FIAC 2014 : un bilan très positif pour une scène parisienne redynamisée

 Paris   |  27 octobre 2014  |  AMA  |  Tweet  |  LinkedIn

Tandis que la qualité des œuvres proposées fut unanimement soulignée,  que la fréquentation a augmenté d’1,4 % par rapport à l’édition 2013 — 74.567 visiteurs en cinq jours au Grand Palais —, et que les collectionneurs furent au rendez-vous, l’édition 2014 de la FIAC est considérée par tous comme un succès. Côté innovations, l’inauguration de l’(OFF)icielle, véritable prolongement de la FIAC sur les docks parisiens, aura pour une première globalement satisfait les participants et visiteurs.

Guillaume Piens, commissaire général d’Art Paris Art Fair (organisée du 26 au 29 mars prochain au Grand Palais), réagit avec enthousiasme au succès de cette « semaine de l’art » : « De mémoire de professionnel, je n’ai jamais vu une telle avalanche d’événements pendant cette semaine de l’art contemporain à Paris. Le succès de la FIAC et l’exceptionnelle actualité artistique de Paris en automne ont contribué à consolider l’image de Paris comme capitale artistique de premier plan. »

Alliant à cette fréquentation record un succès critique, grâce à la grande qualité des œuvres présentées, la FIAC se présente comme « la deuxième foire mondiale », selon François Pinault. L’homme d’affaire et collectionneur français aurait raflé une quarantaine d’œuvres mercredi matin, dont une œuvre importante de Robert Gobert vendue par la galerie new-yorkaise Matthew Marks, ou encore la plus grande œuvre sur papier plié de Michel Parmentier, vendue par la galerie parisienne Loevenbruck, cette dernière annonçant d’ailleurs avoir vendu les œuvres de tous ses artistes à de très belles collections européennes. Un ensemble d’œuvres du jeune artiste français Moussa Sarr, proposées par la galerie parisienne Martine et Thibault de la Châtre a également séduit le collectionneur. On murmure encore que Pinault aurait acquis la remarquable sculpture en verre fondu de l’artiste américaine Roni Horn, Untitled (« The immense accretion of flesh which had descended on her in the middle of life like a flood of lava on a doomed city… »), présentée au sein du solo show organisé par la galerie Hauser & Wirth (Zürich, Londres, New York), et annoncée à 3,5 M$. Le financier Édouard Carmignac, quant à lui, a acquis deux tableaux de Bernard Frize chez Emmanuel Perrotin (Paris, New York, Hong Kong). Pour cette édition, la galerie Perrotin avait en effet choisi de mettre la scène française à l’honneur en réservant l’intégralité de son stand à des artistes français, avec lesquels la galerie collabore étroitement ; les pièces d’Othoniel  et Xavier Veilhan y figuraient en bonne place.

Parmi les autres ventes importantes, une toile de Gerhard RichterUntitled (S78.1), a été vendue 2.200.000 € par la galerie Van de Weghe (New York), plusieurs œuvres d’Anish Kapoor ont été cédées par la Lisson Gallery (Londres, Milan, New York, Singapour) dont l’une, une pièce circulaire, Untitled, a été acquise pour 1.100.000 €. The new planet, sculpture et installation de l’artiste danois Olafur Eliasson a également été très remarquée dans le stand de la galerie berlinoise Neugerriemschneider. Composée d’une multitude de facettes en plexiglas et en miroirs, The new planet « offre une expérience visuelle et sensorielle » explique l’artiste qui a l’habitude de mêler dans ses œuvres les notions d’espace, de temporalité et de design. L’œuvre a été vendue pour 375.000 €. La galerie Simon Lee (Londres, Hong Kong) a sans doute réalisé une des plus importantes ventes avec une œuvre de Christopher Wool, Untitled, vendue entre 2.300.000 et 2.800.000€.

Le galeriste Michel Rein souligne quant à lui la diversité des collectionneurs, « français mais aussi
chinois, suisses, turcs, italiens et anglais ». La galerie a trouvé preneur pour l’ensemble des artistes qu’elle présentait sur son stand – Armand JALUT, Orlan, Didier Marcel, Didier Faustino, Stefan Nikolaev, Christian Hidaka, Enrique Ramirez, Allan Sekula, Maria Theresa Alves et Michael Riedel.  Le galeriste qui avait fait le choix de mettre en avant les artistes français, se félicite de cette très bonne semaine, « c’est très encourageant,  le plafond de verre de la difficulté de vendre des artistes français  est en cours d’effondrement. »

