institutions étaient également à l’écoute des plus jeunes galeries et artistes émergents. Ainsi, chez Clearing, qui dédiait son stand à un solo show de la plasticienne Marguerite Humeau, née en 1986, la Tate Modern s’est faite acquéreuse de l’une des quatre sculptures vendues entre 45.000 et 65.000 $. L’un des directeurs, Harry Scrymgeour, se réjouit d’une bonne énergie positive et du soutien de collectionneurs internationaux.

Mais si chacun a remarqué la qualité du public, toutes les enseignes ne s’en sont pas aussi bien tirées, malgré parfois de beaux efforts. Ainsi les trois galeries Marianne Boesky, Dominique Levy et Sprueth Magers s’étaient associées pour honorer Frank Stella, notamment avec des tableaux de 1958, qui n’ont pourtant pas séduit le public malgré leur qualité historique. Quand d’autres grosses galeries murmurent en off que la foire n’a pas bien fonctionné, mais ne peuvent le clamer haut et fort dans un marché qui se base beaucoup sur la confiance envers ceux capables de soutenir les cotes de leurs artistes. Puis, si l’effet Brexit n’a pas été pénalisant, d’autres facteurs ont freiné les acheteurs, comme le remarque Fabio Pink, de la Peter Kilchmann Gallery. « Nous avons conclu des ventes pour plus de 300.000 £ et rencontré de nouveaux collectionneurs, mais les récents problèmes de la Deutsche Bank, qui est l’un des principaux sponsors de la foire, ajoutés à une livre basse, ont fait que l’atmosphère était plus ralentie que les années précédentes ». En effet, la semaine précédant la foire, la livre avait été dévaluée, provoquant comme le rappelle François Ghebaly, dont la galerie est installée à Los Angeles, « des œuvres 20 % plus cher pour l’acheteur en livres, en l’espace d’un week-end… » Son stand dédié a Channa Horwith a recueilli beaucoup d’attention, peut-être en lien avec son entrée dans les collections du MoMA ou sa récente exposition chez Raven Row, espace très respecté de Londres. « Cependant, poursuit-il, nous nous attendions à davantage de ventes, mais n’avons travaillé qu’avec des Américains qui attendaient des nouvelles pièces ». On pouvait saluer la qualité de son accrochage, comme les ont soignés ses voisins ou les exposants situés dans la zone Focus, dévolue aux plus jeunes enseignes, à l’inverse de certains marchands de la section principale, rappelant au visiteur à quel point il est… dans une « foire ». On arguera également que certaines galeries participant à tant d’événements – les œuvres sont réservées pour Bâle, Miami, Hong Kong, toutes sous la houlette d’Art Basel, puis peut-être pour Paris, à l’occasion de la FIAC -, ne peuvent sans doute pas proposer partout que des chefs-d’œuvre… Finalement, l’une des expériences les plus fascinantes était donnée à vivre par la galerie Seventeen, avec un stand dévolu à la réalité virtuelle, conçu par Jon Rafman, qui offrait le spectacle de visiteurs dotés de casques, bougeant la tête pour suivre des formes visibles par eux seuls.

Dans le reste de la ville de Londres, de très nombreux marchands s’étaient donnés le mot pour présenter de la peinture réputée plus facile à vendre. Des espaces très prestigieux de Mayfair, notamment avec David Korty chez Sadie Coles ou Celia Paul chez Victoria Miro, dans l’émergent East London, jusqu’à la nouvelle coqueluche, Allison Katz, ayant eu les honneurs de la couverture du magazine Frieze, chez The Approach. On pourrait aussi citer Jutta Koether, la plus intéressante, chez Campoli Presti, ou encore Maureen Gallace, chez Maureen Paley. On frôle l’indigestion… Fort heureusement, d’autres pépites offraient au regard de vraies (re)découvertes. Ainsi, à l’ICA, l’impressionnant show de James Richards répondait à l’exposition « The Infinite Mix », montrant des vidéos dans un espace désaffecté qui en permettait une présentation parfaite dans chaque salle. Sans parler de l’exposition consacrée à l’expressionisme abstrait, à la Royal Academy of Arts, ou celle en hommage au Caravage à la National Gallery. Ainsi, il est toujours rigoureusement nécessaire d’aller à Londres pendant Frieze, en premier lieu pour arpenter les autres manifestations de la ville.

Frieze et Frieze Masters, du 6 au 9 octobre, Regent’s Park, Londres.

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