Les Panama Papers ne passent pas inaperçu dans le monde de l’art

 Global  |  24 avril 2016  |  AMA  |  Tweet  |  LinkedIn

Si les Panama Papers ont secoué la communauté internationale en révélant de multiples réseaux d’évasion fiscale et de blanchiment d’argent, le monde de l’art ne sort pas indemne de cette histoire. Une affaire révélée au public grâce aux efforts de l’International Consortium of Investigative Journalists (ICIJ) qui a décortiqué, analysé, vérifié plus de 11 millions de fichiers issus du cabinet juridique panaméen Mossack Fonseca.

Parmi les différentes stratégies révélées par les Panama Papers l’une d’entre elles consiste à différencier le vendeur et le propriétaire d’une oeuvre. Lorsque Christie’s a adjugé en 1997 la collection Victor et Sally Ganz pour 206.4 M$ (une vente exceptionnelle à l’époque), le vendeur n’était pas un héritier de la famille Ganz mais Joe Lewis, homme d’affaires britannique qui était aussi l’un des plus gros actionnaires de la célèbre maison de ventes. La collection a par la suite été rachetée par le même Joe Lewis grâce à une filiale de Christie’s, Spink & Son, pour un prix bien inférieur. Sur les 118 œuvres de la collection Ganz, une centaine a été rachetée pour 168 M$ par la Simsbury International Corporation, une société offshore basée sur l’île Niue, et dont le propriétaire n’est autre que Joe Lewis. Christie’s n’a pas souhaité commenter la responsabilité de Joe Lewis dans cette affaire tout en tenant à rappeler que les arrangements préalables à une vente aux enchères sont des pratiques courantes et légales. En mai 2015, l’une des œuvres de la collection, Les Femmes d’Alger (Version « O ») de Pablo Picasso a été vendue chez Christie’s pour 179.4 M$.

Un autre procédé de dissimulation consiste à placer une collection sous un autre nom. C’est ce qu’a fait le collectionneur russe Dmitry Rybolovlev, plaçant sa collection dans une holding baptisée Xitrans Finance LTD, une société créée par Mossack Fonseca, installée dans les Iles Vierges britanniques depuis 2002. Une manœuvre destinée à ce que la collection ne soit pas comptabilisée dans le patrimoine de l’homme d’affaires en vue de ses démêlés avec son ex-épouse Elena. Dmitry Rybolovlev a investi près de 2 milliards de dollars dans sa collection qui comprend des œuvres de Léonard De Vinci, Picasso, Modigliani, Van Gogh, Monet, Degas ou Rothko, dont certaines ont été acquises par l’intermédiaire d’Yves Bouvier avec lequel il est actuellement en procès.

Une autre affaire révélée par les Panama Papers concerne une œuvre de Modigliani, L’Homme assis appuyé sur une canne (1918) achetée en 1996 par une société panaméenne, l’International Art Center. Une œuvre qui aurait été spoliée par les Nazis alors qu’elle appartenait à Oscar Stettiner, un collectionneur et marchand juif. Son petit fils, Philippe Maestracci, vivant en France, réclame à ce que l’oeuvre, estimée à 25 M$, lui soit restituée. L’oeuvre est actuellement en vente chez David Nahmad qui a d’abord affirmé ne pas être propriétaire de l’oeuvre, celle-ci appartenant à ladite société. Or, ce que montrent les fichiers de Mossack Fonseca, c’est que la société est contrôlée par la famille Nahmad depuis 20 ans et que David Nahmad en est l’unique propriétaire depuis 2014.

Le fondateur de China Guardian, l’une des quatre plus grandes maisons de ventes au monde, l’homme d’affaires Chen Dongsheng se trouve aussi être le propriétaire de la société Keen Best International Limited, créée par Mossack Fonseca en 2011 et située dans les Iles Vierges britanniques. On ne connaît toujours pas à ce jour les activités de cette société.

Enfin, les Panama Papers ont révélé l’existence d’une collection que l’on croyait perdue. Il s’agit de la collection réunie par l’armateur grec Basil Goulandris et son épouse Elise. Lorsque la collection est passée dans une vente aux enchères, la provenance a été dissimulée sous le nom d’une autre compagnie offshore baptisée Wilton Trading S.A. La collection comprend 80 œuvres signées Cézanne, Chagall, Giacometti, Kandinsky, Monet, Matisse, Picasso, Pollock, Renoir. Une collection vendue pour un prix dérisoire (31.7 M$) selon Bernstein. Une enquête a été ouverte par des procureurs suisses afin de déterminer la propriété de cette collection.

Au-delà des acteurs qui ont été épinglés dans cette affaire, les Panama Papers ont mis à jour différents systèmes au moyen desquels il est possible de faire d’une œuvre d’art une simple marchandise. Si ces quelques affaires devaient faire beaucoup de bruit, cela ne doit pas trop focaliser l’attention sur quelques acteurs qui ne sont que les rouages d’un vaste système dont on peut soupçonner qu’il continuera de fonctionner, bien qu’ébranlé, et dont nous ne pouvons véritablement mesurer l’ampleur.

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