« musée »

Centre Pompidou Malaga, quel bilan après trois ans ?

Fort de son succès, le Centre Pompidou Malaga inauguré en mars 2015 et alors implanté pour cinq ans vient d’être prolongé jusqu’en 2025. Bilan d’étape sur ces trois années d’ouverture et retour sur un projet pilote de décentralisation culturelle. La rumeur courait les rues de la ville andalouse depuis quelques semaines, mais c’est le 20 février dernier qu’elle a été confirmée par Serge Lasvignes, président du Centre Pompidou, et Francisco de la Torre, le maire de Malaga. Cette première implantation du musée parisien à l’étranger a été expérimentale. Après trois ans d’ouverture au public, le bilan du Centre Pompidou Malaga est très satisfaisant, ce qui lui vaut d’être prolongé et d’ouvrir la marche sur de nouveaux projets. Deux antennes verront bientôt le jour à Bruxelles et à Shanghai. Les musées prolifèrent à Malaga… La ville de 570.000 habitants abrite en effet pas moins de 36 musées, dont le Musée Picasso, le Musée Carmen Thyssen et la première antenne du Musée Russe de Saint-Pétersbourg, inaugurée la même semaine que celle du Centre Pompidou. Cette multiplication s’explique en partie par la politique engagée par le maire, qui fait de l’accès à la culture une priorité. Francisco de la Torre espère ainsi dynamiser le tourisme et relancer l’économie à Malaga, ville fortement touchée par la crise. Pour financer l’aménagement du Centre Pompidou, la municipalité a versé plus de 7 millions d’euros et s’est engagée à payer chaque année 1,5 million d’euros à l’institution parisienne, sur un budget de 4 millions, pour l’utilisation de son image et la conception des expositions. La stratégie du musée comme tremplin culturel et économique fait rêver, mais n’est pas toujours adaptée à son territoire. Dans le cas de Malaga, cela semble réaliste. Ville natale de Picasso, dotée d’un riche patrimoine archéologique, à Malaga la tradition artistique est fortement...

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Carine Fol, curatrice inspirée

Directrice artistique de La Centrale, Carine Fol présente « Private Choices », une sélection de onze collections bruxelloises d’art contemporain. Des objets conceptuels, des œuvres à caractère politique ou encore des images sensuelles… Onze aventures intimes, exposées jusqu’au 27 mai. Entretien.   La Centrale, c’est le hot spot belge de la création contemporaine. Un centre d’art propulsé par la Ville de Bruxelles, sis dans une ancienne centrale électrique, place Sainte-Catherine. Aux turbines, Carine Fol, directrice artistique de ce lieu hors-norme, qui depuis 2012 électrise la programmation. Historienne et spécialiste de l’art « outsider », cette femme sous tension a dirigé pendant dix ans Art & Marges, un espace singulier, haut lieu bruxellois dédié à la création asilaire et aux artistes autodidactes. Aujourd’hui, pour La Centrale, elle monte une exposition ambitieuse, « Private Choices ». Soit onze collections bruxelloises d’art contemporain… et autant de regards sur le monde.   « Private Choices », c’est le récit de onze aventures intimes, parfois intellectuelles, souvent sensibles… Que nous dit, aujourd’hui, ce regard porté sur la collection ? J’ai voulu montrer ici le rôle déterminant, de plus en plus important, que jouent les collectionneurs dans le champ de l’art actuel. Montrer aussi leur liberté par rapport aux collections publiques, l’intuition étant chez eux l’un des éléments qui revenait le plus souvent. Je crois que cette exposition, avec 250 œuvres, casse les idées reçues sur le collectionneur, cette image d’un acteur du marché de l’art qui investit dans l’art contemporain à des fins spéculatives. Le collectionneur, en fait, prend beaucoup de risques, il entretient aussi une proximité très grande avec les artistes. Chez Frédéric de Goldschmidt, on trouve par exemple un Cy Twombly aux côtés de l’œuvre d’une étudiante tout juste sortie d’une école d’art, ce qui démontre que le coup de cœur préside...

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Pour en finir avec « l’art des fous »

