Interview d’Ana Gonzalez de la galerie Art + Shanghai

   |  16 novembre 2011  |  AMA  |  Tweet  |  LinkedIn

Paris, le 16 novembre 2011, Art Média Agency (AMA).

Afin de comprendre pourquoi les galeries étrangères sont de plus en plus nombreuses à s’installer en Chine, Art Media Agency est allée à la rencontre d’Ana Gonzalez, l’un des quatre fondatrice de Art + Shanghai, une galerie française installée à Shanghai.

Art Media Agency (AMA) : Pouvez-vous nous présenter votre galerie en quelques mots ?

Ana Gonzalez (AG) : Nous avons fondé cette galerie en octobre 2007. Nous, parce que nous sommes quatre associés, quatre amis que la passion de l’Art a réunis. Nous avons découvert l’art chinois dans les années 90 lors de nos voyages professionnels en Chine et peu à peu « l’intérêt » est devenu une passion qui s’est concrétisée avec l’ouverture de Art + Shanghai.

La galerie est située au coeur de l’ancienne concession française de Shanghai, dans une maison de « Lane ». Nous avons choisi une maison plutôt qu’un local type industriel car nous aimons recevoir nos clients comme on reçoit chez soi.

Nous avons un programme de six expositions par an qui réunit plusieurs artistes autour des thèmes définis par notre directrice artistique, Diana Freundl. On présente des artistes en majorité chinois et émergents, mais aussi de plus en plus d’artistes établis et reconnus internationalement. Nous ouvrons également notre galerie à des manifestations culturelles, comme des conférences, films, performances ou discussions autour de l’art.

AMA : Pourquoi avez-vous décidé d’ouvrir une galerie en Chine ?

AG : Le choix de la Chine s’est fait pour différentes raisons personnelles. Dans un premier temps, parce que deux des associées habitaient Shanghai, ensuite, parce que la scène artistique était encore à ses débuts et que nous pensions que l’art chinois deviendrait l’un des plus importants, et cela par son dynamisme et sa qualité.

AMA : Et pourquoi particulièrement à Shanghai ?

AG : Shanghai est une ville où nous aimons vivre et travailler. Son énergie est un excellent moteur de progression.

AMA : Quels sont les artistes que vous défendez ? Pourquoi ne représentez-vous que des artistes chinois et non pas des Européens (mis à part les quelques artistes étrangers, mais vivants en Chine) ?

AG : Nous défendons des artistes comme Huang Zhiyang, Tamen, Cindy Ng, Tian Taiquan, Fariba Alam, très établis, mais également des artistes émergents comme Mora, Xian Guohua, Wang Lang parmi d’autres.

Grâce au travail de fond en termes de commissariat d’exposition que nous avons toujours privilégié, la galerie a une bonne réputation, tant auprès des artistes que des collectionneurs. Cela nous permet d’attirer de plus en plus d’artistes établis. Nous n’exposons pas d’artiste étranger parce que l’audience chinoise n’est pas encore prête. Il manque aux nouvelles générations la culture artistique internationale. Il n’existe pas d’œuvre étrangère dans les musées en Chine, le public n’est pas habitué à l’art venu d’ailleurs. Ils connaissent les grands noms de l’impressionnisme, du pop art américain ou du cubisme, mais montrent très peu d’intérêt pour les artistes qui ne font pas partie de ceux-là. Les choses changeront dans les prochaines années, nous en sommes convaincus et à ce moment-là, nous serons prêts à accueillir des artistes de tous horizons.

AMA : Que pensez-vous du marché des galeries en Chine aujourd’hui ? La manière de faire est-elle différente de la manière de travailler en Europe ou aux Etas-Unis ? Quel est l’état de la scène artistique chinoise aujourd’hui ?

AG : Il y a des galeries de très haut niveau, aussi bien étrangères que locales. Le fonctionnement est le même que partout ailleurs. Certaines d’entre elles ont des antennes à New York, Londres, ou encore Paris. Ce qui est différent en Chine, c’est l’attitude des artistes par rapport aux galeries. La notion même de galerie est très nouvelle dans ce pays et les jeunes artistes ont du mal à comprendre quels sont les avantages et obligations qu’ils ont à travailler avec une galerie. Ils ont plutôt une culture de « réseaux » qui les mène très souvent à vendre les œuvres directement à travers leur réseau. Mais cela aussi change peu a peu, car les artistes commencent à comprendre que travailler avec une galerie, c’est aussi se donner les moyens de progresser sur la scène artistique et qu’être artiste, c’est non seulement vendre, mais exposer et être sélectionné par les meilleurs commissaires. Et cela ils ne peuvent pas y arriver sans l’appui d’une galerie.

AMA : Est-il difficile d’ouvrir une galerie en Chine quand on est étranger, avez-vous rencontré des difficultés particulières et si oui, lesquelles ?

AG : Ouvrir une galerie en Chine complètement « en règle » prend du temps. Il faut créer une société étrangère en Chine (wofe) puis obtenir les licences qui vous permettront d’exposer et vendre de l’art. Dans notre cas, cela a pris plus de dix mois. Pour cela, il faut un capital initial non négligeable et ensuite vous devez vous soumettre à toutes les procédures administratives propres à toute entreprise, comme dans n’importe quel pays.

AMA : Quelle est la fourchette des prix des œuvres que vous présentez ?

AG : Nos prix varient entre 500 € et 60.000 €. Cela dépend du niveau de l’artiste.

AMA : Qui sont vos collectionneurs et quels sont les goûts des Chinois en matière d’art ? Sont-ils différents des nôtres ?

AG : Nos collectionneurs sont pour 95 % d’entres eux européens ou américains, résidents ou non en Chine, ainsi que 5 % asiatiques, mais aucun chinois. Il est donc difficile pour moi de répondre à votre question quant à ce qu’aiment ou non les Chinois. Aujourd’hui, ceux qui achètent se tournent vers les artistes qui sont dans le top 10, car pour eux c’est avant tout un investissement. Il n’y a pas encore de marché à d’autres niveaux. La nouvelle classe moyenne n’achète pas d’art. Ils sont encore très tournés vers les voitures, les montres, la mode et maintenant « les vacances » etc. L’art, cela viendra…

AMA : Avez-vous des projets pour l’avenir ? (nouvelles directions, changements, etc.) ?

AG : Nous devons notre progression et positionnement à la qualité des artistes que nous présentons et au professionnalisme de notre directrice artistique. Les artistes la respectent et lui font confiance et cela nous permet de travailler sur le long terme avec eux. Dans le même sens, nous attirons de plus en plus de grands collectionneurs privés ou institutionnels qui savent reconnaître aussi ces qualités et qui sont rassurés par le sérieux de nos propositions. Nous allons être présents de plus en plus dans les foires d’art internationales. En un mot, nous nous sentons prêts à sortir au grand jour. Nous collaborons déjà avec une galerie à Genève (RedZone) et une autre galerie a Sydney qui exposent certains de nos artistes. Nous comptons développer davantage ce partenariat dans les prochaines années.

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