« interview »

Naomi Beckwith, jeune pousse de la conservation

À 41 ans à peine, Naomi Beckwith est une conservatrice afro-américaine qui, outre-Atlantique, fait un véritable tabac avec sa vision transversale et rafraîchissante de l’art actuel. À Chicago, entretien avec une femme engagée, sous le signe d’une perception globale et inspirante du métier.   Le musée d’art contemporain de Chicago vient de fêter ses 50 ans avec « We are Here », exposition anniversaire en trois volets, à laquelle Naomi Beckwith a pris part. Membre du jury à la Biennale de Venise 2015, la jeune conservatrice au Museum of Contemporary Art de Chicago depuis 2011 est la première lauréate de la bourse de recherche curatoriale du VIA Art Fund, destinée à la promotion de projets artistiques prometteurs. En mars 2017, rappelons-le, elle dirigeait le premier sommet de la conservation de l’Armory Show de New York. L’occasion pour AMA de faire la lumière sur son rôle actuel au MCA et de découvrir ce regard singulier porté sur la conservation.   Que faisiez-vous, Naomi Beckwith, avant d’être conservatrice au MCA de Chicago ? J’étais à New York, au Studio Museum d’Harlem. Je gérais la programmation des résidences d’artistes et travaillais sur des projets culturels relatifs à l’identité afro-américaine, aux minorités esthétiques, mais aussi aux pratiques actuelles à l’échelle globale.   Le MCA Chicago est considéré comme l’un des musées les plus influents des États-Unis, qui possède une collection « historique » d’art contemporain d’ampleur, depuis sa création en 1967.  Quels y ont été vos objectifs, à votre arrivée en 2011 ? Je revenais pour ainsi dire chez moi, puisque je suis née et j’ai grandi dans la Windy City, la « ville des vents » ! J’ai souhaité développer des solos show d’artistes confirmés, mais surtout monter des expositions sur de jeunes artistes émergents, n’ayant jamais été montrés. Néanmoins, mon exposition actuelle, « Howardena...

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Olafur Eliasson, au-delà des apparences

Ses œuvres sont visibles à Genève, mais également à Los Angeles et bientôt le seront à Pékin, avant Munich pour une exposition estivale, puis dans le Massachusetts. Mais qu’est-ce qui fait courir Olafur Eliasson ? Entretien à Genève, avec un artiste très exposé, mais néanmoins discret.   À Genève, Olafur Eliasson a pris soin de saluer chaque journaliste présent à l’inauguration de son exposition « Objets définis par l’activité », conçue par Laurence Dreyfus, commissaire et conseillère à l’Espace Muraille. Fondé par les collectionneurs Caroline et Éric Freymond, cet hôtel particulier est un écrin idéal pour ces pièces à taille humaine. D’une élégance délicate et sobre, Eliasson nous en parle, mais évoque aussi ce qui fait le sel de sa vie professionnelle : l’environnement, la lumière, ses projets, son goût pour les relations sociales…   Quel est le sujet de votre nouvelle exposition, « Objets définis par l’activité », montée à l’Espace Muraille ? Cette exposition plutôt intimiste présente seize pièces qui, pour certaines, sont des travaux préparatoires – et non des maquettes –  à des projets futurs, plus importants. D’autres ont été réalisées pour l’occasion. Mes œuvres ont un rapport à la science et évoquent à travers des systèmes géométriques, de lumière, de mouvement, de flux, notre façon de percevoir les objets, l’espace, notre environnement et les autres.   En effet, beaucoup jouent sur les illusions d’optique et notre conception des choses, comme The we mirror, Colour window ou encore Day and night lava… Elles traduisent effectivement notre habileté à appréhender le monde et comment nos sens peuvent nous aider à le changer. Ce sont, en quelque sorte, des « instruments » qui exacerbent notre manière de le percevoir. Prenons, par exemple, The we mirror. Ce dodécagone tridimensionnel joue avec son image dans le miroir, qui se superpose à sa réalité matérielle… Mais ce reflet exprime-t-il...

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Les Ideal Artist Houses de Rens Lipsius

