« interview »

Allan McCollum, rencontre à Soho

Né en 1944 à Los Angeles, Allan McCollum vit depuis les années 1960 au cœur de New York. Il est représenté par les galeries Mitterrand, Thomas Schulte ou encore MFC-Michèle Didier. Rencontre au cœur de l’atelier.   Votre travail, basé sur la répétition des formes, s’intègre toujours dans la continuité des premières séries qui remontent aux années 1970… Étant artiste depuis près de cinquante ans, je suis allé vers bien des recherches, mais à mon âge il devient important et même nécessaire de regarder derrière soi et de voir ce que l’ensemble des travaux revêt de commun. Je n’ai pas encore fini d’y réfléchir, même si des thèmes fédérateurs reviennent, comme les objets produits en quantité et ceux réalisés en tant qu’objet unique. Depuis le tout début de ma carrière, j’ai exploré ces distinctions, les ai mêlées, et si je ne suis pas le seul plasticien à le faire, je l’ai toujours entrepris d’une manière systématique avec des quantités travaillées énormes ! Ce ne sont pas cinquante, mais dix-mille pièces que j’élabore, dont chacune est unique. Toutes mes investigations tournent également autour de la réflexion sur l’espace de la galerie ou du musée, comparé à celui d’un magasin. J’essaie toujours de contextualiser les différentes manières que nous avons de montrer les objets ayant du sens pour nous. J’ai même réalisé des « souvenirs » et collaboré avec des petites villes pour créer des pièces en relation avec leur artisanat propre.   Cette multiplicité et cette question de la quantité étaient-elles au départ pensées pour aller à l’encontre d’une certaine fétichisation de l’art et de son milieu ? Je n’emploie jamais ce mot de « fétichisation », mais je suis d’accord avec cette idée. Je suis né durant la Seconde Guerre mondiale et j’ai grandi au moment où l’on découvrait les horreurs des nazis...

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Eduardo Kac, vers une culture antigravitationnelle

Alors qu’à grands coups de milliards Elon Musk prévoit d’envoyer des hommes coloniser Mars, d’autres se sont posés la question… avec une feuille de papier et une paire de ciseaux. Avec Télescope intérieur, Eduardo Kac donne naissance à la première œuvre extraterrestre, en collaboration avec l’astronaute français Thomas Pesquet. L’œuvre en question n’a ni haut ni bas, ni face ni dos ; c’est un objet qui reproduit, en les imbriquant, les trois lettres du mot « Moi ». Un poème, un objet à lire, à observer, sans point de vue privilégié. Constitué de deux feuilles de papier et selon quelques découpes, Moi s’est mis à léviter dans l’espace lors de la performance inaugurale de Thomas Pesquet, en avril 2017. Sa conception est simple, parce que l’économie de moyens est capitale sur la mission Proxima de l’Agence Spatiale Européenne, l’artiste devant concevoir son projet à partir des matériaux déjà disponibles dans la station spatiale. « Moi », un mot qui n’est pas sans rappeler les formes d’un vaisseau – le tube pour les modules, le plan pour les panneaux solaires. À la galerie Charlot, l’exposition présentant le projet, en juillet dernier, mêlait les médiums : quelques éditions du Moi en papier, une vidéo filmée en vue subjective à la GoPro, présentant la performance, l’objet en lévitation, avec un superbe plan du Moi flottant devant trois hublots laissant entrevoir la planète bleue et les mains de Thomas Pesquet, mais aussi des dessins et des broderies du protocole de la performance, des photos des premiers tests et des livres d’artiste documentant le projet. Entretien en apesanteur…   Télescope intérieur a des racines profondes dans votre travail. Pouvez-vous revenir sur ses origines ? Le projet s’amorce en 2007, mais ses racines remontent aux années 1980. J’ai créé mon premier poème numérique en 1982, le premier poème holographique en...

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La voix des marchands

Ils murmurent à l’oreille des collectionneurs. Les galeristes jouent un rôle crucial sur l’économie de l’art tribal. Plusieurs d’entre eux, suivant leurs spécialités, ont accepté de donner leur sentiment sur le segment. Confidences.  Aux enchères, l’éclectique marché de l’art tribal témoigne sur le long terme d’une croissance indéniable, tant par le nombre de lots mis en vente que leur produit, même si les trois dernières années ont été le théâtre de fluctuations prononcées, voire d’un léger rétrécissement. Néanmoins, en occultant la réalité du monde marchand, les résultats aux enchères ne sont qu’un indicateur partiel de la santé du secteur, marqué par de profondes restructurations. Entre un changement de génération chez les collectionneurs, les difficultés du sourcing et un complexe équilibre entre maisons de ventes et marchands, que réserve l’avenir  ? Collectionneurs : une nouvelle génération aux manettes  ? Pour Alain Lecomte, de la galerie Abla  &  Alain Lecomte spécialisée dans les arts anciens d’Afrique noire, pas de doute, le secteur sera chamboulé. «  L’art tribal en est à son balbutiement, nous parlons d’une forme d’art toujours méconnue à l’international. Tout est encore à faire. Le marché actuel – plus spécifiquement celui de l’art ancien d’Afrique noire, mais selon moi, il en est de même pour les autres formes d’art tribal – est essentiellement constitué de passionnés, des personnes qui s’investissent, parcourent les livres spécialisés, passent énormément de temps sur le sujet, sans avoir forcément de très gros moyens. Ce sont des amateurs sincères, et leur nombre grandit, en Europe comme aux États-Unis. Ils doivent se dépêcher de constituer leur collection, car bientôt le continent africain va se réveiller. On le voit avec l’Asie, les prix ont évolué. Il y a vingt ans, seul quelques personnes avaient prévu ce changement. Il en est, et il en sera de même pour l’Afrique,...