Alors que la sélection était ailleurs plus que jamais internationale, non seulement sur la FIAC mais dans l’ensemble des manifestations, les galeristes étrangers expliquent leur présence et leur engouement pour la FIAC par la présence et le travail formidable de Jennifer Flay à la tête de la foire. La Néo-Zélandaise affiche avec enthousiasme son envie d’« élargir » la FIAC. Un représentant de la galerie Franco Noero évoque en parlant de la FIAC « un lieu de prestige, mis en valeur par son cadre particulier : le Grand Palais et son dôme de verre qui remplissent à merveille le rôle d’écrin pour les œuvres exposées ». Chez Massimo de Carlo, galerie fondée à Milan et présente à Londres, « il est très important d’être présent à la FIAC car de nombreux collectionneurs, en particulier des collectionneurs américains, ont pour stratégie d’alterner une année sur l’autre entre la Frieze Week de Londres et la FIAC. Il s’agit donc d’être présent à ces deux rendez-vous afin d’avoir le maximum de visibilité auprès de l’ensemble des collectionneurs ». L’émulation, voire même une certaine forme de compétition, qui existe entre les marchés de l’art parisien et londonien est présente à tous les esprits, si bien que Guillaume Piens considère que le succès remporté lors de la FIAC grâce à la synergie des différents acteurs culturels est une « leçon qui devrait s’appliquer au printemps car Paris mérite une semaine forte pour le marché de l’art fin mars si elle veut pouvoir rivaliser avec Londres notamment ».

Pour ce qui est d’(OFF)icielle, la première édition semble être plutôt réussite. Tandis que l’homogénéité des propositions – avec des stands de qualités qui auraient entièrement leur place au Grand Palais et certaines galeries dont la sélection a été plus discutée – a parfois fait débat, les collectionneurs ont été au rendez-vous à l’occasion du vernissage, avant que les ventes se raréfient.

Parmi les transactions effectuées, la vente d’un ensemble d’œuvres de l’artiste brésilienne Fernanda Gomez par la galerie  Emmanuel Hervé, acquises en moyenne entre 30.000 et 40.000 € par un grand collectionneur français. Attirant14.146 visiteurs, l'(OFF)icielle a réussi son entrée, misant sur son ambiance plus intime, conviviale et sur le prix plus abordable de ses œuvres. C’est aussi à l'(OFF)icielle qu’étaient représentées les galeries spécialisées dans l’art brut. La petite sœur de la FIAC talonne donc d’autres manifestations parisiennes présentes depuis plusieurs années telles que le YIA — Salon d’art contemporain engagé en faveur des scènes émergentes —, ce dernier ayant accueilli 20.000 visiteurs entre le 23 et le 26 octobre au Carreau du Temple.

Plus généralement, le bilan qui peut être dressé à l’issue de la FIAC présage de lendemains souriants pour le marché de l’art français. Les commentaires que livre une consultante rencontrée sur la FIAC, en témoignent bien: «Cela n’a jamais aussi bien marché. Le marché s’est emballé et je note que le prix de beaucoup d’œuvres a gagné un zéro, car l’art est de plus en plus un investissement». Plusieurs organisateurs d’expositions ont pu profiter de l’engouement général autour de la FIAC pour créer leur propre événement dans le cadre du parcours privé invités d’honneur de la FIAC. Dans des lieux prestigieux situés à deux pas du Grand Palais, ces expositions VIP ont accueilli les plus fortunés. C’est dans un tel cadre que le célèbre François Pinault a pu acquérir Arbitrary Embodiment (2013), une œuvre réalisée par l’artiste américain Sean Raspet, pour une valeur de 18.000 €.

Cependant, la FIAC n’attire pas que les galeries ou  les collectionneurs, et l’engouement généré par cette manifestation de grande ampleur a également éveillé l’attention des faussaires, qui se sont invités dans la place parisienne cette semaine. Jean-François Roudillon, directeur de la Galerie LOFT et directeur du catalogue raisonné de l’artiste Francesco Marino di Teana, a ainsi reconnu une œuvre vraisemblablement copiée sur Dawn de Marino di Teana, sur le stand de la Galerie Eva Presenhuber (Zurich). Valentin Carron, l’artiste exposant son travail — un simple moulage de l’œuvre originale — à la FIAC se serait donc approprié le titre, ainsi que la forme et les dimensions de l’œuvre, sans faire aucune référence à l’œuvre originale ou à l’artiste.

L’expansion internationale de la FIAC atteindra bientôt une nouvelle étape avec la première édition de la version californienne, organisée à Los Angeles du 23 au 26/03/2015. La prochaine édition à Paris se déroulera, quant à elle, du 22 au 25/10/2015.

 

 

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