« Vivre le Rêve » avec Stéphane Jacob de la Galerie Arts d’Australie

 Paris  |  29 mars 2015  |  AMA  |  Tweet  |  LinkedIn

Un îlot aux couleurs de la terre niché dans un coin du Grand Palais, le stand de la Galerie Arts d’Australie a quelque chose d’irrésistiblement accueillant : le galeriste Stéphane Jacob y entraîne les visiteurs à la découverte de l’art aborigène contemporain. AMA vous invite à découvrir un univers encore méconnu mais fascinant.

Pouvez-vous nous parler de l’identité de votre galerie et de sa création ?
Depuis sa création en 1996, la galerie est spécialisée dans les arts d’Australie avec un focus particulier sur les œuvres aborigènes contemporaines et celles des îles du détroit de Torres. C’est à mon retour d’Australie que je l’ai fondée, avec la volonté de constituer des collections qui pourraient s’adresser tant aux musées qu’aux collectionneurs privés. Ainsi, j’ai notamment participé à la constitution des collections d’art aborigène du Musée des Confluences de Lyon. En tant que galerie, nous mettons un accent particulier sur l’aspect pédagogique et la médiation en essayant d’avoir un maximum d’assistants présents et bien informés pour répondre aux questions des amateurs comme des néophytes. Il s’agit d’amener les gens à pénétrer dans un univers qui peut leur paraître assez lointain.

Quelles sont au juste les particularités de l’art aborigène ?
Il y a une relation extrêmement intime entre l’artiste et son travail, qui est une œuvre immersive pour celui qui la voit, mais aussi, dès l’origine, pour celui qui la crée. La première chose à savoir au sujet de l’œuvre aborigène est qu’elle est réalisée à même le sol, sans dessin préliminaire. L’artiste est donc plongé dans son tracé, qui peut être perçu à la fois comme son autoportrait et une expression de l’identité de son territoire. Cette peinture est en réalité une écriture, qui est passée, au fil du temps, du sol au corps puis au support rupestre jusqu’aux premières toiles. Il faut également comprendre que la peinture aborigène a toujours eu un rôle politique très important.

Chaque toile est un récit qui appartient à son artiste : en effet chaque artiste possède une ou plusieurs histoires, des « rêves  », qu’il va raconter à l’aide de symboles. Ce faisant, il inscrit ce récit dans la réalité, car ce qui n’est pas nommé n’existe pas. On trouve ainsi un Rêve d’Opossum ou un Rêve du Lézard Sauvage : ces véritables diagrammes indiquent la présence et la permanence du passage des ancêtres sur le territoire.

Comment avez-vous sélectionné les artistes que vous présentez ?
Ces artistes sont à la fois mes coups de cœur personnels, mais aussi ceux que je connais le mieux car je me suis spécialisé dans l’art du centre et du nord de l’île. Les autres régions ont elles aussi leurs spécialistes… Les figures que l’on peut découvrir sur ce stand, en particulier les artistes originaires de Papunya Tula, font partie des artistes les plus importants, car ils ont marqué l’histoire de l’art aborigène contemporain. Par exemple, cette année, nous avons vendu une des premières œuvres réalisées par Old Walter Tjampitjimpa dans les années 70. Il s’agit de l’un des premiers artistes à avoir suivi l’enseignement de Geoffrey Bardon à Papunya et à avoir fait connaître les codes graphiques minimalistes et symboliques si particuliers aux peuples aborigènes.