Le docteur Anne-Marie Dubois est psychiatre, responsable de l’unité d’art-thérapie au sein de l’hôpital parisien Sainte-Anne. Elle assure également la responsabilité scientifique du musée dédié à la création asilaire. Quand la psychiatrie rencontre l’histoire de l’art…   Les ateliers se multiplient, la demande des patients augmente… Du traitement de l’anxiété à celui de la schizophrénie, l’art-thérapie connaît depuis une trentaine d’années un engouement croissant au sein des institutions de soins. Utilisées dans le champ psychiatrique, les techniques de l’art-thérapie, dites « psychothérapies à médiation artistique », pourraient aussi changer notre regard sur l’altérité. Et nos peurs envers la folie… Pour en savoir plus sur cet art aux contours encore flous, nous sommes allés à la rencontre d’un médecin psychiatre, le docteur Anne-Marie Dubois, en charge de l’unité d’art-thérapie à la Clinique des Maladies Mentales de l’Encéphale. Au cœur de l’hôpital parisien Sainte-Anne, cette clinicienne est également responsable scientifique du Musée d’Art et d’Histoire, dont la création remonte à la fin du XIXe siècle. On lui doit de nombreuses expositions, en qualité de commissaire, dont « Les Unes et les Autres », « Psilocybine » ou « Elle était une fois », consacrée à la Collection Sainte-Anne (accrochage jusqu’au 28 février 2018). Des enjeux thérapeutiques à l’engagement esthétique, Anne-Marie Dubois revient sur cet « art psychopathologique ». Elle évoque pour nous cette pratique singulière, aux frontières de la maladie mentale et de l’histoire de l’art. Entretien.   Avec l’exposition « Elle était une fois », vous revenez sur l’histoire de la collection de l’hôpital Sainte-Anne. Quelles en sont les grandes lignes ? Les œuvres les plus anciennes datent de 1858. Au XIXe siècle déjà, un certain nombre de psychiatres et d’artistes se sont intéressés à ces productions spontanées de malades, au sein des hôpitaux. Des malades qui découvraient pour certains,...

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Conversation avec Yuko Hasegawa

Yuko Hasegawa est la curatrice internationale par excellence. Dans son Japon natal, elle est cofondatrice de Inujima Art House Project à Naoshima et directrice artistique du Musée d’Art Contemporain de Tokyo (MOT). Son dernier projet, « Japanorama », est actuellement présenté au Centre Pompidou-Metz, en France. Au cours des dernières années, Yuko Hasegawa a été commissaire de la Biennale de Moscou (2017) et de la XIe Biennale de Sharjah (2013), co-commissaire de la 29e Biennale de Sao Paulo (2010) et jury du Prix Hugo Boss Asia et du Prix MAXXI Bulgari.   « Japonorama » est une entreprise extrêmement ambitieuse : l’exposition couvre plus de 45 ans d’histoire de l’art contemporain japonais et comprend environ 350 œuvres de cent artistes. Vous êtes évidemment une curatrice très expérimentée, mais trouvez-vous toujours aussi difficile de faire face à de tels projets, assez gigantesques ? Tout d’abord, permettez-moi d’expliquer pourquoi l’exposition commence en 1970. En 1986, le Centre Pompidou a mis en scène un important aperçu, qui retraçait l’histoire de l’art d’avant-garde au Japon, de 1910 à 1970. Le nouvel accrochage poursuit l’exposition de 1986, començant là où la précédente s’était terminée. La même année a eu lieu l’« Expo 70 » à Osaka : un événement symbolique marquant la transition du Japon de l’après-guerre vers une nouvelle voie, dans la société, l’économie, la technologie et la culture. Beaucoup de gens cherchaient une identité culturelle originale, regardant à l’intérieur plutôt qu’à l’extérieur. C’est pourquoi j’ai pensé qu’il était important de faire courir l’exposition de 1970 à nos jours. De nombreuses expositions sur l’art japonais contemporain organisées par des conservateurs étrangers se concentrent sur l’art produit dans les années 1950-1960, principalement parce que cette période a été largement influencée par le modernisme européen. Il est donc facile pour les conservateurs occidentaux de la...

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Un musée dans un garage

Siège de l’Union Européenne, Bruxelles sera-t-elle bientôt le nouveau hub des arts contemporains ? C’est en tout cas le chantier lancé par Rudi Vervoort, le patron de la région Bruxelles-Capitale. Au cœur du projet, l’emblématique garage Citroën de la place de l’Yser. Retour sur un pari fou.   On ne peut plus guère en douter… Avec l’ouverture – grandiose et un brin grandiloquente – du Louvre Abu Dhabi, en novembre dernier, la France n’en finit pas d’asseoir son expertise culturelle et son influence à l’international. Force est de constater aussi que dans le monde des arts, le Centre Georges-Pompidou a également le vent en poupe. Après le succès de son pop-up ibérique, implanté pour cinq ans dans la très andalouse Malaga, l’institution muséale parisienne surfe sur la vague de la reconnaissance et acte de nouveaux partenariats, avec Shanghai dès 2019, avec Bruxelles, à l’horizon 2020-2021. Niché au cœur de la capitale belge, au carrefour de la place de l’Yser et du quai de Willebroeck, l’emblématique garage Citroën a été choisi pour devenir le futur pôle culturel et artistique du « plat pays ». Implanté en bordure du canal, à deux pas de la place Sainctelette, ledit garage, rappelons-le, a été érigé en 1933 sur la base des plans esquissés par André Citroën lui-même, qui ambitionnait d’en faire alors la plus vaste usine automobile d’Europe. Un palais de verre de 21 mètres de hauteur, du plus bel effet, caractérisé par une façade-rideau courbe… le tout bâti sur un terrain de près de 2 hectares. Il faudra attendre près d’un siècle pour que ce blanc paquebot change de destination. En octobre 2015, le site est racheté par la Société d’Aménagement Urbain (SAU), opérateur immobilier de la région Bruxelles-Capitale, pour 20,5 millions d’euros, avec l’intention d’en faire le pivot stratégique de son...

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