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Alex Arthur, de l’art tribal et de son marché

Quels sont les évolutions et les limites du marché de l’art tribal ? Comment s’enrichit-il des apports de la recherche et de l’ethnologie ? Alex Arthur apporte quelques éléments de réponse… Alexander Arthur est un collectionneur averti et fin connaisseur des arts tribaux. Depuis plus de vingt ans, il est directeur de publication de la revue Tribal Art Magazine. En parallèle, avec Pierre Moos, il s’est investi dès  2009 dans la direction de Parcours des mondes. Vous êtes l’un des acteurs majeurs de Parcours des mondes. Comment avez-vous vu évoluer le salon  ? J’ai effectivement pris part à la première édition de Parcours des mondes. À l’époque, ce n’était qu’un petit rassemblement, qui comptait une poignée de marchands. Mais le concept était bon et le salon a rapidement occupé une position importante dans le calendrier international. Avec le temps, Parcours des mondes a gagné en qualité, comme le marché. C’est devenu un rendez-vous prisé par de nombreuses galeries, d’où la qualité des œuvres exposées et le nombre important d’expositions thématiques. Parlez-nous du vetting durant le salon. Comme ailleurs, les faux resteront toujours un problème. Néanmoins, la croissance du marché va de pair avec celle de l’expertise. Pendant le salon, la question est globalement résolue par la qualité des exposants sélectionnés. Ces marchands sont tous des professionnels avertis et leur expérience permet d’éviter ce type de problèmes. Quand nous concevons le catalogue de Parcours des mondes, la sélection initiale est ouverte à tous les exposants. Nous recueillons et comparons les commentaires sur les œuvres proposées. Si nous avons le moindre doute sur une pièce, nous la remplaçons. Cela arrive également quand nous jugeons la qualité d’une pièce insuffisante. Durant l’installation du salon, un comité d’experts va d’une galerie à l’autre et nous informe en cas de problème. Bien sûr, il est impossible d’avoir les yeux...

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Javier Peres, sortir l’art du temps

Iconoclaste ou -phile  ? Novateur ou symptomatique d’un temps  ? Cette année, Parcours des mondes a invité le galeriste Javier Peres à exposer quelques pièces de sa collection d’art contemporain face à une sélection d’œuvres de marchands. Ces dernières années ont été le témoin d’un regain d’audace de la part des commissaires d’exposition. Des évènements comme le «  Bord des Mondes  » (Palais de Tokyo, 2015), «  Une brève histoire de l’avenir  » (Louvre, 2015) ou «  Carambolages  » (Grand Palais, 2016) ont confronté des œuvres qui n’entretenaient pas de liens historiques immédiats, de liens avérés, mais des correspondances. L’histoire n’est pas mise de côté, plutôt en retrait au profit de relations anthropologiques ou formelles. Ainsi, ces expositions s’apparentent davantage à des essais, parfois des protocoles, qu’à des démonstrations ; leur dessein est moins de relater un moment de l’histoire de l’art que de parler de l’Homme, d’interroger la grande histoire des représentations humaines ou d’opérer des rapprochements formels qui ont du sens. Avec la même audace, la tentation est grande de montrer l’art classique africain aux côtés de créations contemporaines. Ainsi en mai dernier, Bernard de Grunne et Almine Rech se sont associés dans le cadre d’une présentation hautement médiatisée : «  Imaginary Ancestors  », à la galerie new-yorkaise d’Almine Rech. Celle-ci reconstituait une exposition de Paul Guillaume organisée en  1933 à la galerie Durand-Ruel (qui, déjà, dévoilait des sculptures Fang aux côtés d’œuvres de contemporains de l’époque, preuve que ce geste curatorial n’est pas non plus de prime jeunesse) et des «  primitivistes modernes  » confrontés à des artistes comme Joe Bradley, Mark Grotjahn, Ana Mendieta, James Turrell et Erika Verzutti. À ce jeu de rapprochements, Javier Peres est familier. Le galeriste (Peres Projects, Berlin) l’a déjà réalisé à trois reprises. En  2014 d’abord, dans son espace de Karl Marx Allee...

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