L’Ermitage, une année de nouveaux défis

 Garches  |  25 janvier 2016  |  AMA  |  Tweet  |  LinkedIn

Le 15 septembre 2015, le Fonds culturel de l’Ermitage célébrait, avec succès, son premier anniversaire à Beyrouth. Loin des Vallons, son écrin garchois, le premier Prix de l’Ermitage a été remis à Claude Mollard, artiste emblématique de l’institution. Mais, depuis ses débuts, la fondation a connu bien des évolutions sous l’impulsion de sa présidente, Martine Boulart. Parmi celles-ci, la création d’un jury dédié au prix de l’Ermitage et des partenariats noués avec des acteurs culturels de poids tels que la Maison Européenne de la Photographie (MEP) ou encore Art Paris Art Fair. La foire parisienne accueillera, du 31 mars au 3 avril 2016, les travaux des artistes Frans Krajcberg, Claude Mollard, Kimiko Yoshida et Fred Kleinberg, également visibles à l’Espace Krajcberb. L’année s’ouvre donc sur de nouveaux défis, et voit l’ADN de la fondation se préciser et s’affirmer, sous la houlette d’une femme de conviction, qui veut laisser sa trace personnelle dans l’art de son époque. L’occasion pour Art Media Agency de faire le point.

Une verte conscience du monde
« Je tiens à ce que ce lieu soit vivant pour toutes les formes d’art et de débats » rappelle Martine Boulart. Le ton est donné. Dans la droite lignée des salons littéraires, le Fonds culturel de l’Ermitage ne faillit pas à sa tradition d’accueil d’intellectuels de tous horizons. Et c’est l’avocat Jean-Luc Mathon qui ouvre le cycle de conférences, fin janvier, suivi de Gilles Bastiani, auteur de monographies d’artistes et qui vient présenter un artiste récemment entré au musée de l’Ermitage, à Saint-Pétersbourg.

Ce cercle de réflexion, cher à la fondation, repose sur une ligne directrice : l’art anthropocène. Cet art prend la nature pour source d’inspiration et s’engage à en protéger la beauté, en dénonçant les dérives de l’industrialisation. C’est donc tout naturellement qu’en novembre dernier, l’Ermitage s’est mis à l’heure de la COP21, de concert avec l’Espace Krajcberg. Cet engagement augure une année ouverte sur les problématiques environnementales, dont Frans Krajcberg, artiste mentor de l’Ermitage, se fait le héraut. Après son « Cri pour la planète », le projet 2016 pour la fondation est le « Baiser pour la planète ». Cette orientation vers la nature se retrouvera également dans les travaux de Fred Kleinberg, inspirés de la germination (mars), et ceux de Zad Moultaka, impliquant des citrons (septembre). En octobre prochain, la voix de Frans Krajcberg se fera, d’ailleurs, entendre à la Biennale de São Paulo. Il représentera le Brésil — pays dont il est ressortissant depuis 1956 — et en profitera pour faire la lumière sur les préceptes de son ouvrage Naturalisme intégral, co-écrit avec Claude Mollard.

Un soutien à la création renforcé
Artiste fondateur de l’Ermitage, Claude Mollard est le récipiendaire du premier Prix de l’Ermitage. Depuis, la fondation s’est dotée d’un jury dédié et composé de Jean-Hubert Martin (commissaire d’exposition et ancien directeur du Centre Pompidou), Laurent Lebon (président du musée Picasso), Joëlle Pijaudier-Cabot (directrice des musées de Strasbourg), Björn Dahlström (conservateur du musée berbère du jardin Majorelle de Marrakech), Jean-Luc Monterosso (directeur de la MEP), Hervé Griffon (directeur du FRAC Pays-de-Loire), des journalistes Patricia Boyer de Latour et Christophe Rioux, et de la collectionneuse Denyse Durand-Ruel.

Une règle cependant : on ne vote pas pour son artiste ! Résultat : le 20 octobre dernier, la fondation a remis le Prix de l’Ermitage 2015 à l’artiste japonaise Kimiko Yoshida, pour son œuvre Mariées célibataires. Autoportraits, à la Maison Européenne de la Photographie, à Paris. Pour le Prix 2016, le jury va se réunir le 8 février 2016 pour proposer des candidatures, la sélection se fera en juin et l’annonce aura lieu en octobre prochain à la MEP. Tous les médiums sont les bienvenus, de la peinture (petite préférence de Martine Boulart), à la photographie, en passant par le dessin et la vidéo. Deux bonnes nouvelles viennent, d’ailleurs, égayer les passionnés des Vallons… La DRAC vient d’accepter la donation 2015 de la Fondation de l’Ermitage, et Olivier Masmonteil, l’artiste invité en mars 2015, est accroché en bonne place au musée de Strasbourg depuis le 15 janvier 2016. Les jeunes fondations privées doivent compter avec les lourdeurs administratives !

