Combien rapporte le commerce illégal d’oeuvres d’art à l’État islamique ?

 Chicago  |  12 juillet 2016  |  AMA  |  Tweet  |  LinkedIn

Une équipe de chercheurs de l’Université de Chicago, réunie sous l’appellation Mantis (Modeling the Antiquities Trade in Iraq and Syria) vient de présenter une estimation des revenus du marché sous terrain d’oeuvres d’art dont l’État islamique tire une partie de ses recettes. Verdict ? Ces recettes sont estimées entre 4 et 7 M$.

La région du Croissant fertile a accueilli les premières sociétés complexes de l’humanité et regorge de trésors anciens qui suscitent l’intérêt des anthropologues, des archéologues et des collectionneurs. Un intérêt dont profite l’État islamique qui organise des fouilles archéologiques dans ses territoires afin de vendre des artefacts antiques et profiter d’une manne financière importante. Comme tous les marchés souterrains, il est impossible de quantifier précisément l’ampleur du phénomène, et les transactions sont toujours dissimulées. D’autre part, il est difficile de savoir si une pièce a été pillée, volée ou mise sur le marché illégalement. Ce projet interdisciplinaire mené par l’Université de Chicago montre que l’État islamique a développé tout un système pour la vente d’artefacts antiques. Il organise des fouilles archéologiques dont les trouvailles sont évaluées par ses propres experts puis mises sur le marché, via la Turquie essentiellement, moyennant une taxe de 20 %. Les chercheurs de Mantis analysent l’ensemble de la chaîne et non pas seulement le commerce proprement dit, permettant une estimation plus précise de la réalité du phénomène. Ainsi, le commerce illégal dans la région réunit trois acteurs : les pilleurs, l’État islamique et les marchands. La plupart des pièces volées ou pillées seraient destinées aux maisons de ventes qui garantissent une plus grande opacité dans la provenance de certaines pièces.

Une situation qui alimente les fantasmes, aussi bien concernant l’État islamique et sa puissance que le marché de l’art dont la réalité est dissimulée derrière les ventes astronomiques relayées par les médias. Le marché des antiquités est emprunt de mysticisme ; riche de trésors dont on ne sait rien ou si peu et qui, muets, nous forcent au bavardage. Le marché est une fiction, et cette fiction ne facilite pas l’entreprise de rationalisation d’un phénomène en proie aux chimères. Dans le flou, l’imagination prend le relais, et c’est aussi ce sur quoi jouent les gouvernements pour attirer l’attention et justifier certaines actions. L’enjeu de cette étude est d’approcher une meilleure compréhension de ce commerce afin de pouvoir réfléchir à des solutions adéquates et pérennes.

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