ARCO Madrid à la conquête de l’Amérique Latine : entretien avec le directeur de la foire Carlos Urroz

   |  25 février 2014  |  AMA  |  Tweet  |  LinkedIn

Madrid, le 25 février 2014, Art Media Agency (AMA).

À l’heure de la clôture de la 33e édition d’ARCO, AMA est allée à la rencontre de son directeur, Carlos Urroz. Ce dernier s’est montré très satisfait de l’édition qu’il nous décrit comme très positive, soulignant la très bonne ambiance régnant pendant la manifestation. Il nous fait également part des retours positifs des galeristes ravis de la venue de collectionneurs internationaux.

Commençons par vous. Depuis combien de temps êtes-vous à la tête d’ARCO ? Qu’est-ce qui vous y a mené ?
Je suis à la direction d’ARCO depuis 2011, c’est donc ma quatrième année. Dans les années 1990, je travaillais déjà pour ARCO, puis pour la galerie Helga de Alvear, une grande galeriste madrilène et grande collectionneuse. Je me suis ensuite dirigé vers un dessein personnel, en créant Urroz Proyectos, un projet de production et de communication dans l’art contemporain.

Quels sont les changements que vous avez impulsés depuis votre accession à la direction d’ARCO ?
Tout d’abord, nous avons réduit d’un tiers la taille de la foire et avons développé l’axe Europe – Amérique Latine. Pour ce faire, nous avons organisé un certain nombre de rencontres entre les musées latino-américains et européens. L’objectif sous-jacent était alors que Madrid ne devienne pas uniquement une place de marché pour l’art contemporain, mais également une place culturelle. Grâce à ARCO, nous aspirons à ce que Madrid soit une vraie place de rencontres et d’échanges entre artistes, marchands, commissaire d’expositions et représentants de biennales…

De même, nous voulions qu’ARCO soit l’occasion de découvrir de nouveaux artistes. Dans les foires, les galeristes présentent habituellement plusieurs artistes, appartenant souvent à des périodes ou courants différents. C’est donc une grille de lecture relativement difficile même pour un public averti face à des œuvres connues. Si nous voulons faire de Madrid un centre culturel, la jeune création doit y être encouragée. Les solo et duo shows me semblent les meilleures manières de rendre compte du travail d’un artiste dans un lieu aussi impersonnel que l’est un stand de foire. C’est un format qui séduit beaucoup de galeries, certaines même en plus de leur stand habituel, proposent un solo-show annexe pour présenter leur jeune production.

ARCO est une des seules foires à budgétiser la venue de collectionneurs, êtes-vous à l’origine de cette idée ?
Nous n’invitons pas exclusivement des collectionneurs, mais également des directeurs de musées et biennales. Ceci est fait avec le même objectif : promouvoir la place de marché et le centre culturel de Madrid.

Cette année vous avez choisi de mettre en avant la Finlande, pouvez-vous revenir sur ce choix ?
Je pense qu’il y a une puissance croissante de l’art contemporain dans les pays nordiques et que cette dynamique n’est pas assez visible dans nos pays. Les pays scandinaves ont une scène contemporaine qui se développe fortement, comme le montre l’ouverture de nouveaux musées et galeries. Le focus Finlande a donc permis d’établir un lien avec cette scène émergente que le public espagnol – voire mondial –  méconnait.

Beaucoup de foires proposent des éditions délocalisées, comme Art Basel ou la FIAC, est-ce un chemin qu’ARCO suivra ?
Nous désirons renforcer nos liens avec l’Amérique Latine, nous sommes donc en collaboration très proche avec des foires existantes comme celles de São Paulo, Bogota, Santiago du Chili. Nous sommes donc davantage dans un procédé de collaboration que de création d’une foire satellite.

En ce qui concerne la fréquentation d’ARCO, la foire a la réputation d’être très populaire, contrairement à d’autres, qu’en pensez-vous ?
ARCO a commencé il y a plus de trente ans, c’était alors un festival de la culture contemporaine et pas seulement un évènement marchand. Cet esprit de festival, de découverte est resté à travers les années. Les gens ont gardé l’habitude d’y venir pour découvrir la scène artistique, ce qui explique en partie que nous avons accueilli plus de 110.000 visiteurs cette année.

Si nous nous recentrons sur le public de collectionneurs, quelles sont les pièces qui séduisent le public espagnol ?
Si je me réfère au jeune public de collectionneurs espagnols, c’est-à-dire des gens qui ont autour de la quarantaine, il s’agit d’un public qui voyage beaucoup et dont le goût est de facto lissé par les tendances internationales. Je pense que leurs choix sont guidés par le marché global et pas uniquement local. Par ailleurs, ils collectionnent relativement tous les médiums, peintures, photos… mais également de petites installations.

Nous avons vu beaucoup d’Arte Povera le long des allées. Que pensez-vous de l’avenir de ce segment de marché ?
Je crois que l’Arte Povera a vu sa puissance croître ces quatre dernières années. Ce segment était jusqu’alors très bien représenté dans les musées et fondations mais très peu dans les institutions marchandes. Alors que l’Arte Povera a gagné en visibilité, les maisons de ventes et les galeries ont commencé à s’en rapprocher de façon à attirer des collectionneurs déjà initiés, séduits par le travail d’exposition des institutions non marchandes. Cet avènement de l’Arte Povera en Espagne ou en Italie était d’autant plus facile car ce langage est toujours resté très présent dans la production plastique dans les années 1980 et 1990.

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