Qu’en est-il de la scène australienne contemporaine ?
On peut distinguer plusieurs communautés d’artistes différentes, qui ont chacune leurs thèmes de prédilection, leur rapport au monde et à leur environnement social bien particulier. Sur Art Paris, notre stand voisin est celui de la galerie genevoise Analix Forever, qui représente l’australien Shaun Gladwell. C’est très intéressant car cet artiste montre un autre aspect de l’art australien, qui explore le rapport de l’homme à l’immensité et à l’identité, s’interroge sur la façon de vivre en ville par le biais de médiums tels que l’art vidéo. En ce qui concerne le monde aborigène, la dimension commerciale la plus respectable aujourd’hui est celle qui passe par les coopératives. Ces dernières agissent comme des intermédiaires entre les collectionneurs et les artistes. Ce sont elles qui rémunèrent les artistes et qui produisent les certificats d’authenticité car il n’y a jamais d’achat direct. Certains artistes travaillent également pour des galeries de référence mais d’autres sont parfois victimes d’intermédiaires peu scrupuleux appelés les carpetbaggers — qui encouragent la production d’œuvres peintes à la hâte et amènent des artistes sans talent à copier les œuvres appréciées.

Justement, quelle est la gamme de prix de votre stand sur Art Paris Art Fair ?
Sur ce stand, les œuvres s’échelonnent de 900 € à 32.000 €, pour une pièce qui est actuellement en réserve. La gamme moyenne, cependant, tourne plutôt autour de 3.000 €, tandis que les sculptures sont accessibles à partir de 8.000 €. En termes d’achat, je préconise toujours le coup de cœur. Il ne s’agit pas de chercher un grand nom mais de ressentir réellement quelque chose face à une œuvre : j’essaie donc de faire en sorte que les visiteurs rentrent dans la matière de l’œuvre et ressentent l’énergie qu’elle dégage. Il y a tout un travail de défrichage à faire et cela me tient à cœur car bien souvent, les collectionneurs montrent à la fois une envie et la conscience qu’ils ont du caractère très profond de ces œuvres, mais celles-ci ont quelque chose d’impressionnant, par toutes les informations qu’elles recèlent.

Il semblerait que les œuvres que vous présentez aient rencontré un certain succès auprès des collectionneurs.
En effet, nous avons vendu une vingtaine d’œuvres, nous sommes donc plus que satisfaits ! L’accrochage du stand a été entièrement refait et à cette occasion nous avons déplacé une grande œuvre d’Abie Loy Kemarre sur le côté extérieur. C’est l’une des œuvres qui a le plus retenu le regard des spectateurs, il fallait donc canaliser les attroupements qui se forment devant et puis permettre aux autre œuvres de s’exprimer.

Quelles sont selon vous les particularités d’Art Paris par rapport aux autres foires ?
Avec le Grand Palais, Art Paris bénéficie sans conteste, d’un lieu magique. D’ailleurs, plus je regarde et plus je m’aperçois que les œuvres exposées fonctionnent très bien avec la verrière, grâce aux réseaux de lignes ! Le choix des galeries y est très intéressant et moins confidentiel que sur d’autres foires auxquelles nous participons, comme Art Élysées ou le Parcours des Mondes. Ici, beaucoup d’exposants sont des galeries internationales et parmi elles, nous nous trouvons dans une position privilégiée puisque nous sommes, a priori, la seule galerie spécialisée dans l’art aborigène contemporain. J’aime beaucoup Art Paris car c’est une foire très conviviale où les gens regardent et se laissent aller, on peut vraiment leur parler. Cela permet aussi d’apprendre ce qu’ils recherchent et sur quoi ils buttent parfois.

Assistons-nous en ce moment à un regain d’intérêt pour la spiritualité dans le monde de l’art contemporain ?
Oui, j’en ai en tout cas la très nette impression. On perçoit comme une envie de retour à la Terre, c’est-à-dire à l’essentiel. Le public en a sans doute assez de la violence et il y a cette prise de conscience selon laquelle la spiritualité fait partie intégrante de ce retour aux racines. On s’aperçoit également qu’il y a une envie de quelque chose de plus sensible et de plus tendre dans l’art. Cela fait partie des aspects les plus perturbants de l’art aborigène, car avec une grande douceur, il a quelque chose de presque hypnotisant.

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