Une maison métamorphosée en œuvre
La création étant au cœur des préoccupations de la fondation, cette dernière y succombe pleinement et se métamorphose en œuvre éphémère… En septembre 2016, le plasticien et musicien libanais Zad Moultaka investira les Vallons de la cave au grenier. Son travail sur les images et les sons, fruit d’un partenariat de la fondation avec l’Ircam et l’IMA, transformera la maison en une véritable œuvre d’art éphémère. L’idée est née lors d’un séminaire dans un centre de réflexion bouddhiste. L’artiste y a été intrigué par les chœurs de moines qu’il a assimilé à un ronronnement de moteur… Il a ensuite tenté de reproduire le son des chants, en enregistrant un moteur de Ferrari, puis en étirant artificiellement les sons.

Au gré des étages, les sons passeront du plus grave au plus aigu, du matériel à l’éthéré, évoluant en parallèle d’un travail photographique reposant sur le même principe d’étirement, et figurant des citrons. La piscine, quant à elle, sera transformée en installation recouverte de papier chiffonné et abritant tout un univers particulier. À travers ce dispositif, l’artiste tente de voir l’effet du temps (et de la pluie) sur son papier. Ce projet initié aux Vallons prendra toute son ampleur à la Biennale de Venise 2017…

Un ADN qui se précise
Parler du Fonds culturel de l’Ermitage sans évoquer les premières amours de sa fondatrice n’aurait pas de sens. Sa passion pour le développement personnel et la psychologie est, de fait, incarnée par les artistes mentors de la fondation. « Je cherche des artistes qui transforment la violence en beauté comme Jeanclos ou Frans Krajcberg. Ce sont des hommes qui ont fait un travail sur eux, ils n’entraînent pas les autres hommes dans la violence ou dans la folie. » Transformer la violence à l’intérieur de soi en beauté, en amour de la planète et de la nature humaine, voilà ce que défend la fondation.

« Dans son ouvrage, Illettré, Cécile Ladjali raconte l’histoire d’un garçon qui n’a pas les mots pour dire sa pensée, elle le décrit comme un mort en sursis car il n’a pas les mots pour transformer la violence qui est en lui, par un écran de conscience et de réflexion. En peinture et en musique, c’est la même chose. Il faut un travail de mise à distance de la violence pulsionnelle pour en faire quelque chose de beau, et qui procure une vraie jouissance et une vraie pulsion de vie. Car, la vie est la jouissance, ce n’est pas une pulsion de mort. La création est une pulsion de vie. » Cette conception de l’art-pulsion de vie, s’inscrit aujourd’hui avec plus de force dans l’ADN de la fondation, aux côtés de l’art anthropocène. « Pour moi, l’art est du domaine sensoriel. Marcel Duchamp, qui a joué un rôle majeur dans l’art contemporain, était un anti-naturaliste à la recherche d’une forme invisible, alors que les artistes de la fondation sont des naturalistes car l’art anthropocène part de la nature. En un sens, nous nous inscrivons dans une optique post-Duchamp. »

Une source de reconnaissance
À l’Ermitage, les débats sont animés, surtout quand il s’agit de désigner le lauréat du Prix de la fondation. Pour les expositions, en revanche, ce sont les convictions de la présidente qui prennent le pas. À travers les générations de sensibilité artistique qui l’habitent et qu’elle a raconté dans son livre-manifeste Artistes & Mécènes ; Regards croisés sur l’Art contemporain, elle a développé une esthétique qui lui est propre et que le visiteur peut retrouver aux Vallons. Voilà une compensation immatérielle pour un investissement personnel qui ne se dément pas.

En effet, son inspiration, Martine Boulart la puise, outre chez Gérard Garouste ou Ernest Pignon-Ernest en art contemporain, dans la Renaissance italienne ou flamande, dans l’école de Paris, et surtout « Chagall dont la peinture est pleine de tendresse poétique. Mais aussi, Brancusi dont la simplification des formes approche la beauté absolue ou encore Modigliani qui a une sensibilité extraordinaire et fait des visages d’une pureté fantastique. » Sa connaissance de l’art alliée à ses talents de psychologue, elle les met à profit auprès des artistes, à travers un questionnement qui participe de la compréhension de l’œuvre. Gilbert Érouart, le dernier artiste exposé aux Vallons, lui a même confié que leurs longs entretiens l’ont « aidé à comprendre ce que je faisais » et lui « ont permis de clarifier mon travail de peintre ». Ce qui ravit la coach : « J’ai besoin d’être utile. En tant que psychologue, en tant que coach, j’ai toujours aidé les autres à clarifier leur positionnement dans l’entreprise, dans leur vie, dans leur projet personnel, et je souhaite continuer à le faire avec les artistes. »

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