New York, Paris, Amsterdam… Rens Lipsius a posé les fondements de son concept Ideal Artist Houses à mesure de ses rencontres avec des artistes, tels John Coplans ou Dennis Oppenheim, des collectionneurs ou encore de simples amateurs d’art. Lipsius ou voir l’art autrement.   Depuis les années 1980, il a réalisé sept Ideal Artist Houses, réparties entre les États-Unis, les Pays-Bas et la France, et pensées à chaque fois comme des œuvres d’art totales. Un temps directeur artistique de la Fondation Icar à Paris, Rens Lipsius développe une vision globale du monde de l’art, de son marché et de ses influences. Retour sur l’histoire de ce peintre au parcours international et atypique.   Comment est né votre concept Ideal Artist Houses ? Rembrandt disait à propos de l’acte du peintre : « Il suffit de prendre un pinceau et de peindre ». Je suis en partie d’accord avec cette réflexion, mais commencer un tableau n’a rien d’évident du tout ! Il faut se donner les outils pour se stimuler. Et, pour moi, c’est en créant un environnement, un contexte favorable à l’acte créatif que l’on y arrive. Faire un espace qui est physiologiquement adapté à ses besoins incite l’œil. Alors, bien entendu, Ideal Artist Houses n’est pas apparu du jour au lendemain.   Avant de vous consacrer à la peinture, vous avez débuté votre carrière comme photographe. Comment êtes-vous finalement passé de l’un à l’autre ? J’ai commencé une carrière de photographe à l’âge de 20 ans, mais la peinture a toujours été présente. J’ai très tôt senti que le sujet qui m’intéressait avant tout était la lumière. Car, aussi bien dans la photographie que dans la peinture, tout tourne autour de la lumière. Pour la photographie, cela se traduit de façon assez directe par la sensibilité chimique, tandis que dans la peinture, il...

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PhotoMonaco : « L’expérience du moment photographique »

C’est un tout nouveau spot de printemps, très french Riviera, qui bientôt fera vibrer le Rocher… Du 5 au 8 avril prochain, PhotoMonaco, salon international de la photo d’art et de collection, lancera sa première édition en Principauté. Entretien avec Renaud Siegmann, directeur général de l’événement.   Il est connu pour son engagement en faveur de l’image, apprécié pour le regard inspiré qu’il porte depuis près de 30 ans sur la création contemporaine. Après avoir assuré le commissariat de Marrakech Art Fair en 2010 et 2011, après avoir piloté l’European Art Fair de Monaco comme directeur exécutif en 2016, Renaud Siegmann s’attaque au 8e art… Histoire de revisiter le médium photographique en profondeur. Observateur engagé des scènes émergentes, de la Chine au Brésil, en passant par le Royaume du Bahreïn et la Russie, ce curateur exigeant, ancien ingénieur culturel pour l’Exécutif écossais à Edimbourg, est heureux de lancer une nouvelle plateforme : un salon international dédié à la photo d’art et de collection à Monaco. Un événement à l’élégance toute « grimaldienne », placé sous le haut parrainage du Prince Albert II de Monaco. L’enjeu ? Éclairer le regard, jouer avec la lumière… Bref, créer des rencontres inédites avec l’image, afin que le public puisse ici flirter avec la matière sensibilisée. Pour cette première édition, Renaud Siegmann a misé sur « l’expérience du moment photographique ». Un moment intime, fait de beautés fugitives et de nostalgies littéraires, propre à dilater toutes les pupilles… Sur le thème du « Temps du Regard », c’est très bientôt, à Monaco !   Quelle est la singularité de PhotoMonaco, dans un paysage culturel – celui des foires et des biennales de photographies – où ce médium est déjà très représenté ? La singularité de PhotoMonaco, c’est de proposer l’expérience du moment photographique. Ce n’est pas un...

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Carine Fol, curatrice inspirée

Directrice artistique de La Centrale, Carine Fol présente « Private Choices », une sélection de onze collections bruxelloises d’art contemporain. Des objets conceptuels, des œuvres à caractère politique ou encore des images sensuelles… Onze aventures intimes, exposées jusqu’au 27 mai. Entretien.   La Centrale, c’est le hot spot belge de la création contemporaine. Un centre d’art propulsé par la Ville de Bruxelles, sis dans une ancienne centrale électrique, place Sainte-Catherine. Aux turbines, Carine Fol, directrice artistique de ce lieu hors-norme, qui depuis 2012 électrise la programmation. Historienne et spécialiste de l’art « outsider », cette femme sous tension a dirigé pendant dix ans Art & Marges, un espace singulier, haut lieu bruxellois dédié à la création asilaire et aux artistes autodidactes. Aujourd’hui, pour La Centrale, elle monte une exposition ambitieuse, « Private Choices ». Soit onze collections bruxelloises d’art contemporain… et autant de regards sur le monde.   « Private Choices », c’est le récit de onze aventures intimes, parfois intellectuelles, souvent sensibles… Que nous dit, aujourd’hui, ce regard porté sur la collection ? J’ai voulu montrer ici le rôle déterminant, de plus en plus important, que jouent les collectionneurs dans le champ de l’art actuel. Montrer aussi leur liberté par rapport aux collections publiques, l’intuition étant chez eux l’un des éléments qui revenait le plus souvent. Je crois que cette exposition, avec 250 œuvres, casse les idées reçues sur le collectionneur, cette image d’un acteur du marché de l’art qui investit dans l’art contemporain à des fins spéculatives. Le collectionneur, en fait, prend beaucoup de risques, il entretient aussi une proximité très grande avec les artistes. Chez Frédéric de Goldschmidt, on trouve par exemple un Cy Twombly aux côtés de l’œuvre d’une étudiante tout juste sortie d’une école d’art, ce qui démontre que le coup de cœur préside...

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